François Bayrou aime apparemment la marche. Et le métro. Pour lui et la dizaine de journalistes qui l’accompagne dans son déplacement en banlieue, ça sera métro. Destination : les villes de Gennevilliers et de Villeneuve-la-Garenne dans les Hauts-de-Seine où les représentants de plusieurs associations d’insertion professionnelle et sociale l’attendaient.

Il ne faut pas être pressé lorsque l’on suit François Bayrou. Avec lui, les arrêts sont fréquents. On ne compte plus les « Bonjour, comment allez-vous ? » adressés aux passants qu’il croise. A la station Invalides, sur le quai de la ligne 13, la question des transports desservant la banlieue semble incontournable. Interrogé sur les solutions qu’il espère apporter à cette ligne surchargée qui dessert à la fois Saint-Denis et Asnières-Gennevilliers, le candidat du MoDem sèche. Il appelle à l’aide Marielle de Sarnez, sa directrice de campagne, avant de disparaître. Cette dernière tente de répondre à la question et parle de ce qu’elle voit autour d’elle : des portes de sécurité placées sur le quai, « il y a déjà ça, c’est bien. Le problème c’est qu’il n’y a pas eu assez d’argent mis dans les transports.»

« Le métro ? C’est une manière d’aller vers les Français et de faire une campagne la moins dépensière possible » confie François Bayrou. Dans la rame de métro, les usagers réservent un excellent accueil à celui qui affirme être un « usager régulier » des transports en commun. Aucune insulte ni parole hostile. C’est même tout le contraire : téléphones portables braqués sur lui, les gens le reconnaissent et certains n’hésitent pas à venir le saluer et à lui exprimer leur sympathie et à demander une photo. Comme ces deux lycéens qui affirment être « touchés » de voir François Bayrou prendre le métro et venir en banlieue même si la politique ne les intéressent pas. « Pas encore » sourit François Bayrou.

François Bayrou n’est pas avare en discussions. Il parle même aux personnes qui ne pourront pas voter pour lui. Et en anglais s’il vous plaît. C’est le cas de ce Californien, ingénieur réseaux chez Dell qui interroge le candidat sur les raisons d’un taux de chômage si élevé dans le pays : « Comment, avec tout ce que vous savez faire en France, y compris dans le secteur du numérique, il peut y avoir autant de chômeurs ? » Après plus de trente minutes de trajet, François Bayrou retrouve les siens à Gennevilliers et notamment, Karim Yahiaoui, candidat MoDem aux municipales en 2008 à Villeneuve-La-Garenne. Il y a aussi un jeune Gennevillois qui aborde presque aussitôt le candidat à la présidentielle : « Il n’y a pas que des vendeurs de drogues et des fouteurs de merde ici. Il n’y a pas une personne qui ne souhaite pas travailler. Nous voulons voir du changement. On ne sait plus si François Hollande dit la vérité. Et Sarkozy, tout le monde en a marre mais l’on dit qu’il va être réélu. »

En direction du restaurant qui accueille la rencontre avec les associations de la ville, François Bayrou avoue, sur le ton de la confidence, à un habitant d’origine marocaine qui l’interpelle sur l’éducation,  « si je suis élu, je vais faire une chose qui n’a jamais été faite auparavant : je vais créer un ministère de l’Egalité pour que l’on puisse lutter contre les discriminations, afin qu’en France, il y ait égalité de droits et de devoirs pour tous. » A cent mètres du métro, le candidat du MoDem parle déjà de la proposition phare de son programme. Ce super ministère qui devrait être en charge d’intégration, de handicap, d’égalité des chances et de lutte contre les discriminations. « Il faut que les candidats à la présidentielle n’oublient pas les quartiers populaires et leurs habitants. Ce sont également des électeurs » rappelle à François Bayrou un autre habitant, médiateur dans le quartier des Luths, un quartier difficile de la ville de Gennevilliers.

Le candidat à la présidentielle est très attentif et joue la carte de la proximité. Il écoute les personnes se plaindre les unes après les autres, lui dire que tout va mal, comme si c’était les premières de la journée. Il conclut toujours ces courts entretiens par le même cérémonial : en demandant le prénom ainsi que la profession avant de se retirer en saluant, nominativement, chaque passant. Les responsables d’associations discutent avec François Bayrou d’entrepreneuriat, d’éducation, de formation, d’accès aux soins, d’accessibilité pour les personnes handicapées. Ces mêmes thèmes qu’il abordera plus tard dans l’après-midi avec des habitants de Villeneuve-la-Garenne.

« Il faudrait un Small business Act en banlieue » attaque d’emblée Majid, jeune entrepreneur. « S’il existe de nombreuses success story dans les quartiers, elles ne sont pas mises en avant et le monde des affaires ne reconnaît pas cette richesse et ce vivier. La création d’entreprise en banlieue est deux fois supérieure à la moyenne nationale. Il y a des forces vives créatrices de richesse ici, et on n’en parle pas » déplore-t-il. François Bayrou rebondit sur la proposition du Small business Act et déplore qu’« il y ait de puissantes organisations industrielles ou du bâtiment qui n’ont aucune envie que l’on réserve une partie des marchés aux petites entreprises. Elles se cachent derrière Bruxelles pour expliquer leurs réticences ».

Pour Fadila Mehal, vice-présidente du MoDem Paris en charge de l’Intégration, de l’égalité des chances et de la lutte contre les discriminations, le diagnostic prononcé par les responsables d’associations « est extrêmement sombre. Il y a une fracture sociale, territoriale, ethnique et même religieuse dans les quartiers. Il ne s’agit pas d’une question de moyens mais de pilotage et de gouvernance. Je constate qu’il y a un empilement des dispositifs des différentes politiques de la ville qui font qu’il n’y a pas de visibilité. On se perd dans les sigles des différentes opérations. Il faudrait remettre de l’ordre en s’appuyant sur les habitants. Il nous faudrait un Grenelle de la politique de la ville. » Et François Bayrou de préciser qu’ « il y a un gaspillage de moyens par désorganisation, entassement et multiplication de toutes sortes de dispositifs. »

En attendant une chance de faire mieux que Nicolas Sarkozy pour les quartiers, celui qui a « besoin du Sud-Ouest comme de l’oxygène pour respirer » a semblé à l’aise, là où l’on aimerait voir davantage les politiques. Monsieur Bayrou, nous vous attendons à Bondy.

Latifa Zerrouki

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