MUNICIPALES 2014. Avec 37,06% des voix, c’est Patrice Bessac, Front de Gauche, qui s’est rassemblé au second tour avec les écologistes de Ibrahim Dufriche et les socialistes de Razzy Hammadi, qui emporte la mairie de Montreuil face à Jean-Pierre Brard, arrivé derrière avec un score de 35,39%.

À 21 heures, devant la mairie de Montreuil, « c’est blindé ! » comme le dit un passant. Les sympathisants attendent les yeux rivés sur le portable, parfois la cigarette au bout des doigts puis au coin de la bouche, les résultats. Un groupe de mamans trentenaires, « les mamans chiantes » comme elles se sont baptisées, fait le pied de grue. C’est la première fois qu’elles s’intéressent autant à une campagne. L’une de leur connaissance fait partie de la liste du Front de Gauche et leur a permis de rencontrer un candidat, Patrice Bessac, qui a eu l’oreille attentive à leur priorité : l’éducation et plus précisément, pour Lisa, 35 ans, l’accueil de son enfant handicapé, âgé de 7 ans. Elles sont unanimes : Véronique Voynet et son équipe ont été sourds à leurs demandes. Elles n’auraient pas voté pour elle, mais ont dû faire le choix de la liste rassemblée : « oui il y avait Ibrahim Dufriche, mais ce n’est pas Voynet. Et il y avait Bessac ».

Sur les marches de la mairie, un autre groupe de femmes attend au moins aussi fébrilement les résultats. Katia montre son texto reçu d’Aurélien lui donnant une estimation à 36% pour Brard, contre 37% pour Bessac. L’écart est faible, elles veulent y croire. Pour ces Montreuilloises de naissance, le choix est naturel : « C’est Brard ! », clament-elles en cœur. Noreen, la plus jeune, précise que c’est « parce qu’il est à l’écoute, il vient à la rencontre les citoyens. Quand on a besoin d’un logement, on a un rendez-vous. C’est lui qui est là en bas des tours à 3 heures du matin pour dire aux jeunes de rentrer chez eux, au lieu de rien faire ou de fumer. » Nous montons ensemble les marches de la mairie, vers la salle du Conseil, que ces femmes connaissent : « ça fait 42 ans que j’habite à Montreuil, ça fait 42 ans que je viens ici » dit Katia.

21h53. La salle du conseil se remplit peu à peu. Un homme me glisse à l’oreille : « c’est Bessac… L’important pour moi c’est de me réveiller demain avec un maire. ». Au moins un qui ne risque pas d’être déçu. A 22h20, Patrice Bessac et Ibrahim Dufriche sont accueillis avec quelques youyous et quelques huées, et beaucoup d’applaudissements. Les colistiers PS, EELV, et Front de gauche se congratulent : « bon maintenant, faut que ça marche entre nous. Sinon ça sert à rien de faire tout ça. » Les visages sont souriants, bientôt rejoints par Razzy Hammadi, ils serrent des mains, font des accolades puis se retirent.

22h37. Jean-Pierre Brard, qui n’a pas réussi à récupérer son fief, à cause de 400 voix, arrive à son tour. Mêmes réactions, par ces partisans cette fois-ci qui l’accueillent en scandant son nom. Un jeune homme pleure, l’ancien maire le console : « nous sommes tombés de peu, la tête haute et dans l’honneur. » Karim, papa de 42 ans, d’origine marocaine, comme il précise, est venu avec sa fille de 10 ans. Il l’a emmenée au bureau de vote. Il a voté Mouna Viprey, mais ne semble au fond pas si déçu. Pour lui c’est « moyen-moyen. On peut dire ce qu’on veut de Brard, au moins il est proche des gens. Voynet c’est zéro proximité. » Pour lui, « le rapport humain, ça compte. » Mais c’est surtout de diversité et du devoir de chacun de voter qu’il parle. Il souhaiterait que les parents d’élèves s’impliquent plus dans les réunions de quartiers, à l’école. C’est à ce niveau que ça joue. Alors, au fond, Bessac ou Brard, du moment que ce n’était pas Voynet, tout va bien.

22h51. Un peu plus loin, une jeune femme fait un malaise. Des partisans de Brard, à fleur de peau, prennent à parti deux hommes qui prennent des photos. Des noms d’oiseaux, des menaces, rien de plus. Mais la tension est palpable.

Bouchra Zeroual

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