Il est 12h00, le plateau télé installé en plein milieu des Jéru est en ébullition. Les bancs dédiés aux publics sont pleins, on se serre un petit peu pour permettre aux retardataires de s’installer. Les techniciens courent partout, il y a un petit peu de retard, c’est le moment des derniers réglages des lumières avant le lancement de l’émission. C’est parti pour 45 minutes de débat, animé par Serge Moati, avec la thématique suivante: «L’image des banlieues». Les invités sont Valérie Boyer (députée UMP de Marseille), Claude Dilain (maire PS de Clichy-sous-bois), Larbi Naceri (scénariste et comédien), Edouard Zambeaux (journaliste à France Inter et présentateur de l’émission Génération Bondy, diffusée sur LCP) et Nordine Nabili, président du Bondy Blog.

Le débat est précédé de la diffusion d’un reportage censé faire réagir les invités. Il s’agit d’un montage de toutes les images chocs en lien avec la banlieue, principalement tournées lors des émeutes de 2005. Claude Dilain est piqué au vif : «On ne peut pas résumer la banlieue à ces images, c’est inadmissible. » Le ton est donné : les médias en prennent une fois encore pour leur grade… Larbi Naceri : « Un journaliste doit expliquer pourquoi on en est arrivé là, s’intéresser aux causes. Eux ils nous montrent plutôt les côtés négatifs. » Valérie Boyer est d’accord : « Quand il y a des choses positives, les journalistes ne les relèvent pas. »

Claude Dilain pointe la responsabilité de Nicolas Sarkozy dans la stigmatisation des jeunes : «Quand on voit qu’un ancien ministre de l’intérieur parlait de racailles et de Kärcher pour laver nos jeunes, ça ne laisse pas une très bonne image des jeunes tout ça ! » Nordine Nabili va plus loin et déplore qu’on ait « créé une catégorie sociale de jeunes de banlieue ». Larbi Naceri enchaîne : « On ne montre que le côté qui fait peur en banlieue : islam, polygamie et burqa. »

On quitte les banlieues parisiennes pour le Midi. Valérie Boyer vante sa ville : « A Marseille, les plus belles écoles sont dans les quartiers nord. » Des belles écoles en banlieue, Nordine Nabili n’en voit pas vraiment parce que pour lui l’urbanisation ne va pas assez loin : « On colorie les murs et on met du sparadrap là où ça va mal. » Claude Dilain rétorque : « La rénovation urbaine ce n’est pas du sparadrap mais il faut un contrat de rénovation urbaine et sociale ».

Quant à Edouard Zambeaux, il estime que l’un des principaux problèmes des banlieues reste leur mauvaise perception et cela vaut pour ceux qui les couvrent dans leurs médias respectifs : « Un journaliste de banlieue est un petit journaliste, un député de banlieue est un petit député et ainsi de suite. » Valérie Boyer contredit ce point de vue et explique que venir de banlieue n’est pas un handicap, la preuve : « J’ai été élue députée alors que je vivais toute petite dans une cité HLM. » Pour conclure, Larbi Naceri propose sa solution : « La seule façon de changer l’image des banlieues, c’est d’abord de changer la réalité… » Sans mettre de sparadrap si possible.

Sarah Ichou

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