Au fil du blog, nous vous avons parlé plusieurs fois du maire de Bondy. Les rapports avec Gilbert Roger ont été cordiaux jusqu’ici, même s’il n’a pas apprécié que nous donnions aussi la parole à certains de ses (plutôt rares) détracteurs.

Le maire, qui tient son propre blog, a laissé transparaître son irritation dans un « post » teinté d’un zeste d’anti-helvétisme… avant de le retirer. Pour éviter une polémique qu’il juge inutile, si j’ai bien compris. Et puis Gilbert Roger suit l’expérience du Bondy Blog avec intérêt, depuis le début:  » la fraîcheur d’un regard étranger, différent de l’image caricaturale des banlieues donnée par beaucoup de médias français, l’idée d’aller un peu plus loin et de ne pas traiter le malaise révélé par les émeutes exclusivement sous l’angle du fait divers… je trouve ça très positif. »

Je voulais lui expliquer de vive voix notre démarche et la suite que nous comptons donner à l’expérience du Bondy Blog. Il me reçoit dans son bureau, une pièce de 80 à 100m2. Derrière sa table de travail, la sculpture d’un très gros poisson et, en face, un poste de télévision non moins monumental. La directrice du pôle communication de la Mairie Cécile Mexandeau participe à la rencontre.

En quelques phrases, je lui résume notre idée: assurer la pérennité du blog grâce à la formation d’une petite équipe de jeunes de Bondy, traiter à travers l’actualité d’une ville particulière, la sienne, le thématique plus large des banlieues, qui aura, pour la première fois, une importance centrale dans la campagne présidentielle de 2007.

 » Bonne chance… ». Le maire est sceptique et sa grosse moustache ne parvient pas à cacher une moue dubitative. Je dois détailler l’opération Bondy Blog Academy- la formation à Lausanne, l’encadrement, ici, à Bondy, la probable collaboration avec des médias nationaux… Il comprend vite que nous n’avons pas fait les choses de la main gauche.

Gilbert Roger connaît bien sa ville. Il y est né en 1953, dans une famille modeste. Instituteur, maître-nageur et sauveteur de formation, il est maire depuis 1995 et compte bien se représenter en 2008. A moins qu’il soit élu président du Conseil général (il en est déjà le vice-président) –  » il y a des gens qui disent que je serais bon dans cette fonction. »

Cette ville, il l’a vu bouger, au fil des années, se métamorphoser. Dans son urbanisme, dans la composition de sa population, dans les relations entre les communautés…

Le facteur religieux?  » Pendant longtemps, il n’a eu aucune espèce d’importance à Bondy… »

Et maintenant?  » Je rencontre des concitoyens qui ne veulent pas serrer la main de leur maire parce qu’il est impur…Surtout les convertis. » Les salafistes sont présents à Bondy, affirme-t-il, ils exacerbent les tensions. Voilà qui mériterait une enquête approfondie.

A quand remonte le changement?  » Je ne pourrais pas le dire. Ca part de loin. »

Un signe:  » Autrefois, on voyait beaucoup plus de filles musulmanes faire du sport… »

Un autre signe:  » C’est fou le nombre de jeunes hommes qui retournent chercher une femme au bled, parce qu’elles sont moins bien formées et donc moins susceptibles de s’émanciper… »

Une information, surprenante à mes yeux: « Nous avons pourtant à Bondy beaucoup de familles musulmanes qui mettent leurs enfants à l’école privée catholique parce qu’elles pensent que la qualité de l’enseignement y est meilleure que dans le public. »

Sa priorité, comme maire:  » La cohésion sociale. Il ne faut pas tomber dans les communautarismes… » Elle passe par des solutions pratiques aux questions essentielles..  » Peu après mon arrivée à la mairie, j’ai ouvert un carré musulman dans l’un des deux cimetières. Il faut que tous les habitants de Bondy aient la possibilité d’enterrer leurs morts en France. » Les tensions qui ne cessent de monter: » J’entends de plus en plus de natifs, plutôt de gauche, passablement énervés par l’intolérance du monde musulman. Et j’ai bien peur que ce ras-le-bol se marque dans les prochains votes. L’affaire des caricatures de Mahomet ne va pas arranger les choses. »

Pour Gilbert Roger, les émeutes peuvent reprendre n’importe quand.  » Aucun signe tangible n’a été donné, aucun signal fort pour montrer aux banlieues qu’elles sont aimées de la République. » Beaucoup de maires, toutes couleurs politiques confondues, pensent comme lui.

Nous parlons depuis bientôt deux heures, et Gilbert Roger doit se rendre à un meeting du PS… Comme vous l’avez peut-être lu plus haut, il résumera notre rencontre le soir même dans un « post » fleuri, dans lequel il saluera aussi la création de la Bondy Blog Academy. Comme me le faisait remarquer avec malice notre rédacteur Serge Michel dans un bref message:  » le maire a bloggé plus vite que toi ».

Par Alain Jeannet

Alain Jeannet

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