La ministre déléguée adjointe du Département d’Etat, chargée de l’éducation et de la culture dans le gouvernement américain, s’invite en France. En banlieue. Elle souhaite rencontrer des jeunes issus de l’immigration en plein après-midi d’été. Qui voit-elle ? Qu’est-ce qui se raconte durant la réunion ? Jeudi dernier sur les coups de midi, c’est autour d’un thé et de gâteaux, dans un restaurant kabyle de Noisy-le-Sec (93), que l’envoyée américaine Goli Ameri, originaire d’Iran, et une dizaine de junior représentants de la communauté musulmane de France, ont courtoisement et trop brièvement dialogué. Le matin, la ministre déléguée avait rendu visite à Alda Pereira-Lemaître, maire de Noisy-le-Sec.

Cette entrevue a été mise sur pied par l’ambassade des Etats-Unis à Paris, qui a contacté pour l’occasion Mohammed Colin, responsable du site Saphirnews.com, présenté comme le premier portail dédié aux musulmans de France et d’Europe. Mohammed Colin a invité une dizaine de ses lecteurs à participer au débat.

Entourant Goli Ameri, il y avait des journalistes de Saphirnews.com, le directeur d’une PME organisant les obsèques de musulmans, le directeur d’une PME spécialisée dans le marketing de produits destinés à une clientèle musulmane, le gérant d’une société de dessins animés sur l’islam, la directrice commerciale d’une entreprise travaillant pour des musulmans, trois élus et des membres du Bondy Blog.

Le débat a commencé avant l’arrivée de Goli Ameri. Comment doit-on se définir en France lorsqu’on est musulman ? Telle est la question. Certains mettent en avant leur religion : « Je me définis avant tout comme musulman », affirme un jeune homme. Une jeune femme portant un foulard sur la tête, n’est pas d’accord. Travaillant dans l’édition, à son domicile, elle dit ne pas comprendre qu’on puisse se définir avant tout par sa religion : « Je ne parle ni de mes origines, ni de ma religion, je n’en éprouve pas le besoin. » On parle des difficultés de vivre l’islam en France et les raisons pour lesquelles il convient de ne pas cacher sa foi : « Il est important de se définir comme musulmans à cause de l’islamophobie qui existe, il faut se défendre. Il faut sans cesse expliquer que nous ne sommes pas des terroristes », affirme un autre jeune homme.

Cette discussion prend fin avec l’arrivée de Goli Ameri. Quelqu’un lui demande d’expliquer les raisons de sa venue : « Notre bureau à des programmes dédiés à des mairies sur des problématiques de santé et d’éducation, et ce, dans 165 pays, répond-elle dans un français impeccable. C’est très intéressant de rencontrer des gens de la diversité de pays différents. Nous pourrons par la suite élaborer nos programmes de travail avec la France. »

Un autre participant souhaite savoir pourquoi elle a choisi de s’entretenir des jeunes issus des quartiers. « On s’intéresse beaucoup aux banlieues françaises. On a envie d’entrer en contact avec des gens qui ne font pas partie des élites, on veut leur donner des bourses. On entend offrir des opportunités à ceux qui n’ont pas de chances à l’origine. » Aux Etats-Unis, il est question « d’inclusion sociale et non pas d’intégration sociale », croit savoir interlocuteur autour de la table. Goli Ameri reformule cet énoncé : « Aujourd’hui, aux Etats-Unis, l’intégration est fluide, par forcée. »

Le parcours de la ministre délégué est un exemple d’« intégration fluide ». Née en Iran, elle est venue faire ses études aux Etats-Unis à l’âge de 17 ans. Elle a par la suite crée son entreprise, eTinium Inc., société de conseils et d’études de marché spécialisée dans les télécommunications. Par la suite, elle entame une carrière politique et se présente en 2004 à des primaires républicaines dans l’Etat d’Oregon. A Washington, le Parti républicain la repère et salue sa maestria. Son origine iranienne est un atout dans son ascension, les Etats-Unis, traumatisés par le 11 Septembre, ayant à cœur d’ouvrir les arcanes du pouvoir à leur « diversité », en particulier à celle originaire d’Orient.

Fin 2007, elle devient ministre déléguée adjointe du Département d’Etat, en charge de l’éducation et de la culture. Ses origines l’aident, certes, mais « pour réussir, dit-elle, il faut d’abord sentir le pouvoir en soi-même. » D’où son choix qui se porte sur les Républicains plutôt que sur les Démocrates : « Je suis allée au parti républicain car je crois beaucoup aux responsabilités individuelles. »

A la fin de la rencontre, les avis sont partagés. Fouad Sari, adjoint au maire de Vigneux-sur-Seine (91), éprouve une très grande satisfaction : « C’est très bien qu’il y ait un contact direct avec une officielle américaine. Il faut développer ces rencontres car on va ainsi pouvoir nourrir le débat et changer les choses au fur et à mesure. » Fouad souhaiterait qu’en France, les habitants puissent rencontrer également les élus plus facilement et plus souvent.

Nasser Ramdane Ferradj, adjoint au maire (PS) de Noisy-le-Sec, ne se fond pas dans le moule « musulman » du jour : « C’est intéressant que des Etats étrangers comme les Etats-Unis s’intéressent aux politiques françaises. En revanche, je ne me suis pas du tout senti représenté par les personnes autour de la table. Il y avait là une vision trop islamique de la population des banlieues et je regrette que personne du tissu associatif n’ait été convié. De plus, je déplore qu’on veuille donner de la banlieue une vision trop exotique. »

La remarque aura peut-être été entendue, puisque le lendemain, Goli Ameri rencontrait des jeunes du « tissu associatif ». Pragmatiques comme personne, les Américains vont naturellement à la rencontre des publics les plus divers.

Nora Yourri

Nora Yourri

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