« Quelle aurait été la vie de notre pays durant toutes ces années, sans Marine… Jean-Marie » : lapsus (révélateur) prononcé en début d’après-midi lors du bilan fait par Wallerand de Saint-Just, le trésorier du Front national, devant les adhérents venus en nombre de toute la France mais laissant tout de même quelques places vides dans l’immense salle du Palais des Congrès de Tours.

Malgré cette faute de frappe dans son discours, le trésorier s’est voulu rassurant sur la santé financière du parti bien « qu’il [ait] fallu vendre le Paquebot (l’ancien quartier général du FN) pour renflouer les caisses ». Le FN serait donc reparti sur de bons rails. Concluant pour remotiver les troupes, avant de céder le micro au leader : « Le trésor c’est le Front national, gardez-le comme la prunelle de vos yeux ! » A quoi la foule répond par des « Jean-Marie » qui résonnent fort.

Sont présents des jeunes, vieux, chauves, barbus… Des gens comme tout le monde en somme. Des jeunes filles bien maquillées, habillées tendance, que n’importe pourrait draguer aux terrasses des cafés, des jeunes garçons qu’on pourrait très bien fréquenter au sein de nos universités, des personnes âgées que l’on pourrait aider à traverser… Sans se douter qu’ils votent Front national. « Une tête de lepéniste », comme on dit souvent en blaguant du côté de chez moi, ça n’existe pas, au fond, car le parti recrute partout et c’est ce qui permet au « canard » de « bouger encore et même de plus en plus », comme le dit Le Pen en parlant de son parti, durant le discours-bilan de ces derniers mois, qu’il prononce en ce début d’après midi.

« Nicolas Sarkozy » revient à de nombreuses reprises dans la bouche du futur ex-président : « Le « hold-up Sarko », « l’illusion Sarko », Jean-Marie Le Pen ne semble pas avoir encore digéré la stratégie présidentielle de l’« écureuil » de 2007 comme il l’a surnommé. Par la faute de ce dernier, le leader du Front n’a récolté « que 11%, car beaucoup se sont fait tromper par son discours (de Sarkozy) ».

La formule ne change donc pas. Il incrimine les dissidents aux élections européennes, comme Carl Lang et Jean-Claude Martinez, la « babel » européenne qui impose une législation à la France, l’immigration (mes pauvres ancêtres en prennent pour leur grade) qu’il apparente au colonialisme et « qui conduira le pays à une guerre civile », l’inégale répartition du temps de parole, des fonds publics…

La fin de son allocution donne de lui l’image d’un héros épique aux yeux des adhérents frontistes : « Mon dernier mandat a été celui du renouveau, de la pugnacité et de la fierté du FN », au service « de la nation contre les maux qui la menacent ». Ces maux étant « l’immigrationnisme, le fiscalisme, l’européanisme et le libre-échangisme (économique, bien sûr), portés par les dinosaures du PS et de l’UMP ».

Il termine son discours par un « adieu » non définitif mais « uniquement à la présidence », qui rassure les adhérents à en croire les applaudissements. Les vrais adieux sont programmés à 16 heures.

Aladine Zaïane

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