Non, ce ne sont pas les paroles du dernier slam de Grand Corps Malade que vous trouverez ici. C’est bien le même titre, mais l’article parle du mal-être des « instits » français. Et avant même de l’entamer, je vois déjà dans le bas de ma page Internet les commentaires de certains qui vont bondir sur leur clavier et dénoncer maintes et maintes choses sur les profs du primaire. Je leur répondrai que ne peuvent parler que ceux qui savent, ceux qui connaissent la situation, ceux qui ont déjà mis les pieds dans une école d’aujourd’hui, ceux qui ont déjà eu à gérer une classe.

Hier, enseignants du premier et second degrés, lycéens et parents d’élèves ont manifesté à Paris contre la politique éducative du gouvernement et « les suppressions massives de postes ». Ils étaient environ 50 000 selon les organisateurs, 20 000 selon la police. Les profs des écoles en ont gros sur la patate, et ils le disent.

La suppression de postes en fait bondir plus d’un. Car aujourd’hui, il faudrait faire l’inverse : créer des postes pour répondre aux besoins des élèves. Un exemple : en cas d’absence d’un maître, le remplacement est quasi inexistant. Tout le monde le sait. Pour un bon enseignement, pour aider les élèves, il faut des classes à petits effectifs et des enseignants en nombre suffisant. L’exemple finnois, qui est parait-il le meilleur d’Europe, est souvent cité, la réussite éducative de ce pays passe par deux professeurs dans des classes qui ne dépassent pas chacune vingt élèves. A l’opposé, notre ministère supprime des postes, en laissant les classes chargées et en rendant de plus en plus difficile le soutien aux élèves en difficulté durant le temps scolaire. Donc, bilan : des difficultés non résolues pour les enfants.

La grogne porte aussi les programmes proposés, que dis-je … imposés ! Des programmes imposés qui sont tout simplement basés sur une pédagogie du rabâchage, une conception mécaniste des apprentissages. En gros, on demande aux enfants de ne pas de réfléchir, on leur donne des leçons à apprendre bêtement par cœur. Une méthode d’apprentissage, qui ressemble étrangement à celle appliquée il y a une cinquantaine d’années. Le gouvernement penserait-il qu’à cette époque, la réussite à l’école était meilleure qu’aujourd’hui ? Qu’en procédant ainsi, le taux de réussite des écoliers français s’améliorerait ? C’est comme si on nous demandait de revenir au transport à cheval en réponse au réchauffement de la planète, au lieu de chercher à innover, d’avancer avec son temps, tout simplement. La recherche et l’expérimentation pour les élèves ? Aux oubliettes… Pas le temps, pardi ! En effet, on réduit le temps passé à l’école (suppression du samedi matin).

Alors oui, bien sûr, vous me direz, une fabuleuse idée est sortie du cerveau des hautes instances, quelque part du coté des bureaux de l’éducation nationale. Cette idée : les stages de remise à niveaux pendant les vacances. Mais un problème se cache derrière cette belle initiative, les bénéficiaires de ces stages sont les CM1 et les CM2. Pourquoi pas les autres ? Faut-il attendre d’être à la fin de l’école primaire pour se rendre compte des difficultés d’un élève ? Une réponse me vient à l’esprit. Et si ce choix correspondait, en fait, à un manque de professeurs. Simple hypothèse, évidemment.

Le ministre de l’éducation nationale semble être totalement perdu. Que ce soit à propos du retrait du devoir de mémoire sur la Shoah, ou lorsqu’il se retrouve sur un plateau de télévision d’une chaine privée, pantois face à une simple règle de trois, une règle mathématique qu’il souhaite que tous les enfants sortant du primaire maitrisent. Simple anecdote ou grosse bourde de sa part, une chose est vraie pourtant : les certitudes des grandes personnes provoquent parfois des dégâts, en fait l’adulte est un grand enfant qui croit qu’il sait.

Finalement, encore une fois, les questions sont les mêmes chez les instits : pourquoi n’ont-ils été consultés qu’après l’annonce de la reforme des programmes ? Qu’adviendra-t-il des réflexions qui ont émergées dans les écoles lors de cette consultation ? Une chose est sûre, cette politique de « on annonce et on voit ce qui se passe » commence à agacer plus d’un Français.

Yoann Defaix

Yoann Defaix

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