Pas vraiment de foule en liesse, dans la ville des Balkany, pour fêter l’élection du nouveau président de la République… Déjà dans la journée du 6 mai, au marché de la rue Henri Barbusse, les habitants étaient moroses. Inquiets, même, parfois. Chez le boucher, rempli à craquer, une dame à la mine renfrognée  lance qu’on « ne pourra bientôt plus s’offrir de viande, avec tous les impôts qu’ils vont nous coller » pendant qu’à deux numéros de là, le fromager propose à ses clients de « boire pour oublier… »

Car tel le petit village Gaulois d’Astérix (si vous me permettez cette comparaison hasardeuse) Levallois, comme sa voisine Neuilly, reste un bastion sarkozyste. La ville a massivement voté pour le président sortant: une moyenne de 66%, avec un pic à 80% dans le bureau de vote du Palais des Sports Marcel Cerdan, Pont de Levallois, à deux minutes de l’Ile de la Jatte où le Président sortant a vécu si longtemps.

Habituellement, le dimanche soir, la rue du Président Wilson (qui lie la rue de Courcelles, dans le 17ème arrondissement, à Neuilly-sur-Seine) est relativement animée: voitures qui klaxonnent, allées et venues devant le Mac Donald’s, familles avec poussettes de retour du Parc de la Planchette… Ce soir-là, règne un silence de fin du monde. En tendant l’oreille, on entendrait presque les souris du fast-food. Un peu plus tard dans la soirée, un jeune couple traverse, à pied, la rue Jean Jaurès. La jeune fille scande, poing levé: « Sarkozy à Fleury, Balkany… euh… » son compagnon lui attrape le bas et lui fait signe de se taire. Elle salue un groupe discret de trois messieurs fumant en bas d’une pizzeria désespérément vide, d’un jovial « On a gagné ! ». Ils ne lui rendent pas son salut. Ce sera le seul cri de la nuit.

Rien à voir avec le car «Sarkozy», ce car aux couleurs de La France Forte bondé de militants UMP, drapeaux français en mains, qui a traversé la ville avec une ferveur polie le week-end précédent. Pourtant, les militants de la gauche locale (Levallois compte cinq conseillers municipaux d’un rassemblement socialistes et verts et une conseillère municipale communiste) sont galvanisés par le résultat de l’élection présidentielle. Après la défaite d’Isabelle Balkany aux dernières cantonales à Levallois (Arnaud de Courson, candidat divers droite, avait été élu avec le soutien notamment de la gauche) et les déboires des candidats sarkozystes lors des dernières municipales à Neuilly (querelles entre David Martinon et Arnaud Teullé, puis fusion de listes et élection de Jean-Christophe Fromantin), des sympathisants de gauche font leur coming-out politique et l’UMP locale se qualifie même de «résistance».

Pourtant, la ville des Balkany reste boudée par les leaders socialistes nationaux: Bruno Julliard dont on dit qu’il était attendu à la réunion locale pré-premier tour au Pavillon des fêtes, avait purement et simplement annulé sa venue. A l’approche de l’élection, seul Thomas Hollande s’était déplacé pour une séance de porte-à-porte avec les militants… Une terre pas si hostile pour le fils du nouveau président qui grandit à Boulogne et fréquenta un lycée du 16ème arrondissement de Paris. Thomas Hollande, c’est le nouveau Jean Sarkozy ?

Marlène Schiappa

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