On cherchait un peu les jeunes dans cette salle du VIIIe arrondissement de Marseille. Au milieu des affiches à l’effigie du champion socialiste, Jean-Noël Guérini, beaucoup de « têtes grises » comme dirait mon grand-père. Le slogan « Faire gagner la jeunesse » est sur toutes les lèvres d’une assemblée souriante qui passe les trois premiers quarts d’heure à se faire la bise : comme dans tout bon meeting, le public est avant tout une grande famille. Ici, les curieux sont rares et discrets.

A la tribune de jeunes intervenants se succèdent. Benjamin Tubiana, président de l’Unef d’Aix-Marseille ; Samir Tighilt, responsable d’une association de recrutement (IDC – Investir dans la Diversité pour la Compétence) ; Lise, étudiante en droit, assez BCBG ; Marc, de la Mutuelle étudiante ; un éducateur ou encore Pierre Fava, jeune peintre en vogue. Chacun donne ses chiffres, ses anecdotes sur son parcours ou celui des jeunes qu’il côtoie. Et le tableau de s’assombrir au fur et à mesure des interventions.

Au final, la jeunesse marseillaise semble aller plus mal que la moyenne nationale. Une étude réalisée par la Mutuelle étudiante révèle qu’elle se soigne moins, consomme plus de cannabis et pense plus souvent au suicide. L’Unef déplore le manque de logement : seul un étudiant boursier sur dix peut bénéficier d’une chambre en cité U. «Et pour l’appart’, en plus des deux mois de loyers à avancer, si on n’a pas des parents médecins ou avocats, c’est la galère pour la caution ! », lance Marie. « Sans parler de l’absence de place en hébergement d’urgence ! », rajoute un travailleur social. « Quand une jeune fille se fait mettre à la rue par ses parents on est obligé de la faire dormir à côté de 300 clochards ! Tout ça parce qu’il n’y a que 35 places en hébergement d’urgence dans la ville ! »

Pour ces jeunes, Marseille a « tous les inconvénients d’une grande ville et aucun de ses avantages » : des transports chers, des zones mal desservies, un métro qui ferme à 21 h en semaine, l’absence de grands lieux de culture et de loisirs accessibles à tous. Autre point sensible, plus brièvement évoqué : l’emploi. Le public et les intervenants insistent sur le fait que la ville ne fait rien pour garder ses jeunes travailleurs, quel que soit leur niveau de qualification : pas de structures d’aide à l’emploi autres que les associations de quartiers, discriminations à l’embauche et absence de centres de formation. Tout est à revoir ! Enfin l’épineuse question des crèches pour les jeunes mamans ou le Wifi en accès libre dans différents lieux de la ville sont aussi mentionnés. La liste des doléances est longue. L’animateur Benoît Payan fait quelques boutades sur Jean-Claude Gaudin, histoire de rappeler à qui l’on doit cette situation.

Enfin, le candidat PS, gonflé à bloc, se présente à la tribune, ses notes à la main. « Je répondrai à toutes vos questions ! », dit-il en brandissant sa feuille. Ainsi, s’est-il prononcé en faveur de la création d’un stade de plage pour accueillir une coupe du monde de beach soccer, a promis qu’il sauverait le mythique « bowl » de Marseille (Skate Park) et ouvrirait une « Massilia Academy » afin de promouvoir la danse, le chant et la musique « dans un axe euroméditerranéen » (?). Dans un élan fougueux, il poursuit en annonçant une totale gratuité des transports pour tous les jeunes scolarisés et la prolongation des horaires de métro jusqu’à 1 h du matin en semaine. S’il est élu, la ville investira plus dans le sport et la culture, et créera même un centre de loisirs où se réuniront « tous les jeunes » afin de favoriser la mixité sociale. Marseille vivra en mode Wifi, comme Barcelone, Lyon ou Berlin. Quelle belle image !

Seulement M. Guérini ne s’est pas étendu sur les questions de logement, de santé et d’emploi. Il a bien dit qu’il ne laisserait pas se dégrader le système de santé des jeunes mais il n’a pas dit comment. Il a bien mentionné au passage qu’il allait faire construire 5 000 logements étudiants et élaborer « un service municipal de la caution » mais il n’a pas dit un mot sur l’insalubrité des cité U, le manque de place dans les crèches ou les moyens qu’il allait mettre en place pour aider les jeunes errants. Et quand un homme lui demande ce qu’il compte faire pour lutter contre la discrimination à l’embauche, le voilà qui verse dans le lyrique : « Les couleurs, les religions m’indiffèrent… Le sang qui coule dans nos veines a la même couleur… Je ne veux pas faire de politique du favoritisme. »

Ce soir, les propositions de Jean-Noël Guérini ont séduit les parents et les jeunes qui galèrent un peu. Comme moi sûrement, étudiante en journalisme issue de la classe moyenne et qui voudrait bien sortir plus tard de temps en temps, surfer sur le Web partout en ville et voir des concerts plus souvent. A ceux qui rament vraiment, ceux à qui on refuse des postes par délit de faciès, ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir un logement décent ou qui doivent quitter la ville pour trouver un emploi stable, à ceux-là, Guérini n’a rien dit ou si peu. Mais à qui parle Jean-Noël quand il dit aux jeunes : « J’ai besoin de vous comme vous avez besoin de moi » ?

Jennifer Luby (BondyMarseille)

Jennifer Luby

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