Une jeune femme dernière son stand accueille les invités un grand sourire aux lèvres, malgré les plus de 30 degrés à l’extérieur. Elle remet les laissez-passer. Plus haut, on distribue des carnets de notes, vert bonbon,  floqués « Assises nationales pour l’égalité territoriale ». Tout est carré, bien organisé et pour cause : les enjeux sont sérieux et ils valaient bien de s’y arrêter une journée.

A la mairie de la Courneuve, l’édile (PCF) Gilles Poux avait invité des responsables politiques, associatifs, syndicalistes et des citoyens pour répondre à une question simple : qu’est-ce qu’on fait pour nos territoires ? En fil conducteur, l’exemple de La Courneuve et de cet Atlas des inégalités promu par le maire, qui vise à pointer du doigt les différences de traitement par l’Etat entre les villes les plus populaires et les autres communes.

Arrêtez de nous appeler les invisibles, nous sommes les ignorés !

En arrivant dans la grande salle, une succession de tables rangées en biais font face à la scène. Pour animer tous ces débats : Nora Hamadi journaliste, spécialiste de l’Europe. Parmi les intervenants, il y a l’économiste Thomas Porcher et les députés Clémentine Autin (LFI), Stéphane Peu (PCF) ou encore Marie-Georges Buffet (PCF).

Les prises de paroles dénonce tour à tour les inégalités, la politique d’Emmanuel Macron, le racisme, l’injustice sociale. Thomas Porcher parle, évidemment, économie : « Quand on retire 70 milliards aux politiques territoriales, on sait qui ça touche ! » Tonalité plus politique pour Clémentine Autin, qui se projette sur 2020 : « Il faut faire participer les citoyens des quartiers populaires aux élections municipales qui sont un enjeu majeur ! »

Mais l’état d’esprit est unanime : l’Etat donne moins à ceux qui ont le moins. Et habiter à La Courneuve devient un handicap lorsqu’on prend en compte la qualité des services publics et des moyens qu’on nous alloue pour réussir. Après quelques prises de paroles, le micro est donné au public pour les questions. Une mère de famille se lance… en slam : « Mon fils a bac+5 et il est au chômage ! Pourquoi ma ville, La Courneuve, est une ville dortoir qui vit des minimas sociaux ? Je suis une maman, une femme, une chômeuse longue durée, une Maghrébine, une musulmane ! (…) Arrêtez de nous appeler les invisibles, nous sommes les ignorés ! » Les 150 personnes présentes applaudissent, pour le fond comme pour la forme.

Nora Hamadi tente de recentrer le débat : « Qu’est-ce qu’on peut répondre à ça ? » La réponse, elle est dans la « dignité humaine » qu’il faut « apporter en Seine-Saint-Denis, selon Francisco Garcia-Cornelo, un acteur social de terrain. Il faut que les acteurs du territoire parlent ensemble ! On a une obligation aujourd’hui et elle est sociale. »

L’après-midi, le temps des solutions

Avant de clôturer cette matinée,  le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel analyse la situation : « Une seule loi, passée par ce gouvernement, a été bénéfique pour lutter contre les inégalités dans nos quartiers. Il s’agit des dédoublements des classes de CP. Mais est-ce normal qu’en Seine-Saint-Denis, elle s’applique selon un calendrier différé ? On est les seuls dans ce cas ! »

Après la pause déjeuner, les intervenants sont chargés de trouver des solutions au diagnostic posé le matin-même. On notera par exemple l’intervention de Mélanie Taravent, journaliste à France 5 et présidente de l’association Viens voir mon taf qui aide les jeunes issus des quartiers prioritaires de la ville à trouver leur stage de troisième. Elle évoque l’histoire de ce collégien de 14 ans qui voulait travailler dans l’aéronautique et qui aujourd’hui, à 18 ans, est devenu steward.

Nous on ne veut pas d’égalité des chances, on veut l’égalité des résultats !

Jacques Toubon, le Défenseur des droits, n’a pas pu être là physiquement mais il intervient, à distance, en vidéo. Pour le reste, la vice-présidente du département en charge de la jeunesse et de la lutte contre la discrimination, Sylvia Capanama,  résume quelques interventions d’une formule marquante : « Nous, on ne veut pas d’égalité des chances, on veut l’égalité des résultats ! ».

Mais était-ce un énième rassemblement pour dire que ça ne va pas ? Près de deux ans après l’appel de Grigny, les appels à la mobilisation des territoires de banlieue sont nombreux mais les choses avancent-elles pour autant ? Gilles Poux se veut optimiste, à la tribune. « La situation a évolué, veut croire l’élu communiste. Le gouvernement sent qu’il ne peut plus tenir cette posture. » En guise d’exemple, l’Aveyronnais d’origine cite l’exemple des quartiers Nord de Marseille, où les dealers ont installé, explique-t-il, des piscines gonflables pour les jeunes avec leurs propres moyens. C’est le symbole ultime, affirme Gilles Poux, de l’abandon de l’Etat. Et le maire de s’interroger : « Pourquoi à la Courneuve, on a 24 policiers de moins que la moyenne nationale alors que notre taux de délinquance est trois fois plus élevé ? »

Bonne question… qui révèle aussi les limites de l’exercice. Comme beaucoup d’autres interrogations formulées ce jour-là, l’acteur le plus important, le plus cité, le plus pointé du doigt aussi, était absent. Il s’agissait, bien sûr, de l’Etat.

Mohamed ERRAMI

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