Cheveux noirs coupés en brosse, de petite taille, le sourire un peu crispé sur fond de tract de campagne représentant un paysage champêtre verdoyant : à 43 ans et tout de bleu vêtu, Fayçal Ménia est très « Sarko attitude ». Sa priorité ? La sécurité. Militant depuis vingt ans, d’abord au RPR puis à l’UMP, il est maintenant secrétaire départemental adjoint pour la Seine-Saint-Denis et responsable de la section UMP à Aubervilliers. Fayçal Ménia n’a donc rien d’un Martinon, d’une Dati ou autre parachuté. « On ne m’a pas imposé », explique-t-il calmement, comme s’il était blasé, lassé de toutes ces questions sur ses origines, sur son nom.

« Oui, je suis né en Algérie mais je n’ai pas été choisi à Aubervilliers parce que je m’appelle Fayçal Ménia. » Pourquoi les têtes de liste UMP issues de ce qu’on appelle, à tort ou à raison, la « diversité » se présentent-elles seulement dans des municipalités de Seine-Saint-Denis ou dans des arrondissements parisiens dits « sensibles » ? La réponse de Fayçal Ménia est sans appel : « Il faut répondre aux critère de diversité de certaines villes. » Comprenez : il y a un potentiel électoral chez les personnes issues de l’immigration, notamment en Seine-Saint-Denis.

« A Aubervilliers, 30 % de la population est d’origine maghrébine », explique le candidat. Et d’ajouter en souriant : « Il n’y a pas de raison pour que Mohamed vote pour Dupont et Dupont pour Mohamed. Par ailleurs, ce n’est pas porter offense à qui que ce soit que de faire une liste qui ressemble à la France, une France métissée. »

Tant de franchise étonne. On en viendrait presque à se demander si Fayçal Ménia n’est pas un peu naïf. Mais le candidat retombe habilement sur ses pattes avec un raisonnement bien rôdé. « Il faut savoir ce que l’on veut. On ne peut pas crier que les Maghrébins sont sous-représentés en politique, et de l’autre refuser de les voir occuper un poste important sous prétexte que c’est stratégique. » Depuis qu’il est militant, Fayçal Ménia s’est battu pour imposer cette diversité au sein de l’UMP. Non sans difficulté : « Mais aujourd’hui les choses ont beaucoup évolué. »

Pour autant, il n’est pas dupe. « On est dans une stratégie gagnant-gagnant », admet-il en reprenant une célèbre formule de Ségolène Royal. Et même s’il n’est pas un enthousiaste de la discrimination positive, Fayçal Ménia lui reconnaît des avantages. « On est passé par là pour les femmes. C’est malheureux, mais s’il faut passer par là pour imposer la diversité, alors pourquoi pas. » Mais quand on évoque avec lui les « kärcher » et autre « racailles », la tête de liste n’hésite pas à qualifier ces propos de « regrettables», de « dérapages bien contrôlés, destinés à faire exploser le Front National ». Avant de distribuer un blâme de l’autre côté : « Qui se sent morveux se mouche », ajoute-t-il en direction des jeunes qui contestent tant les propos de Nicolas Sarkozy.

Car Fayçal Ménia est un réaliste doté de sang froid. Il estime que sa candidature fait partie d’une « stratégie politique », alors que d’autres, dans son cas, sont allés jusqu’à parler de « rabatteur d’Arabes », ou de « supermarchés ethniques où les gens sont choisis en raison de la consonance de leur nom », comme Mourad Ghazi, ancien candidat à la présidence de l’UMP et auteur de Ne leur dites pas que je suis Français, ils me croient arabe (Editions Presses de la Renaissance). Mais quand certains évoquent, au sein de son propre camp, « les polygames et les moutons qu’on égorge dans les appartements », Fayçal Ménia parle de « racolage ».

Raphaelle Thomas (Extramuros)

Raphaelle Thomas

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