La brasserie Le Murat, QG du Bondy Blog, est pleine d’étudiants, de chômeurs, de retraités, de journalistes, venus assister à l’enregistrement de l’émission BBC. On attend avec impatience l’arrivée de Rachida Dati pour le sixième numéro de la saison.

Pour Inès el Laboudy, blogueuse, « c’était évident que Rachida Dati allait attirer la foule, c’est LA people de la politique ». « People », l’ancienne Garde des Sceaux a souvent fait les Unes des magazines, à son grand regret, dit-elle. D’ailleurs, elle parle avec Nordine Nabili, au bar, des raisons de sa grossesse médiatique : « Je suis désolée mais quand on est enceinte, ça se voit, je ne cherchais pas la visibilité. Je ne pouvais pas tomber enceinte par les oreilles…»

Son café terminé, on passe en salle pour la rencontre avec  les blogueurs Jihed Ben Abdeslem, Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah. Les présentations coutumières passées, on aborde les choses sérieuses. La séquence de la conférence de rédaction est diffusée. Comme toujours, les blogueurs ne mâchent pas leurs mots, chacun y va de sa petite flèche. Rachida Dati écoute attentivement, griffonne quelques notes.

Retour sur le plateau. La maire du 7e arrondissement de Paris est souvent vue comme l’ombre de Nicolas Sarkozy, les bloggeurs démarrent l’interview sur ce terrain. Rachida Dati rétorque : « On a eu parfois des relations très tendues (…) on s’est engueulés. (…) Mais j’ai toujours dit ce que je pensais… » Jihed rebondit en demandant à Rachida Dati si la place qu’elle occupe aujourd’hui est le résultat de son travail ou le résultat d’un réseau bien constitué. Sur le qui-vive, l’ancienne Garde des Sceaux répond par une question, « vous auriez posé la question à Michel Alliot-Marie ? » Davantage positionnée sur la défensive, l’invitée perd patience. Ce ne sont que les prémices d’un échange mouvementé et agité. Les trois jeunes qui lui font face ne laissent rien passer.

L’interview va crescendo. Mehdi parle de la situation désastreuse de l’UMP, Dati lui répond: « On a un problème de leadership à droite. D’ailleurs, regardez dans les sondages, c’est vrai que la gauche dégringole (…) mais il n’y a pas d’appétence pour la droite. (…) Nous avons un problème de leadership mais aussi de crédibilité dans nos propositions (…). Il est important que l’on puisse se renouveler, se refonder (…). » Badroudine évoque la question du droit de vote des étrangers. Réponse de Rachida Dati : « J’y étais favorable il y a encore dix ans. Je n’y suis plus favorable aujourd’hui et je vais vous expliquer pourquoi. On raisonne toujours avec sa vie, avec son parcours. Et moi, il y a deux choses qui m’avaient frappé : d’abord d’avoir une carte de séjour alors que j’étais née en France et d’aller la renouveler au commissariat de police, ça m’a toujours choquée (…) Et puis je considérais que mes parents, c’était normal qu’ils votent  (…) Donc j’y étais favorable. (…) Ensuite la machine à intégrer s’est un peu grippée donc ça s’est un peu communautarisé, puis radicalisé et aujourd’hui, je pense que le droit de vote des étrangers, on se trompe de cible (…) on va compliquer l’accès à la nationalité. » Le débat est vif. On parle des relations police/justice/jeunes et contrôle au faciès. Jihed donne l’exemple de son frère qui s’est fait contrôler trois fois dans la même journée.

Vient alors le reportage sur la fermeture prochaine de PSA Aulnay. Dès le retour plateau, Rachida Dati dévoile une pratique bien curieuse de la part de la direction de PSA : « D’abord, je voulais vous faire une précision, c’est que Peugeot a su que je venais là, la direction m’a appelée en me donnant une petite note de synthèse en me disant « on va vous poser cette question, répondez avec les arguments qu’on vous donne« . (…) Je ne suis pas leur avocat et je ne répondrai pas leurs arguments. Je trouve ça scandaleux, choquant même qu’on me passe les éléments en disant « on est disposé à venir vous voir« . Donc ils n’ont pas le temps pour venir vous voir mais ils ont du temps pour venir me voir pour me donner des arguments. »

D’autres sujets ont été abordés, sans oublier les élections municipales de mars 2014. L’invitée du soir qui est candidate à la mairie de Paris n’a pas oublié d’envoyer un signe à sa concurrente NKM lors des primaires UMP : « Elle m’a dit « Je ne peux pas gagner Paris sans toi« . » Une façon de se rendre indispensable, comme d’habitude.

Sarah Ichou

BBC, diffusion dimanche 07 avril à 12h30 sur France Ô et à 21h sur LCP.

 

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