Y a-t-il un leader PS dans ce TGV, un gars ou une fille qui donnent confiance à la famille socialiste ? A cette question, personne parmi les passagers qui s’apprêtent à prendre le train à la gare de l’Est n’est capable de formuler un semblant de réponse. « L’ambiance au PS n’a rien à voir avec l’état d’esprit d’un congrès, j’ai l’impression d’aller à Reims pour enterrer une vielle tante… », me glisse une militante, motion D, qui veut garder l’anonymat. Etes-vous à ce point en danger, Madame ? « Non, pas vraiment, mais je ne veux pas froisser les camarades déjà meurtris par tant de blessures. » La famille PS a mal au ventre, sale week-end en perspective.

Pour enfoncer le clou, je parle du sondage Ifop qui stipule que seulement 26% des Français se disent proches du PS. Réponse instantanée de la part d’un habitué de la chose politique, motion A : « Arrêtez de faire le malin avec vos chiffres, c’est Nicolas Sarkozy qui commande ce genre d’étude. Il ne faut pas que les Français oublient que ce dernier a été élu avec 98% à la tête de l’UMP, c’est mieux que Ben Ali en Tunisie, c’est beau la démocratie, en face ! » Entre les confidences à l’oreille de la motion D et les gros yeux de la motion A, sans compter tous les regards hostiles à ma présence, j’ai le sentiment d’être de trop sur ce quai face à tant de nervosité. Le PS est fébrile, ses militants perdent leur sang froid. Ils jouent la défense, se sentent persécutés.

Plus loin, un type lit son journal. Il ne va pas au congrès, il rentre chez lui tout simplement, comme il le fait tous les vendredis soir depuis dix-huit mois. « De plus en plus de personnes choisissent de vivre du côté de Reims. Avec ma femme, nous avons décidé de quitter Suresnes en 2005. Nous avons acheté une maison là-bas, c’est mieux pour les enfants. Dans moins de 75 minutes, je serai chez moi dans un petit village avec vue sur un vignoble centenaire. Ma vie a changé depuis les 35 heures. » Merci à Martine Aubry et à la gauche ? « Certainement. Malgré tout, le PS s’est éloigné, ces dernières années, des classes populaires. Je me suis surpris à faire des erreurs sur la couleur politique de certaines personnalités. En réalité, il est difficile de faire la différence entre la droite et la gauche. On entend les mêmes choses des deux côtés… »

D’autres groupes arrivent, le TGV s’en va dans quinze minutes. Le kiosque à proximité du quai est en rupture de stock, impossible de mettre la main sur le journal Le Monde. Une jeune fille, calepin à la main, se ballade sur le quai. On se croise et on échange quelques mots, motion D : « L’UMP doit jubiler en ce moment, ils doivent bien rigoler. Le parti est en ordre de bataille dirigé depuis l’Elysée. Sarkozy tient son petit monde par la barbichette, celui qui bouge le petit doigt, il prend un coup sur la nuque ! » Le problème du PS, ce sont les ambitions personnelles qui passent avant l’intérêt collectif ? « Pas du tout, regardez les démocrates aux Etats-Unis, après une bataille au couteau entre Hillary et Obama, tout est rentré dans l’ordre, avec la maison blanche en bonus… » Dans ce cas, qui est Obama au PS ? « C’est Martine Aubry. Elle est plus proche de la réalité. Ségolène est trop people de mon point de vue ».

Le congrès du PS doit accoucher d’un projet politique et d’un leader. Depuis quelques jours les clairons sonnent à tue-tête et les candidats déclarés lèvent le doigt en permanence pour être désignés. « Nous payons les restes du système Jospin. D’ailleurs, je ne suis pas certaine que Lionel soit étranger à ce cafouillage via sa marionnette Delanoë. » Pan sur le bec, de la part de la motion E.

Nordine Nabili

Nordine Nabili

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