MUNICIPALES 2014. Cette semaine le Bondy Blog s’installe dans la capitale des Gaules et dans sa métropole. Reportage et flânerie à Lyon, ville acquise au Parti socialiste et à Gérard Collomb depuis 2001. Ambiance.

Au milieu d’une grande place qui laisse encore sa grande roue tourner, la basilique Fourvière et sa mini tour qui nous rappelle sa grande sœur parisienne s’offrent à nos yeux. Le Roi-Soleil d’une fougue solide, domine Bellecour cet espace Haussmannien, mais noblement provincial par l’état d’esprit. Nous nous sommes donnés rendez-vous ici, un peu à l’image de beaucoup de Lyonnais qui s’attendent souvent près du Pathé (bâtiment massif au coq doré qui protège de la pluie). Sous le cheval de Louis XIV, le quai du métro de la ligne A est le lieu de bousculade des pressés du quotidien.

10 heures notre rencontre avec les Lyonnais commence sous le cœur d’une capitale des Gaules, aux neuf arrondissements, entourée de banlieues, qui s’apprêtent à vivre en même temps une nouvelle échéance électorale. Nous n’attendons pas le métro, mais des paroles d’usagers qui se succèdent sur des bancs au fur et à mesure que les larges wagons défilent. Nous allons à leur rencontre avec une question simple : que va-t-il se passer cette année à Lyon ? « Désolée, je ne peux pas. Je suis trop timide » lance la première jeune fille que nous abordons. Elle rougit à la vitesse du démarrage du train rouge et blanc.

La ville se réveille en ce jour de Saint Valentin avec ce vent tourbillonnant qui perturbe les chevelus et les robes : « Je sais juste qu’au printemps il y a le festival l’Original que j’attends avec impatience », Snapback vissée sur son crâne, le jeune homme nous parle de l’événement hip-hop en vogue de la ville au mois de mai. La fermeture du métro est moins brutale qu’à Paris. Le « tut tut tut tut » rythme les discussions que nous entamons avec chaque personne qui s’assoie à côté de nous.

Nous tombons sur beaucoup de non Lyonnais « de passage », une dame souriante nous parle d’une année pleine d’événements tant au niveau musical que culturel. Lorsque nous évoquons l’échéance électorale, elle nous signale son intérêt par un : « Ça serait pas mal que ça bouge plus quoi ».

« T’façon tout ce qu’on dit ne changera jamais rien »

A deux pas, une personne âgée lit le Progrès, la tête littéralement collée dans les pages de son journal, il répond instantanément avec un sourire plein de malice et la voix roque du père Fourras : « Gérard Collomb sera réélu ! Oui, ce n’est pas que je le souhaite, mais son bilan n’est pas mal.» Résigné, un jeune étudiant nous explique sa vision des élections : « Je ne suis pas inscrit aux municipales, je m’intéresse plus à l’échelle nationale, c’est plus important ». Même son de cloche pour la vendeuse de croissants du métro, qui en a gros sur la patate : « Vous savez les élections… on en a un peu ras le bol. A mon avis tout vient de là-haut, les gens ne s’en sortent plus ». Devant le Pathé de Bellecour nous interpellons quatre étudiants en art qui expliquent leur profond désintérêt pour la politique. Un des protagonistes se met à l’abri pour allumer sa cigarette. Il revient souffler sur les braises du fatalisme : « T’façon tout ce qu’on dit ne changera jamais rien ».

En marchant direction des Cordeliers, une petite file d’attente prend forme, le fleuriste en face du Printemps affiche un large sourire. Une colleuse d’affiches culturelles nous explique qu’elle est dans la logique de « voter pour le moins pire ». Le courant d’air nous amène à nous rabattre sur la rue du président Édouard Herriot. Le vent souffle fort jusqu’à la place des Terreaux, d’où l’on peut voir un Henri IV imperturbable régner au dessus du balcon de l’Hôtel de Ville. Assise seule devant les chevaux de la Fontaine Bartholdi, une Vendéenne « de passage » pour le week-end nous raconte ses découvertes, son affection pour le côté « festif et américain » de la ville.

En sortant de la place, nous repérons des gens devant l’abri bus rue d’Algérie, une mère de famille attend à l’écart. Elle aimerait « que ça change de bord dans la ville ». À vrai dire, la dame se sent « plus croix-roussienne que lyonnaise ». Elle nous parle de son 4e arrondissement de ces quartiers en collines qui selon elles ont perdu le charme d’antan : « Ma belle Croix-Rousse n’est plus la vraie Croix-Rousse. C’est devenu bobo alors qu’avant, c’était simple. Aujourd’hui, il y a moins de solidarité, beaucoup de Parisiens se sont installés. On sent que c’est devenu chacun pour soi ». Nous évoquons ensemble l’histoire de la droite lyonnaise et Michel Noir. Voter à droite qu’est-ce que ça représente ? « Ce n’est pas être raciste ! Il faut arrêter les stéréotypes et regarder ce qu’il se passe à gauche. C’est plus hypocrite là-bas ». Les questions de sécurité et d’éducation sont des priorités pour elle. « Bah voilà j’ai loupé mon bus ! » Nous laissons nos excuses et nos remerciements pour aborder des rues moins plates, les pentes ne sont pas raides, mais elles nous annoncent un arrondissement en altitude.

Devant le lycée de la Martinière des élèves fument et finissent leur pause. « Les nuits sonores, c’est ce que j’attends le plus ici. Il y a plein de trucs qui se passent autour de la ville niveaux son » nous dit l’une des étudiantes. Pourtant il y a un son particulier qu’elle ne perçoit pas : « élections municipales », « les quoi ? » dit elle écrasant son mégot. Nous abordons la question du vote. « Le maire de Lyon c’est qui déjà…. non si, si, si c’est Colomb il est de gauche, mais je crois qu’il ne le revendique pas trop ».

À quelques mètres à l’angle de la place Sathonay un homme chevelu aux lunettes arrondies assis tranquillement sur la terrasse d’un café libraire nous explique le concept des nuits sonores : « Les nuits sonores c’est l’avant-gardisme de la musique électro ». Ce Lyonnais d’adoption, originaire du Mans, vit depuis 15 ans dans le premier arrondissement. Il sait déjà pour qui il va voter le 23 mars. « Oui ! J’y tiens, surtout par rapport au 1er arrondissement, c’est comme un petit village avec sa culture artistique, ses ateliers, son côté frondeur… » Il sent une atmosphère différente dans la ville depuis quelques années. « Autour de moi on entend de plus en plus parler de quelques groupuscules d’extrême droite, depuis 2 ou 3 ans ils ont l’air de s’affirmer ».

Il voit une ville en mutation depuis 15 ans. « La Confluence quand je suis arrivé c’était des vieux entrepôts à l’abandon ». Mais selon lui il reste des choses stables comme « l’esprit bourgeois dans l’humeur de la ville ». Lyon « c’est grand, mais on sent qu’il n’y a pas le ‘’speed’’». En finissant son café long, à l’aide d’un inventaire à la Prévert il déclame son amour pour la Capitale des provinces : « La presqu’île, la rivière, le fleuve, la colline… ça fait petit village par certains aspects comme ici, mais juste en changeant de rue on voyage ».

Said Harbaoui & Balla Fofana

 

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