Jeannette Bougrab a le regard noir d’une actrice italienne des années 50, avec, dans les yeux, quelque chose de vulnérable. A l’UMP, son parti, ils n’aiment pas trop ça, la femme fragile. Ils préfèrent la femme générale, la tenue pantalon au tailleur mauve. C’est dans cette couleur glamour que la candidate du parti de droite a visité les 35 bureaux de vote de la 18ème circonscription de Paris, où elle se présentait. Un rituel qui tient autant de l’affichage le jour du vote que du respect envers les électeurs. Professeur de droit à la Sorbonne, chargée de cours à Sciences Po, Jeannette Bougrab n’a que 33 ans. « De droite en économie, plutôt de gauche sur les questions de société », ainsi qu’elle se décrit elle-même, la jeune candidate espère obtenir dans sa circonscription, le 17 juin, au second tour des législatives, un meilleur résultat que celui qu’y a enregistré Nicolas Sarkozy le 6 mai, à la présidentielle, contre Ségolène Royal. « La candidate socialiste a réalisé ici plus de 60% des voix », rappelle Jeannette Bougrab.

 

Face à elle, le député sortant PS, Christophe Caresche, qui partait favori dans la bataille et qui, dépouillement des urnes accompli, sera sans doute premier, devant son adversaire de l’UMP, promesse d’un âpre duel dans une semaine. Si Jeannette Bougrab déclare vouloir faire mieux que Nicolas Sarkozy dans la 18ème circonscription parisienne, c’est peut-être pour lui montrer, un, qu’elle n’est pas faible, deux, qu’il a eu tort de ne pas la nommer au gouvernement. De toute façon, Jeannette Bougrab est juppéiste. C’est Alain Juppé, l’actuel numéro deux de l’exécutif, prédécesseur de Caresche au poste de député de la 18ème, qui lui a demandé d’adhérer à l’UMP, après sa nomination au Haut Conseil à l’intégration, en 2002. C’est en partie grâce à lui si elle est candidate dans ce lieu populaire de la capitale, qui réunit de grandes adresses de Paname: Montmartre, la Goutte d’Or, Barbès, Château-Rouge. Un bassin de 55 000 électeurs, dont beaucoup sont issus de l’immigration.

 

« J’admets parfaitement être issue de l’immigration, mais je n’aime pas qu’on me définisse comme une candidate de la diversité. Je crois que nous, enfants d’immigrés, aspirons surtout au droit à l’indifférence ». Son père était harki. « Mais, assure-t-elle, personne, durant ma campagne, sur les marchés, ne m’a fait de remarques désobligeantes à ce propos. Au contraire, les Maghrébins me félicitent pour mon parcours professionnel, qu’ils associent à une réussite ». Pas trop de commentaires racistes non plus. « Une dame à qui je disais être née à Châteauroux m’a répondu que cela ne suffisait pas pour être française ». Vingt heures approchent. La permanence électorale de Jeannette Bougrab, 59 rue du Mont-Cenis, se remplit de militants UMP et de partisans sans étiquette de la candidate. Ce que Pascale, venue en famille avec ses enfants, apprécie « surtout, chez Jeannette, c’est son parcours, et le fait qu’elle veuille continuer à travailler à l’université si elle est élue ». Les résultats de cette circonscription ne seront connus que tard dans la nuit. Le suppléant de Jeannette Bougrab, Claude Devers, une figure de la vie associative locale, aujourd’hui à la retraite, n’a aucun souci sur l’issue du premier tour: « A dimanche prochain ! », clame-t-il.

 

Antoine Menusier

Jeannette Bougrab (UMP) recueille 29,6 %, Christophe Caresche (PS) 37,7 %.

Antoine Menusier

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