C’est un secret pour personne, Bondy est un fief socialiste depuis l’antiquité républicaine. Donc dans la foule réunie à la salle des fêtes, on n’est plutôt acquis à la cause de Ségolène Royal. Bon, il y avait bien un petit jeune sarkozyste assis au fond, mais il n’est pas resté longtemps. D’autres amoureux du foot n’ont pas tarder à le rejoinde d’ailleurs. Tu m’étonnes; je connais des gens qui vendraient leur rein pour un Manchester-Milan AC, match diffusé au même moment sur la chaîne avec décodeur. Le maire de Bondy et une grande partie de l’équipe municipale étaient également présents dans la salle.

Les 20 premières minutes du débat n’ont pas suscité de grandes réactions. Je me suis laissé dire, que ce fut le temps nécessaire à la candidate du PS pour bien rentrer dans le match. Après, chaque pique envoyée à son concurrent à la magistrature suprême a été méthodiquement et abondamment applaudie. « Un loup aux abois est toujours plus dangereux », confie un téléspectateur désespéré. Lorsque ça commence à chauffer sur le plateau, de savoureux petits commentaires fusent du dernier rang, là où je me suis assis par réflexe sans doute acquis pendant ma scolarité : « elle envoie des missiles ! Vas-y, continue ! Dis-lui que sa femme a couché avec Jacques Martin ! », lança un Bondynois un brin excité.

Premières impressions recueillies dans le public au milieu du débat : « ça va, elle se débrouille bien. Sarkozy est comme à son habitude calme, posé, il est bon quoi ». « Est ce qu’il y a une pub pendant le débat ? » demande un jeune à son ami, vessie bien remplie. Chacun y va de son commentaire pendant que les deux aspirants débattent : l’un pointe du doigt la hauteur du siège de Nicolas Sarkozy, l’autre le brushing de Ségolène Royal. L’ambiance est bon enfant, on rit parfois quand ça s’excite à l’écran ou quand l’un des gladiateurs du verbe lance des phrases quelque peu originales, comme « ce n’est pas gentil » dixit Monsieur Sarkozy après une remarque désobligeante de son adversaire. Le débat touche à sa fin, chacun quitte la salle, en lançant un dernier commentaire : « ça va, je pense qu’elle est sorti vainqueur » confie une jeune dame, « c’est une vorace, elle m’a surpris », lance un vieux camarade de classe. Malgré une salle acquise à la cause de Ségolène Royal, certains gardent quand même un sens critique « quand même, je trouve que Sarkozy a été plus concret ; Royal était trop teigneuse ».

Idir Hocini

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