Yousra votait pour la première fois, elle a assisté au dépouillement dans son bureau de vote du XVIII° arrondissement, un arrondissement traditionnellement socialiste.
Il est 12 h, je vais voter. Munie de ma carte électorale et de ma carte d’identité, c’est mon premier vote. Le bureau se trouve dans un collège près de chez moi dans le XVIII° arrondissement. Les listes électorales sont bien disposées sur la table. J’y vais comme si j’allais faire un exploit, comme si mon vote était plus important que les autres. Alors qu’il ne fait que partie d’un pourcentage. Moment d’émotion au son du « à voter ». C’est fait, c’était rapide, je rentre et je me retrouve sur Twitter, à examiner la situation. Le taux d’abstention circule selon l’heure : 12 h-17 h. Les sondages prennent de l’ampleur. Des sondages sans exprimer le champ, évidemment pour nous faire peur.
19 h 45. Je me présente plus tôt pour observer les retardataires et le mouvement des élections. Les gens qui rentrent de weekend et les habitués se pointent. On cherche les dernières adresses. 19 h 58, un dernier votant. On vérifie si tout a bien été pris. Je vois au loin deux urnes remplies jusqu’au milieu d’enveloppes bleues. Les enveloppes rendues sont au nombre de 12. La petite taille de l’enveloppe a développé chez certains un sens du pli très prononcé. 20 h : le scrutin est clos. On range tout et on a du mal à fermer le dernier l’entonnoir. Ils sont quatre dessus, c’est comique, mais tellement rapide.
Les dépouilleurs sont accueillis par table. Je me retrouve avec un jeune, à peine plus âgé que moi, une habituée du dépouillement et une dame très drôle qui cause facilement. Le principe est simple. On nous confie cent enveloppes. On les recompte. Chaque personne a un rôle attribué : celui qui enlève les listes des enveloppes, celui qui dit à haute voix la liste choisie et deux qui notent d’un bâton à qui est adressée cette voix. Cela parait fastidieux, mais c’est stressant et amusant à la fois. Amusant, jusqu’au point où dans tes mains 19 papiers du FN sur un tas de 100 passent.
On se regarde et on comprend. On commence à dire pour qui on a voté, cela entretient la conversation. Deuxième paquet, il y en a moins, mais il y en a. Résultat de notre table sur 200 votants : 66 pour Claude Bartolone (Union de la gauche), 42 pour Valérie Pécresse (Union de la droite), 29 pour Wallerand Saint-Just (Fn) et les autres. Nous retenons un vote : celui du vote blanc. « Mais il n’y a rien dans l’enveloppe… » Eh bien non, pas au bureau 42. Des citoyens se sont donnés du mal : ils ont délicatement plié une feuille blanche. C’est compté comme un vote et cela marque les esprits.
Résultats du bureau : 679 votants sur 1542 inscrits, 206 pour Claude Bartolone, 152 pour Valérie Pécresse, 91 pour Wallerand de Saint-Just, 87 pour Emmanuel Cosse (Europe Ecologie-Les Verts), 59 pour Pierre Laurent (Front de gauche)… « Il y a plus de votants qu’aux européennes » lance l’habituée comme pour se réconforter.
Pour en savoir plus, j’intercepte un agent. Yanis Henry partage son expérience « Ce sont des équipes rodées. Elles ont l’habitude d’un certain mode de fonctionnement. Ça ne m’a pas pris de temps. Ça m’en a apporté. C’est la première fois que je participe au scrutin en tant qu’agent, c’est bien sûr consentir à donner de son temps, mais on est rémunéré donc on le conçoit bien plus facilement. J’ai l’impression que dans ce bureau les votes semblent traditionnels, les votes majoritaires étaient socialistes. On remarque que le FN talonne la droite. J’ai l’impression que le Front national a augmenté même dans un bureau de vote plutôt traditionnellement socialiste. »
Yousra Gouja
« Il y a plus de votants qu’aux européennes »
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