En entrant à la « Maison des églantiers », on s’attend à voir une résidence pour retraités froide, terne et monotone. Or c’est tout le contraire : l’ambiance est décontractée. Un fond musical de Christophe Mae et de Charles Aznavour embaume l’air. Les retraités, assis dans leurs fauteuils, apprécient la musique, discutent, rigolent. Chez les aides soignantes, on rit, on est souriante, à l’écoute des histoires des pensionnaires. A l’entrée on peut admirer des photos de  ceux-ci souriant et s’amusant lors des activités. Mais dans cette atmosphère agréable et détendue, on y prépare quelque chose d’un peu plus sérieux : la Présidentielle.

Madame Moutard, 84 ans, ne sait toujours pas si elle va voter au second tour. Apres tout, quand on passe trois ans sans voir un commis de la mairie et qu’on est connu que par les listes électorales, pourquoi se décarcasser ? Si elle y va, ce sera avec son fils, la mairie ne prévoit rien pour ceux qui ont du mal à se déplacer.

Mais elle n’attend pas beaucoup de choses du scrutin. Elle préfère savoir ses enfants et petits enfants heureux et espérer les voir jouir d’une meilleure situation économique. Pour ce dernier point, c’est dur d’y croire : «On est tombé trop bas politiquement pour remonter la pente », d’après elle. Et puis «c’est aux jeunes de se débrouiller face à la crise maintenant ». Elle ne voit pas ce qu’elle pourrait apporter avec son vote. Madame Moutard n’est plus très politique, elle n’a plus cette fierté qu’elle avait de voter en 1945.

Madame Chatelet, 92 ans, ne vote plus à cause des difficultés qu’elle a pour se déplacer. C’est aux jeunes qu’elle lègue ce devoir. La politique ne l’intéresse plus. Elle se souvient de l’époque du général de Gaulle, de son fils qui a fait la Guerre d’Algérie, mais ne se rappelle rien d’autre de l’histoire politique française. Cependant elle croît la comprendre dans les grandes lignes : « Les politiques d’aujourd’hui nous racontent des bêtises, et pensent  que les jeunes se laisseront berner ». Mais elle leur souhaite néanmoins : «beaucoup de courage ».

Monsieur Richard a toujours voté depuis qu’il en a  l’âge. Il affirme que la personne qu’il choisit remporte toujours l’élection. « A une exception près » : il a voté contre Hitler en 1932. Son vote reste infaillible, si il a voté cette année là pour la présidentielle, puisqu’ Hitler a perdu au second tour contre Hindenburg, mais le parti nazi est bien arrivé en tête des législatives la même année.

Lorsqu’il a quitté l’Allemagne pour la France, il s’est lancé dans la politique, avec  le Front populaire. Mais une fois arrivé dans cette maison de retraite, il s’est senti « débranché » de la politique. Aujourd’hui, celle-ci l’écœure : « Il n’y a plus les mêmes convictions qu’avant. Aujourd’hui, les jeunes se  sont désintéressés de la politique et des politiciens. Ceux-ci ont pris la grosse tête ». Enfin, s’il avait un dernier conseil d’ancien à donner ce serait de  « reprendre tout à zéro et rebâtir sur de meilleures bases ».

Mones Haq

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