Le Front national, il a plus de sous. Deux-tiers de ses candidats aux dernières législatives n’ont pas dépassé la barre salvatrice des 5% de voix, celle qui donne droit à un remboursement intégral des frais de campagne. « Nous avons dépensé 20 000 euros par candidat, notre parti en a présenté 300 qui ont récolté moins de 5% des voix », affirme Martial Bild, président de la fédération de Paris. Les contre-performances du FN aux législatives ont largement contribué aux 8 à 9 millions de passif que traîne le parti.

Pour remettre à flot ses finances, le Front national quitte « le paquebot », son siège à Saint-Cloud, mis en vente après bien des hésitations. « C’est une page de l’histoire de la ville qui se tourne », confie Guillaume, buraliste officiant à deux pas du siège. Même si pour lui le parti ne représente pas forcément « l’avenir du pays », il a tout de même un petit regret : « Ce n’est franchement pas une mauvaise clientèle. » Les mitoyens du « paquebot » sont presque tous unanimes : le FN est un bon voisin.

Un ouvrier africain qui travaille en face du siège les trouve « très amicaux » : « J’ai parlé plusieurs fois avec Marine Le Pen, elle se gare juste devant, c’est très courtois, même avec nos différences d’opinion. » Autre son de cloche de la part d’une Clodoaldienne, bataillant avec un sandwich thon-mayonnaise gare de Saint-Cloud: « Je ne pense pas que ca sera une véritable perte. Ce n’est pas qu’ils me gênaient, mais ils portent une symbolique à laquelle je n’adhère pas du tout. »

Malgré ses dettes et son exil forcé, le FN n’est pas à proprement parler en phase « Joe le Clodo ». La vente du paquebot rapporterait selon les estimations autour de 13 millions d’euros. Reste la question du nouveau siège. Martial Bild le verrait bien sur les terres de sa fédération : « Tant à faire, j’aimerais que le nouveau siège soit sur Paris intra-muros, même si je suis conscient du prix des loyers. » Il se dit néanmoins ouvert à d’autres propositions : « Dans le 93 ? Pourquoi pas. La Seine-Saint-Denis ce n’est pas seulement une succession de cités ghettoïsées. »

Idir Hocini

Idir Hocini

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