MUNICIPALES 2014. La seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par les Verts est en proie à un combat fratricide à gauche, avec pas moins de 5 candidatures. Certains prédissent que cette situation pourra favoriser l’Ump. 

A deux mois des élections, dans certaines villes, la vie politique est proche d’une guerre des gangs ! C’est le cas à Montreuil (93), où la maire sortante Europe Ecologie Les Verts, Dominique Voynet, a décidé de ne pas se représenter, dénonçant dans une lettre publiée sur son site en décembre dernier des « banderilles plantées, à longueur de temps, au cours de conseils municipaux interminables, aux terrasses des cafés, dans les halls d’immeuble, à la sortie des écoles ». Les raisons de ce retrait soudain divisent malgré tout et l’ancien maire de la ville, Jean-Pierre Brard (Gauche Démocrate et républicaine), candidat aux prochaines élections y voit « une anticipation du résultat de l’élection et la reconnaissance de son échec ».

Qu’en est-il de la situation politique et des forces en présence pour les prochaines élections municipales à Montreuil ? La situation est loin d’être limpide. Nous avons donc un ancien maire affamé, Jean-Pierre Brard, au pouvoir dans la ville de 1984 à 2008, mauvais perdant après sa défaite inattendue et qui n’a eu de cesse de critiquer sa successeure, lui même étant accusé par l’actuelle maire de lui avoir savonné la planche pendant son mandat. L’ex-député a également été dépossédé de son poste par le socialiste Razzy Hammadi, en juin dernier, et il n’est plus le candidat officiel du Front de Gauche, qui présente face à lui son ancien collaborateur Patrice Bessac.

Le parti d’extrême gauche placarde d’ailleurs les rues de la ville avec des affiches de son candidat et de ses soutiens, dont Marie-Georges Buffet ou Pierre Laurent, un grand meeting était d’ailleurs organisé le 29 novembre dernier. Ensuite, il y a le très ambitieux et jeune député de Montreuil Razzy Hammadi. Ce dernier est très critiqué localement et certains voient en sa présence dans la ville un énième parachutage, guidé par le Président de l’Assemblée nationale et encore très influent en Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone.

Faute « impardonnable »

M. Hammadi, rencontré lors de l’inauguration du Salon du Livre, était très distant quant à sa nouvelle position de favori après le retrait de Dominique Voynet, et me gratifia d’un simple « J’ai fait un communiqué, je préfère ne pas me prononcer pour le moment et laisser la lumière sur Dominique Voynet. Vous savez la fin d’une vie politique ne doit pas être facile à gérer ». La fin ? Le jeune député est, de plus, mis en cause dans une sombre histoire de bagarre avec un groupe de jeunes dont la vidéo à fait le tour de la toile. Il n’en fallait pas plus pour que ses adversaires jouent sur son inexpérience et sa faute « impardonnable ».

Mais Razzy Hammadi n’est pas le seul candidat membre du parti socialiste puisqu’on retrouve également l’ancienne première adjointe de la ville Mouna Viprey, partie en claquant la porte en 2010, après un désaccord avec la maire sur la fiscalité locale. Elle a d’ailleurs réagi au retrait de Dominique Voynet en arguant « la fuite d’une défaite annoncée ». La majorité écologiste encore en place vient, elle aussi, d’élire sa tête de liste pour mars 2014. Il s’agit d’Ibrahim Dufriche, petit-fils de Marcel Dufriche, maire communiste de la ville entre 1971 et 1984. Ce chef d’entreprise de 47 ans a remporté la primaire citoyenne organisée par le parti écologiste et ses soutiens, un peu à la surprise générale. La surprise a été encore plus importante pour les deux favoris, dont Daniel Mosmant, qui n’a toujours pas annoncé son ralliement à Ibrahim Dufriche.

Pierre Desgranges, conseiller municipal de la ville et membre de la majorité assurait en décembre dernier que « la majorité est unie » et qu’une « décision serait prise rapidement pour les élections ». Il poursuivait en revenant sur le climat politique de la ville qu’il expliquait par la seule présence de partis de gauche : « La situation est unique ou presque pour une ville de cette taille. L’absence de vrais adversaires politiques exacerbe les tensions et cultive cette guerre d’égo ». Nous sommes donc avec un ex-maire communiste rejeté par son parti qui lui préfère son ancien directeur de campagne aux législatives, un jeune candidat soutenu par le PS et une dissidente socialiste, sans compter une majorité actuelle plutôt unie mais qui va certainement avoir des difficultés à se remettre du retrait de sa chef de file. Sans oublier Manon Laporte. La femme de l’ex-ministre des Sports et avocate fiscaliste représentera l’UMP en 2014. Ça va faire mal.

Situation « déplorable »

Et les Montreuillois dans tout ça, qu’en pensent-ils ? Et bien pas grand-chose à vrai dire si on excepte les déçus de la politique, ceux qui ne sont pas au courant du retrait de Dominique Voynet ou même que Jean-Pierre Brard n’est plus maire. Michelle, retraité montreuilloise a ouvert de grands yeux quand je lui ai annoncé la nouvelle ! On trouve quand même des gens intéressés, dont Djamel, étudiant de 24 ans qui trouve la situation politique de sa ville « déplorable ».

« Ils disent tous vouloir le bien de Montreuil, mais ils sont en train petit à petit de la détruire. On est la risée du département et même de la France avec ces histoires sans importance », poursuit Djamel. Pierre abonde dans le même sens, ce sympathisant écolo dénonce « des pressions » de la part de l’ancienne majorité municipale sur la nouvelle. « Ils n’ont fait qu’essayer de détruire tout ce qu’entreprenait la nouvelle maire. On peut être dans l’opposition sans chercher à ruiner les actions municipales ! ».

Pour Naïma il s’agit d’une « guerre des gangs » : « Brard et les communistes aiment leur ville c’est clair, mais après il faut être réaliste et accepter sa défaite. Après Dominique Voynet n’a pas fait que des choses positives, mais au moins elle a tranché sur des sujets qui restaient en suspens depuis un petit bout de temps ». Djamel voit même dans cette situation « une stratégie de la droite pour que les gauches s’entretuent ». Peut-être pas, mais s’ils le voulaient ils ne feraient pas mieux.

Au regard de la situation actuelle, à deux mois des élections, on peut clairement se demander ce qu’il en sera à la veille des municipales. Et lorsqu’on voit le nom des listes en course pour la mairie, l’incompréhension est encore plus grande. Les habitants auront le choix entre Élire Montreuil, liste de Mouna Viprey, Montreuil avenir, celle de Patrice Bessac, Ma Ville J’y crois pour Jean-Pierre Brard, Montreuil en Mouvement pour Razzy Hammadi et la liste de la majorité actuelle, appelée Montreuil Vraiment mais rebaptisée Ensemble pour Montreuil pour la campagne électorale. Des listes reprenant quelque fois les mêmes sigles de partis et toutes à gauche. À n’y rien comprendre. Avec le retrait de Dominique Voynet d’avantage qu’avant, la guerre des gauches a commencé.

Jonathan Sollier

 

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