« 7 mai 2009. 06H07. Plus de 10 000 000 d’après les chiffres officiels. Jeunes et moins jeunes, banlieusards, Parisiens, campagnards, de la jeunesse oubliée aux retraités indigents en passant par les personnes handicapées, agriculteurs, pêcheurs, tous sont présents. Tous en ont ASSEZ! Assez que les riches s’enrichissent et que le nombre de laissés pour compte s’accroît, que le fossé devienne béant. Assez de ce système d’assistanat, « assez qu’on nous prenne pour des cons », scandent la plupart des gens. Tous ces Daniel Cohn-Bendit en herbe n’en démordent pas.

En ce jeudi matin, ils continuent de bloquer la France se situant toujours aux mêmes endroits stratégiques afin que leur courroux porte leur fruit et qu’ils gagnent leur combat pour une plus grande égalité. Plusieurs milliers sont massés sur les rails des lignes RER et des métros, d’autres tout aussi nombreux sont assis sur les axes autoroutiers, certains déambulent joyeusement aux alentours des sacro-saintes institutions représentant l’Etat. Au bout de 8 jours, beaucoup susurrent que « ça sent la chienlit », un sourire aux lèvres. Le combat ne fait que commencer.

Je m’approche d’une jeune fille : « Je suis contente et même au-delà, dit-elle. L’année dernière, à la même époque, lorsque le prix de l’essence flambait, s’ajoutant aux autres problèmes déjà existants, j’ai été stupéfaite de voir qu’aucune grosse manifestation ne s’organisait, pourquoi 40 ans après mai 68, personne ne bougeait et tirait la couverture vers soi. Peut-être que la coupe n’était pas pleine… Mais là, on tient le bon bout car l’union fait la force et on est enfin ensemble contre toutes ces injustices. »

L’homme à côté d’elle s’empresse de prendre la parole : « On ne cesse de nous prendre pour des cons. Assez des répercussions de la crise financière dont nous ne sommes pas coupables mais où l’on paye les pots cassés. Lorsque la crise a éclaté, Sarkozy a emprunté à tour de bras des sommes considérables, sorties de je ne sais où, dépassant toute raison humaine et financière. C’était sûr que le contribuable allait mettre la main à la poche et pas qu’à une, d’ailleurs. A ce jour, cela se confirme lentement. Les banques ne jouent toujours pas le jeu. La plus grosse erreur de l’Etat, c’est d’avoir sauver ce système capitaliste de merde où les inégalités n’en finissent pas. Son effondrement aurait été la meilleure chose, cela aurait permis une refonte totale du système pour un système enfin plus équitable. »

Une autre personne s’insurge : « Au début de la crise, 2000 milliards avaient été débloqués pour remédier à la crise financière alors que seuls 30 milliards aurait pu éradiquer la faim dans le monde selon la FAO, vous vous rendez compte ? Regardez aussi la bataille qu’a dû mener Martin Hirsch pour imposer le RSA, et ce depuis 2005, alors que ce dispositif coûtera au plus quelques milliards. Je suis écœuré et scandalisé, alors même si ma situation personnelle est loin d’être confortable, je fais front avec tous ces autres braves gens. »

La femme qui l’accompagne me dit : « Je suis au chômage depuis plus de six mois à présent. Je cherche du travail, je ne fais que cela. Mais en France, c’est caractéristique, on regarde si vous possédez le diplôme comme si le papier attestait de quelconques compétences et qualités humaines. Tout ce gâchis humain alors que la plupart des chômeurs veulent travailler, moi, j’en peux plus. Mon mari et moi, on n’a plus rien à perdre. Pourvu qu’on arrive à paralyser le pays comme ces jeunes en 68, au moins la France bougerait, elle serait autre. Le mot « égalité » au fronton des mairies n’a plus aucun sens pour moi, même si je connais la chance que j’ai d’habiter dans ce pays. Il faut toujours se battre pour garder ce que l’on a et pour ses idéaux, tout simplement, mais là les inégalités sont trop grandes quand vous songez à ces riches qui vont s’installer en Suisse pour ne pas être taxés… »

Assez, assez, assez, qu’on nous prenne pour des cons ! Longue vie à la paralysie totale et irréversible de la France. Une petite mort pour une belle renaissance.

Stéphanie Varet

Stéphanie Varet

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