À quelques jours des élections départementales et dans un contexte inédit de cantons redécoupés, celui de la Courneuve, qui comprend également Le Bourget et Dugny voit s’opposer six binômes. Sont représentés le Front de Gauche, un rassemblement UMP-UDI, le Front National, deux listes sans étiquettes, et enfin un large rassemblement PS-EELV-PRG-Gauche Citoyenne et MRC porté par le président sortant du conseil général Stephane Troussel ainsi que Zainaba Said Anzum, maire adjointe de la Courneuve
La politique est un sport de combat. Ce mercredi soir dans un gymnase plein à craquer (600 personnes selon les organisateurs) à l’occasion meeting de la gauche rassemblée à la Courneuve, l’entrée des candidats et soutiens était très comparable à celle d’un boxeur en gala, fendant une foule qui applaudit à tout rompre, l’ambiance était là. La musique d’entrée aussi, à en faire péter les amplis. La présence de poids lourds Cécile Duflot, Claude Bartolone et Anne Hidalgo témoigne que le canton n’est pas le seul enjeu de ce rassemblement, et que la gauche souhaite à tout prix conserver les rênes en Seine Saint-Denis.
« En Seine-Saint-Denis, il n’y a jamais eu d’hésitants sur l’écologie »
Stephane Troussel y croit, « parce que les militants sont mobilisés et que la gauche s’est largement rassemblée pour ce premier tour ». Ce ton est bien sûr partagé par tous les orateurs du soir, l’ex-ministre du logement, Cecile Duflot, en tête. Sa présence pourrait surprendre, elle qui a quitté le gouvernement en 2012. Cependant, elle déclare être « toujours pour le rassemblement dans la mesure où les uns et les autres se respectent, où le projet qu’on porte engage à prendre le chemin écologique et où ensuite les promesses sont tenues ». Elle considère par ailleurs que le dit projet a été porté par l’équipe sortante, affirmant qu’« en Seine-Saint-Denis, il n’y a jamais eu d’hésitants sur l’écologie ». Coté électeurs, Nassira, 64 ans, est également satisfaite de ce rassemblement. « Ce sont des gens vraiment sérieux, et j’espère qu’ils ne vont nous ramener que des bonnes choses ».
dept2En plus du ralliement, le président sortant compte sur son bilan. Ses soutiens n’ont de cesse de le rappeler. Claude Bartolone, à la tête de l’Assemblée nationale, également ancien président du Conseil général conclut son discours sur un tonitruant « quand on a Stéphane Troussel, on le garde ». Rien d’étonnant de la part du prédécesseur de ce dernier dont il a clairement pris la suite. Cependant, dans la salle, ledit bilan semble bien faire consensus. Constant, 42 ans, restaurateur considère que « la gauche a déjà fait beaucoup pour la Seine-Saint-Denis. Monsieur Troussel, c’est quelqu’un qui est ouvert à tout le monde, très accessible ». Il semble donc jouir d’un réel capital sympathie, du moins auprès des personnes rassemblées ce soir, en témoigne le joyeux bain de foule qu’il s’est offert en fin de meeting. Quoi qu’il en soit, il s’est largement appuyé sur ce qui a été fait pour cette campagne, « si nous nous engageons aujourd’hui pour la construction de dix collèges neufs, c’est parce que nous en avons déjà construit 15 dans la période précédente. Si nous nous engageons pour la création de 3500 classes pour jeunes enfants, c’est parce que nous en avons déjà réalisé 4500 ».
Un programme basé sur la continuité
Voilà selon lui la différence entre « une droite incohérente et sans projet, et une gauche crédible, sérieuse, qui agit ». Un programme basé sur la continuité, donc, mais aussi sur un projet commun avec la mairie de Paris, la candidature de cette dernière à l’organisation des Jeux olympiques qui pousserait la Seine Saint Denis à accueillir une partie des structures. La capitale et le 93 sont également liés par le projet du grand Paris, et Anne Hidalgo souhaite l’égalité territoriale. En effet dans ce cadre « Une ville comme Paris n’a aucun intérêt à avoir de l’autre coté de ce que l’on appelle encore une frontière des territoires qui souffrent ». Ainsi sa présence ce soir prend tout son sens.
À l’heure d’évoquer le risque frontiste, la comparaison pugilistique reprend tout son sens. Les orateurs cherchent le KO. Pour cela, ils peuvent compter sur la gouaille d’un Claude Bartolone en verve ce soir, et sur ses formules coup de poing : « Pendant que la fille ripoline la façade, le père tapine sur les thèmes traditionnels. Pendant que la fille essaye de nous la faire sœur sourire, le père continue à éructer des choses que l’on n’aurait jamais plus voulu entendre dans notre belle République ». Malgré les rires de l’assemblée, il semble y avoir une vraie inquiétude pour cette échéance électorale vis-à-vis du Front national. Nassira reconnait être là ce soir « pour que le FN ne passe pas ». Rhan, 62 ans, ingénieur, militant au PRG de Gagny considère qu’il y a trois dangers « la droite, l’abstention et l’extrême droite ».
Cécile Duflot va plus loin, n’hésitant pas à évoquer une « droite qui brunit ». Elle semble faire écho à monsieur Constant, qui déclare « quand tu es Français et que tu es noir comme moi, tu ne peux pas oublier que Sarkozy a mis en place de la discrimination ». Le président de l’assemblée va dans le même sens « Ce qui m’inquiète, c’est cette ressemblance parfois entre la droite et l’extrême droite ».
On notera par ailleurs que tous les discours ont été marqués par un hommage aux victimes des attentats en Tunisie, qui ont été comparés à ceux ayant eu lieu début janvier à Paris. Enfin, à l’heure des pronostics, Rhan est prudent. « À l’heure actuelle, c’est tangent. La situation économique n’est pas brillante. De ce fait, il y a deux points, la forte hausse du taux d’abstention et la montée du front national qui nous inquiètent ». Cependant, pour le canton, il n’est pas soucieux malgré le fait que deux des trois villes soient à droite. « Sur ce canton, la gauche va gagner. La somme des voix de Dugny et du Bourget ne peut pas dépasser celle de la Courneuve ». Dans un tel contexte, Stéphane Troussel va-t-il garder sa ceinture, pardon sa mandature ? Premier round et réponse ce week-end.
Mathieu Blard

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