Jeune homme propret, s’exprimant bien, Florian Lecoultre, 18 ans, préside le principal syndicat lycéen. L’UNL a son siège boulevard Rochechouart, à Paris. Des bureaux dans un intérieur années 60 qui sent la patine, au frais, donnant sur une cour. Un mégaphone trône sur une table. Interview. Le ministre Xavier Darcos qualifie votre mouvement de protestation de « bouffonnerie ». Que lui répondez-vous ? C’est plutôt sa phrase qui fait office de bouffonnerie. Il se place dans une logique d’affrontement verbal avec les lycéens, nous ne sommes pas dans cette logique-là.

Aujourd’hui manifestation lycéenne, mais c’est apparemment la der des der ?

Je vois où vous voulez en venir : la FIDL, l’autre syndicat lycéen, a dit que ce serait la fin de la mobilisation après le 15 mai. Mais à l’UNL (Union nationale lycéenne), nous ne sommes pas du tout dans cette optique-là. Un syndicat comme le nôtre est là pour défendre et essayer d’acquérir de nouveaux droits pour les lycéens. Je ne sais pas en quoi la FIDL est légitime pour décréter la fin d’un mouvement. Notre principale exigence, centrée contre la suppression de postes à prochaine rentrée, n’a pas été satisfaite.

Combien de postes doivent être supprimés ?

11 900, dans les personnels administratifs et enseignants, dans le primaire et le secondaire. Mais les principaux touchés sont les lycées, avec 8830 suppressions de postes prévues, dont 90% d’enseignants et 10% de surveillants.

Pourquoi est-il, selon vous, si important de préserver ces postes ?

Il est important de les conserver dans la mesure où, depuis cinq ans, 70 000 postes de professeurs ont déjà été supprimés dans l’éducation nationale.

On partait de combien ?

Exactement, je ne sais pas. Mais il y avait environ un million de salariés dans ce secteur, tous personnels confondus. Ce phénomène de suppression de postes est appelé à continuer puisque le principe de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite s’applique aussi, à tort selon nous, à l’éducation nationale.

Pourquoi êtes-vous contre cette politique ?

Nous ne sommes pas contre idéologiquement, nous y sommes opposés parce que, en tant que lycéens, nous constatons, sur la base des suppressions de postes déjà réalisées, une dégradation des conditions d’études. Les classes à 35 élèves deviennent monnaie courante. A cela s’ajoutent les disparitions d’options, aussi bien artistiques, que linguistiques et sportives. La qualité de l’ « offre » du service publique de l’éducation diminue.

Le ministre Darcos justifie sa réforme par la baisse démographique des élèves.

Oui, il y aura 40 000 élèves en moins dans les lycées à la rentrée de septembre. Mais 40 000 élèves en moins, si l’on prend les critères de calcul du ministère, ce devrait être l’équivalent de 1500 suppressions de postes. Or, c’est de 8330 qu’il est question. On voit bien que la logique du ministre est celle de l’économie et de la rigueur et non pas celle de l’intérêt de l’éducation. D’autre part, les courbes démographiques montrent que dans huit ans, il y aura 230 000 élèves en plus. A ce rythme-là, si le principe de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux continue de s’appliquer, ce ne sont plus 35 mais 40 élèves par classe qui deviendront monnaie courante.

Les suppressions prévues touchent-elles de façon égale tout le territoire ?

Non, c’est très disparate. Si je prends mon lycée, à Charleville-Mézières (Ardennes), il y a une suppression de poste sur une centaine de 100 professeurs. Le souci, avec cette réforme, c’est qu’elle touche des établissements généralement déjà atteints de plein fouet par de précédentes coupes dans les postes. Elle frappe surtout les lycées classés en ZEP (Zones d’éducation prioritaires), dont les besoins en personnels sont forts.

Xavier Darcos a cependant annoncé qu’il créerait 1500 postes d’assistants d’éducation (soutiens éducatifs des élèves) dans les 200 établissements les plus en difficultés. Etes-vous satisfaits ?

C’est une victoire des lycéens, sans notre mobilisation, nous n’aurions pas obtenu ces 1500 postes.

Ces postes-là compensent-ils les suppressions annoncées dans ces mêmes établissements ?

Non, mais c’est déjà moins pire, si l’on peut dire.

Vous vous attendez à une forte mobilisation aujourd’hui ?

Nous n’avons jamais été dans une logique de prévoyance des chiffres. Mais nous savons que ce sera une forte mobilisation puisque, d’une part, l’UNL prépare cette mobilisation depuis des semaines. Nous avons fait des assemblées générales, nous avons distribué des milliers de tracts, notamment à Paris. D’autre part, aux côtés des lycéens défileront les profs et les parents d’élèves.

Etes-vous en contact avec la FIDL ?

Oui, on est quand même obligés de se coordonner un minimum.

Combien d’adhérents compte l’UNL ?

Avant le présent mouvement, nous étions 6000. Maintenant, nous devrions atteindre les 7000.

Et la FIDL ?

C’est très compliqué…

Plus que vous ?

Beaucoup moins.

Vous vous destinez à quoi professionnellement ?

Je vais faire des études de droit et siences-po à la rentrée prochaine. Je passe le bac dans quelques semaines.

Le milieu dont vous êtes issu est plutôt de gauche ou de droite ?

De gauche.

Vous allez donc bientôt quitter l’UNL. Etudiant, vous poursuivrez l’activité syndicale ?

Oui, peut-être.

A l’UNEF, par ailleurs proche du Parti socialiste ?

Oui, probablement.

Vous êtes un adhérent du PS ?

Je ne suis adhérent d’aucun parti.

On a souvent vu des leaders syndicaux lycéens ou étudiants militer ensuite politiquement.

Je ne vois ce qu’il y a de gênant qu’un « leader » d’un mouvement continue en politique après. Je trouve cela plutôt bon. Ça rejoint la question, souvent en forme de reproche, de la politisation des lycéens. Mais heureusement que les lycéens sont politisés ! Ça me rassure dans le fait que, je l’espère, le taux d’abstention aux prochaines élections sera faible, que les lycéens se sentent concernés par l’avenir, le leur et celui de leur pays.

Propos recueillis par Antoine Menusier

Antoine Menusier

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