Chaque 31 décembre à 20 heures, quelque 10 millions de téléspectateurs ont rendez-vous avec le président de la République. Cette année, Nicolas Sarkozy innove : vœux transmis en direct sur Internet via le site officiel de l’Elysée et sur la plateforme Dailymotion. Difficile de faire du neuf avec l’allocution présidentielle de la Saint-Sylvestre, rituel de la Ve République. Nicolas Sarkozy s’y essaie pourtant. Fini, les vœux prononcés assis ou debout devant la bibliothèque de l’Elysée ou dans le bureau présidentiel. Il opte, depuis l’an dernier, pour un décor au fond numérique. Reflet du perron de l’Elysée en arrière-plan, drapeaux européen et français à sa droite. Un générique très court, quelques secondes rythmées par l’hymne national, avant de se lancer dans huit minutes de discours.

Protecteur, volonté d’être proche des Français et attachement aux valeurs républicaines : tel est apparu le Nicolas Sarkozy qui s’est présenté à nous hier soir. Le chef de l’Etat a rendu hommage au « courage, au travail, à la capacité d’adaptation » des Français et salué « la force de notre économie et l’avantage de notre modèle sociale ». Il s’est délivré un satisfecit pour les réformes qu’il a engagées et qui «  commencent à porter leurs fruits ».

La LRU (loi responsabilités universités) est un « succès  » qui « ouvre et modernise » nos universités ; le grand emprunt participe à l’investissement dans la recherche ; les entreprises innovent grâce au crédit impôt-recherche ; le pouvoir d’achat s’est maintenu (c’est mieux qu’une chute et c’est une maigre consolation…) en raison des heures supplémentaires entièrement défiscalisées ; la réforme des retraites a permis de « sauver les pensions de nos aînés » ; le service minimum « a bien fonctionné » grâce à la « maturité et l’intelligence collective » des Français (façon de nommer sans les nommer les mobilisations, manifestations et blocus des mois derniers). Il ajoute, usant de la synecdoque et un tantinet triomphaliste, que « la France a pu affronter une réforme capitale ».

Pro-européen, Nicolas Sarkozy défend l’euro bec et ongles, quand certains prônent la sortie de la France de la monnaie unique. « L’isolement de la France serait de la folie […] Je m’opposerai de toutes mes forces à ce retour en arrière. L’Europe est notre avenir…» De même qu’en décembre 2009, Nicolas Sarkozy laisse tomber le « je » présidentiel et personnel pour le « nous » plus majestueux mais aussi plus collectif, et joue beaucoup du « notre », « nos », « nous ». Manière de se montrer rassembleur et de donner aux téléspectateurs le sentiment d’avoir pris part à la conduite et, dans l’esprit du locuteur, à la réussite du pays.

Au menu de 2011 : restriction budgétaire, réforme sur la dépendance, protection des Français contre les délocalisations, plus de sécurité et ouverture des tribunaux correctionnels aux jurys populaires, sans oublier l’emploi et l’éducation. Nicolas Sarkozy est intransigeant sur l’absentéisme à l’école qui « condamne à l’échec ceux qui s’y abandonnent ». Liberté, respect, égalité des chances et « refus du communautarisme », la loi sur la burqa « sera appliquée dans l’esprit comme dans la lettre ».

Il fait allusion à la double présidence de la France du G20 et du G8, de hauts moments en perspective pour celui qui souhaite se hisser sur les sommets. Il souhaite que 2011 soit « une année utile pour les Français » et dit son refus de « l’immobilisme » à l’aube d’une année pré-électorale – car on sait bien que les présidents tentés par une réélection n’aiment pas prendre de risques inconsidérés en termes de réformes un an avant les grandes échéances. Nicolas Sarkozy cache difficilement son envie de se présenter à nouveau en 2012. Jacques Chirac avait lui aussi souhaité que 2001 soit une année « utile »… pour préparer les présidentielles de 2002.

En fin d’allocution, Nicolas Sarkozy dit avoir une pensée pour les otages français à l’étranger, « pour qui nous continuerons à nous mobiliser jusqu’au jour de leur libération » et « une pensée particulière » pour « nos soldats qui passent cette fin d’année loin de leur famille en risquant leur vie pour défendre nos valeurs et notre liberté ».

On apprend que le président de la République parachèvera ses vœux aux Français le 24 janvier prochain avec une conférence de presse à l’Elysée dédiée aux G8 et G20. On sent bien que ces deux rendez-vous le motivent tout spécialement…

Imane Youssfi

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