Les députés légiféreront peut-être dans un jour prochain sur la burka. Pour en interdire le port. Pratique religieuse marginale qui ne concerne qu’une portion infime des musulmans de France : 300 personnes selon les chiffres du ministère de l’intérieur. Mais très peu de gens savent que le 18 septembre dernier, le parlement a adopté un article de loi en faveur de l’introduction de la finance islamique sur la place de Paris.

Force est de constater que cet événement a été très peu médiatisé, et pour cause, ce projet de loi favorisant un principe de la charia n’est pas porteur électoralement, au contraire du thème de la burka (ou niqab). Pourquoi les députés ont-ils soudain trouvé des aspects positifs à un code de loi exotique, par ailleurs souvent décrié ? La crise financière est passée par là…

La crise des subprimes qui a touché les prêts hypothécaires et qui a participé au déclenchement de la crise financière et économique, a mis en exergue le fait que les marchés financiers agissent sans règles claires et spéculent sans tenir compte du bien commun, avec les conséquences qu’on connaît : faillites de banques en cascade, fragilité des fonds propres des établissements, hausse du chômage, croissance en baisse, manque de liquidités.

Même si la crise a pour origine principalement l’octroi de crédits immobiliers a des clients souvent à la limite de l’insolvabilité, pratique très en vogue aux USA, l’interpénétration des marchés mondiaux, a fait que cette crise est devenue quasi mondiale. Le monde s’est retrouvé subitement sans liquidités, il fallait donc agir au risque de voir le monde tomber dans l’anarchie. Dès lors, les libéraux de tout poil ont dû avaler des couleuvres et les Etats les plus riches ont adopté des mesures dites « protectionnistes » : régulation des marchés financiers, ingérence des pouvoirs publics dans des entreprises privées. Et comme souvent dans une situation extrêmement critique, on s’est dit que l’argent n’avait pas d’odeur. On s’est donc tourné vers l’Orient, plus précisément vers les monarchies du Golfe, région très peu touché par la crise.

Grâce à la manne du pétrole et aux banques islamiques qui ne recourent pas l’usure, le Moyen-Orient a été relativement épargné. Tous les Etats occidentaux et les multinationales se sont bousculés au portillon pour attirer cet argent frais. La France avait un train de retard pour des raisons plus politiques qu’économiques, même si au plus fort de la crise, la ministre de l’économie, Christine Lagarde, a essayé de prendre le train en marche : « Nous souhaitons faire de Paris une place plus attractive pour la finance islamique, surtout dans ce contexte de crise, d’excès de crédits, de volatilité et de cupidité. » Rien que ça ! Pendant que notre gouvernement faisait un vœu pieux, le Royaume-Uni captait prés de 18 milliards d’euros. Mais les choses commencent à changer en France.

Les financiers ont une seule règle : le profit. Et la charia peut les aider à gagner plus d’argent. En effet, la finance islamique n’est nullement une économie éthique, comme on l’entend en Occident, elle a comme objectif de faire du bénéficie mais en respectant certaines règles morales : exclusion de l’usure, non investissement dans des entreprises dites non islamiques (alcool, jeux d’hasards, armement, etc.). Dans ces conditions les lobbys financiers et politiques français ont incité le gouvernement à agir au plus vite pour que le système financier hexagonal soit compatible avec les règles de l’islam. Ne dit-on pas d’habitude que c’est à l’islam de s’adapter ? La loi du 18 septembre satisfait leurs désirs.

Les monarchies du Golfe devraient injecter en France prés de 120 milliards d’euros dans les dix ans à venir. Le premier à avoir sauté le pas, c’est le Crédit Agricole, qui vient d’annoncer la commercialisation d’une Sicav islamique à destination des institutionnels et des particuliers. La banque verte s’est même entourée d’un « Conseil de savants musulmans » pour que ce dernier donne sa bénédiction à ce placement. Qu’attend André Guérin, député-maire communiste de Vénissieux, pour demander l’instauration d’une commission parlementaire ?

Chaker Nouri

Chaker Nouri

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