Avocat au Barreau de Paris, Karim Ouchikh, 46 ans,  a été adjoint au maire PS de Gonesse de 1995 à 2007. Ancien du parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République !, il est aujourd’hui vice-président du Rassemblement pour l’Indépendance de la France (RIF), un mouvement souverainiste fondé par l’ancien député français au Parlement européen et porte-parole de Marine Le Pen, Paul-Marie Coûteaux.

Il y a quelque mois, Marine Le Pen a attaqué le Bondy Blog. Pourquoi s’en prendre à nous ? Les jeunes citoyens qui se forment grâce au Bondy Blog sont-ils plus dangereux pour elle que ceux qui brûlent des voitures ?

Lors de sa conférence de presse du 12 décembre dernier, Marine Le Pen a défendu avec raison une réforme des subventions de l’Etat accordée aux associations : dès lors qu’elles sont attribuées à des associations qui ne défendent pas le bien commun, ces subventions peuvent donner lieu à de coupables abus, notamment lorsque ces subsides sont utilisés à des fins communautaristes. En voulant s’assurer que la dépense des deniers publics le soit conformément à l’intérêt général, Marine Le Pen est donc parfaitement dans son rôle de responsable politique. De ce point de vue, parfaitement légitime, chaque association doit se livrer, aujourd’hui comme demain, à un examen de conscience approfondi.

Marine Le Pen a accusé le Bondy Blog de « communautarisme ». Le communautarisme naît en grande partie de la ghettoïsation. On a parqué les derniers arrivants et les plus pauvres dans les mêmes quartiers. Comment lutter contre la fracture territoriale et rétablir une vraie mixité ?

L’origine de la fracture territoriale, que vous avez raison de dénoncer, est liée moins à une ségrégation sociale et économique, trop facilement invoquée ici ou là, qu’à un divorce identitaire qui s’installe insidieusement dans les esprits, à la faveur de funestes pratiques communautaristes. Cette fracture identitaire conduit à un séparatisme de cœur des populations de ces quartiers d’avec la France. Il faut donc réconcilier d’urgence les habitants des banlieues avec l’amour de notre pays et créer ainsi une dynamique vertueuse d’assimilation qui demeure, à mes yeux, le seul ressort véritable permettant, à terme, l’émancipation économique et sociale des populations considérées.

« La France ne se réduit pas aux banlieues »

Le 11 avril dernier Marine Le Pen a déclaré : « Tout le monde passe sa vie en banlieue, eh bien moi je ne vais pas en banlieue. Les quartiers dans les banlieues, ils ont tout : les caméras de télévision, l’argent de la politique de la ville qui se déverse, ce sont des milliards ». En tant qu’ancien élu de banlieue trouvez-vous ça juste ?

La France ne se réduit pas aux banlieues, lesquelles focalisent à l’excès les débats politiques dans les médias : tout autant que les banlieues, la province et l’outre-mer, par exemple, méritent d’être au cœur des préoccupations des pouvoirs publics. Tel est le sens authentique des propos de Marine Le Pen qu’il convient donc de ne pas déformer abusivement. Je vous recommande à cet égard de lire attentivement le programme présidentiel de Marine Le Pen pour vous convaincre de l’attention qu’elle porte également aux banlieues.

Quelle serait concrètement la politique de la ville du FN ?

A mes yeux, le programme de Marine Le Pen repose sur trois orientations fondamentales. Premièrement , rétablir partout l’autorité de l’Etat. Marine Le Pen fera disparaître définitivement les zones de non-droit du territoire de la République, ce qui nécessitera un arrêt du désengagement des services publics dans les banlieues mais aussi une politique de tolérance zéro pratiquée à l’égard des délinquants de tout poil : les forces de l’ordre et la Justice, sur le pied de guerre, seront dotées de moyens matériels, humains et juridiques pour éradiquer les phénomènes de violence. La sécurité doit redevenir la première des libertés dans nos banlieues. En d’autres termes, la peur doit changer de camp.                                                                                                                                                                                              Puisque le problème dans nos banlieues est avant tout identitaire, il nous faut conduire, en second lieu,  une politique de réarmement culturel : d’abord en mobilisant les moyens de l’Etat pour permettre aux populations étrangères ou d’origine étrangère d’accéder à la maîtrise du français et à l’apprentissage des subtilités de notre langue et de notre civilisation (perception des codes, des coutumes et des mœurs pour se comporter au mieux en société). Ces parcours d’apprentissages seront obligatoires et contrôlés. Ensuite, en encourageant la connaissance et la fréquentation des grandes œuvres culturelles françaises .Les droits liés à la Sécurité sociale, aux aides sociales, au logement, au travail seront étroitement conditionnés au respect de ces engagements.Troisièmement, il faut restaurer le sens de l’autorité parentale dans les familles défaillantes, davantage mise à mal dans les banlieues que dans les autres territoires de notre pays : pour que les parents puissent jouer pleinement un rôle privilégié dans la prise en charge de l’éducation de leurs enfants, – que la société ne remplacera jamais – des aides à la parentalité seront mis en place avec le souci de contrôler que chacun des bénéficiaires aura à s’y soumettre rigoureusement.

«  En matière d’immigration, notre pays a atteint un seuil excessif »

Qu’est-ce que Marine Le Pen propose pour les ouvriers de PSA ?

Le groupe PSA Peugeot Citroën envisage la suppression de 4 000 postes en France en 2012 !
Ces plans sociaux à répétition s’inscrivent dans la politique de licenciements massifs qui, depuis bien des années, frappe de plein fouet le secteur automobile français. A l’instar de Renault qui a déjà procédé à de vastes plans de délocalisations, la direction de Peugeot Citroën applique donc à la lettre les dogmes de l’ultralibéralisme, si dévastateurs.                   Marine Le Pen dénonce l’hypocrisie du système UMPS qui fait mine de s’apitoyer sur ce saccage social alors qu’il soutient sans hésitation les traités européens qui interdisent pareillement toute forme de protection efficace aux frontières. Rompant avec cette politique mortifère, Marine Le Pen appelle à un changement radical d’orientation économique, avec le mot d’ordre suivant : la réindustralisation de la France passera par la rupture profonde avec l’idéologie ultralibérale dominante, par l’affirmation d’un Etat stratège et par l’établissement d’un protectionnisme raisonné aux frontières. C’est à ce prix que l’industrie automobile française pourra se consolider dans l’immédiat, pour regagner demain des parts de marché et ainsi préserver à l’avenir nos emplois, chez PSA comme ailleurs.

Vous êtes Français né de parents algériens. Trouvez-vous qu’il y a trop d’immigrés en France ?

Je raisonne exclusivement en qualité de citoyen français, soucieux par dessus tout de sauvegarder et de pérenniser l’extraordinaire modèle de civilisation française. En matière d’immigration, notre pays a atteint à coup sûr un seuil excessif : inverser les flux migratoires est donc une question vitale pour la France, qui ne peut en effet « assumer toute la misère du monde », sauf à compromettre aujourd’hui un équilibre économique et social déjà bien précaire et à ne pouvoir préserver demain un modèle de société aujourd’hui attaqué de toutes parts. En diminuant les flux migratoires, notre pays sera mieux à même d’assurer l’assimilation des immigrés déjà présents légalement sur notre territoire, pour peu naturellement que ces derniers en manifestent la volonté sincère. Cette nécessaire discipline doit s’accompagner d’une politique volontariste d’aide au développement en direction du Tiers monde afin que les populations des pays en proie à la crise économique et à la pauvreté endémique ne soient plus tentées de gagner l’Eldorado européen.

« L’appartenance à la communauté française se mérite »

En meeting, Marine Le Pen s’est interrogée : « Combien de Mohamed Merah dans les bateaux, les avions, qui chaque jour arrivent en France remplis d’immigrés ? » Cet amalgame entre immigrés et terroristes vous choque-t-il ? Par ailleurs, Mohamed Merah n’est pas venu par bateau puisqu’il est né en France…

Halte à la caricature ! Marine Le Pen a souligné ave raison que nombre d’immigrés récents et que bien des Français de générations récentes s’étaient si peu intégrés à notre pays que certains d’entre-eux pouvaient être inévitablement tentés par le repli sur soi dans le meilleur des cas, ou par l’action terroriste dans les cas les plus extrêmes. Lorsque le processus d’assimilation à la France est en panne, il ne faut pas s’étonner de possibles dérives, qu’il nous faut alors collectivement combattre. En ce domaine, la lucidité n’est pas l’ennemi de la générosité bien comprise.

Sans le droit du sol, vous n’auriez pas pu devenir Français. Etes-vous favorable à sa remise en cause?

L’appartenance à la communauté française se mérite. Ressortissant français par l’effet du droit du sol, j’espère avoir témoigné tout au long de ma vie d’un amour sincère à l’égard de ma patrie, qui justifie jusqu’à présent de la légitimité de la nationalité française que notre pays a bien voulu me conférer dès ma naissance : pour tout vous dire, je considère, à chaque instant de mon existence, que cette nationalité française est un honneur insigne qui m’a été consenti voici 46 ans. La remise en cause de ce droit du sol, – dont l’application automatique conduit trop souvent à fabriquer des citoyens français « malgré eux » – dans le cadre d’une réforme en profondeur du Code de la nationalité française, ne me choque en rien, dès lors que les conditions d’attribution de la nationalité française se feraient sur des bases objectives, ce qui est parfaitement le cas dans le projet de Marine Le Pen : présence paisible, légale et prolongée sur le territoire de notre pays, maîtrise de notre  langue et preuves d’assimilation…

Marine Le Pen est favorable a un retour des prénoms français. Vos parents n’auraient pas du vous appeler Karim ?

Je rencontre Marine Le Pen très régulièrement et elle ne trouve rien à redire à l’origine de mon prénom. Sur le fond, il est certain que l’un des marqueurs les plus forts qui manifeste l’intégration puis l’assimilation des populations fraîchement installées en France s’observe dans le choix par les parents des prénoms attribués à leurs enfants. Selon moi, ce choix doit s’opérer en faveur de prénoms qui se rattachent avant tout à l’histoire et à la civilisation de notre pays, ce que, pour ma part, je n’ai pas manqué de faire pour chacun de mes quatre enfants.

« Le PS et l’UMP ont trahis les intérêts de notre pays, en s’égarant dans l‘aventure européiste »

N’avez-vous pas peur de devenir la caution diversité du FN, la Fadela Amara de Marine Le Pen ?

Marine Le Pen m’a demandé d’être l’un de ses conseillers politiques, ce que je m’applique à faire plus particulièrement en matière de liberté d’expression. Jamais, elle ne m’a demandé de m’investir ou de m’occuper d’une attribution qui se rattacherait de près ou de loin à la thématique de la « diversité ». En cela, elle respecte parfaitement mes centres d’intérêts et reste toujours attentive aux notes, articles ou tribunes que je lui adresse régulièrement en bien des domaines : protection du patrimoine culturel, libertés publiques, réformes institutionnelles…. Nous sommes bien loin de cette « caution diversité » que vous croyez devoir lui imputer, au travers de ma personne !

Vous êtes un ancien élu PS. Pourquoi avez-vous rompu avec les socialistes ?

Je reste fidèle à mes idées, lesquelles me conduisent depuis toujours à faire passer les intérêts de mon pays avant ceux, toujours médiocres, des partis politiques. Depuis bien des années, j’ai quitté les rangs du Parti socialiste. Comme beaucoup de déçus de la gauche, comme de la droite du reste, j’ai considéré que le PS et l’UMP avaient pareillement trahis les intérêts de notre pays, en s’égarant dans l‘aventure européiste. La trahison historique du traité de Lisbonne (adoption parlementaire à Versailles en 2008, avec la complicité du PS, d’un texte qui avait désavoué massivement par nos compatriotes lors du référendum de 2005 !) reste fondatrice de mon engagement politique au sein de la famille souverainiste.

Vous vous définissez comme un souverainiste. Pourquoi ne pas avoir rejoint Nicolas Dupont-Aignan ?

Si le chef de file de Debout la République ! défend assurément  le même logiciel souverainiste, il n’a pas su donner corps toutefois, à mes yeux, dans son programme politique, à cette idée fondamentale que la France, – au-delà du régime institutionnel républicain qui est le sien actuellement – demeure avant tout une civilisation admirable, qui conserve une âme, une histoire, une identité qu’il convient de défendre partout, avec la dernière énergie. Marine Le Pen a parfaitement compris la dimension charnelle de ce combat historique. Son engagement est donc naturellement le mien.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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