Du 16 au 22 mai s’est tenu dans quelques villes françaises un référendum populaire sur le droit de vote et l’éligibilité des résidents étrangers aux élections locales. Cette votation citoyenne fait suite à l’appel du 16 octobre 2010 lancé à Strasbourg par 26 maires et sénateurs socialistes. Et à Bondy, des urnes étaient présentes. Alain Terres, professeur d’histoire-géographie à la retraite, est présent sur le stand avec deux élus du conseil municipal, Jacques Jakubowicz et Marie-Joséphine Missiamenou.

« Depuis 1981 et l’élection de Mitterrand, on parle du droit vote des étrangers. C’est un sujet qui a toujours fait polémique en France, mais on n’a jamais franchi le cap », confie un élu. Le droit de vote des résidents étrangers est un combat de longue date pour l’ancien prof qui au fil de la journée revoit d’anciens élèves, qui par la même occasion déposent leurs bulletins de vote. Une mère de famille, devenue française, trouve cette initiative importante : « On vit dans un pays, on respecte ce pays et les engagements qui vont avec, j’étais étrangère avant et ce sont des personnes qui comptent dans la société. Le droit vote pour eux serait logique. »

Un couple vote, la femme revient sur sa sensibilité au sujet. « Mon grand-père est immigré italien, il n’a jamais voté, alors que souvent dans les familles d’immigrés on parle beaucoup de politique. Forcément, personnellement, j’ai un sentiment de fierté quand je vote, donc je suis pour que les étrangers résidents puissent voter. »

Une lycéenne s’arrête devant le stand, vote rapidement avant de s’engouffrer dans la bibliothèque. « Je trouve que c’est super de pouvoir s’exprimer sur ce sujet parce que moi j’ai fait mon TPE (épreuve du bac en 1ère) sur les sans-papiers qui travaillent en France et qui n’ont aucun droit, alors que les résidents étrangers devraient pouvoir voter puisqu’ils participent pleinement à la société, ce sont des citoyens. »

Quant à ceux qui sont contre, la plupart regardent avec méfiance le stand et ne votent pas. Un homme devenu français, exprime son désaccord : « On ne peut pas donner un droit de vote rattaché à la nationalité, il faut être français pour voter en France. » Pourtant les étrangers de l’Union européenne ont déjà ce droit, rétorque un des élus.

Cependant, pour la majorité des personnes venues voter, les étrangers travaillent, vivent, participent à la prospérité de la société et doivent donc pouvoir s’exprimer de manière démocratique. Un homme s’approche, militant socialiste depuis trente ans, il engage une discussion à grands coups de « mais bien sûr, camarade ! ». « Je suis fils d’immigré italien, je vais voter, oui, mais en 2006, on a milité de cette même façon, et ça n’a rien donné », dit il.

Ce samedi 21 mai, à Bondy, les urnes ont été dépouillées, puis les résultats envoyés pour être centralisés à la Ligue des droits de l’homme. Ceux qui ont tenu le stand sont plutôt satisfaits, 1102 personnes se sont inscrites sur les registres pour voter à Bondy, 1057 ont voté oui, 35 ont voté non, 10 ont voté blanc. La votation citoyenne vie donc de beaux jours mais, même si Jacques, élu local, affirme qu’il « aurait préféré un vrai referendum ».

Amine Benmouhou

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