A Fontgombault, dans l’Indre, la mairie et l’abbaye sont comme cul et chemise. Mehdi et Badrou ont rendu visite au maire qui refuse « de marier les pédés » et aux indignés, un collectif qui s’est monté pour s’opposer à la municipalité.

Paris-Austerlitz. Prendre le train jusqu’à Châteauroux. Attendre l’autocar. Le prendre jusqu’à Le Blanc. Regarder la campagne par la fenêtre, verte, vallonnée, humide. Au Blanc, se laisser conduire à Fontgombault, un petit village, le long d’une route, aux deux cents soixante dix têtes.

Il y a le bruit de la pluie, en discontinue, qui tape le sol. La cloche de l’abbaye aussi, qu’on entend loin dans l’air, qui retentit. Il y a André, un retraité de l’aéronautique, qui pourrait traverser le village en fermant les yeux. C’est un enfant d’ici, pour toujours. Ses yeux sourient. Il y a des bons et des moins bons souvenirs. Il fait vite le tour de Fontgombault. Son bled à lui, là où ses racines l’ont fait grandir.

photo 2 (1)photo 2 (1)André, aux prochaines élections municipales, se présente face au maire actuel. Pour la deuxième fois. La dernière fois, il a été le seul à voter pour lui-même. Maintenant, c’est différent. Il a « les indignés du village » avec lui. Un groupe de citoyens, énervés, qui veulent juste crier un peu que le système, qui a duré jusqu’ici, ne devait pas s’éterniser encore très longtemps. Faire s’envoler le maire aux affaires depuis 1977, Jacques Tissier.

André ose y croire, malgré les calculs. « Si on compte bien, c’est pas gagné. Nous avons un maire et 70 moines qui sont liés comme personne ». Une indignée en rajoute une couche : « Les moines, comme le maire, sont tendance à droite, voire très, très à droite ». Il y a Philippe aussi. Il vit avec son fils et son père dans une ferme. Il y a pas grand chose accroché aux murs. Une grande cheminée, au milieu du salon. La télé, éteinte. Philippe s’enrage quand il voit le maire chouchouter les moines, rien que les moines.

Il est agriculteur. Il sème du blé et de l’orge. Et puis, il le récolte. Il raconte sa vie agricole qui, au fil du temps, ne ressemble plus à rien. Avant, il y avait une ambiance presque familiale dans les champs. Les peines du labeur étaient atténuées par les coeurs de chacun. Depuis, les champs et les campagnes se désertent. Les jeunes s’en vont. « Ca manque de vie tout ça. Bientôt, on aura un agriculteur pour deux communes. Même s’il faut dire qu’on s’emmerde dans les champs. » Heureusement, il y a la radio qui lui tient compagnie.

Le drapeau tricolore brille à la mairie. A l’intérieur, Jacques Tissier, maire stagnant, signe et paraphe des papiers à la volée. La secrétaire de mairie, seule employée, les classe. Celui pour qui il est « hors de question de marier les pédés » ne veut répondre à aucune question. Ni dire s’il est homophobe, ou peut être un peu trop extrême. Il dit : « Je ne réponds pas aux médias, décision du conseil municipal ». Il quitte la mairie, un moine à son bras. Ils s’en vont, ensemble, vers l’abbaye.

Frédérique et Jean-Philippe regardent le spectacle navrant, depuis le garage, en face de la mairie. Ils font partis des indignés. Jean-Philippe réparent les voitures malades. Frédérique répond au téléphone qui sonne souvent. Mais son bureau, c’est surtout un lieu de rencontres, où tout le monde passe et s’arrête. Lorsqu’elle n’est pas occupée à remplir des papiers, Frédérique aime prendre le temps d’écouter les histoires des autres.

Elle dit : « La foi du maire doit rester à la porte de la mairie. C’est le principe de la laïcité et de la République : le religieux n’a pas à être mêlé aux affaires de la mairie ». Aimé, habitant depuis 1971, passe par là, l’écoute, tranche : « Ce qu’on voudrait : c’est que les moines s’occupent de leurs prières, qu’ils laissent la commune tranquille. Faut arrêter d’être au dessus des lois. »

affiche 2Tous ensemble, demain, à 15h, ils organisent la « fête de la laïcité » au centre de loisirs du village, à côté du cimetière, là-haut. Ils ont appelé ça « la laïcité dans tous ses états ». Au programme : des lectures de textes sur la laïcité et un goûter-concert. Ils dresseront aussi un « mur d’expression ».

Des villageois, des alentours, ont promis de venir. Parce que leur combat est celui, clairement, de la laïcité. « La laïcité est essentiel à notre République, nous pouvons plus laisser faire ces méthodes« . Le maire, peut être, finira par trembler. D’autant plus que le tribunal d’instance de Châteauroux vient de donner raison aux Indignés, en radiant dix moines de l’abbaye des listes électorales de la commune.

 

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

 

Retrouvez l’article de Charlotte Cosset : A Fontgombaut on se refuse à marier les homosexuels

 

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