[#LÉGISLATIVES2017] Au premier tour des législatives, le taux d’abstention avait atteint les 51 %, mais surtout 64 % chez les moins de 35 ans, un record. Le second tour tombe pendant le week-end de « l’entre deux stress » en pleine période du bac. Rencontre avec trois jeunes électeurs.

« Le deuxième tour c’est vraiment ce dimanche ? Il n’y a pas deux semaines de battement comme à la présidentielle ? » Ayoub Abbid est surpris. A 18 ans, ce jeune homme de Terminale ES au lycée Jean Renoir de Bondy est, comme beaucoup de lycéens, en pleines révisions. Elles occupent d’ailleurs la majeure partie de son temps. « Je n’ai pas commencé à réviser très en avance, il a donc fallu être efficace ». 

« Etre efficace » c’est respecter son programme de révision, se couper des réseaux sociaux, limiter l’usage de son téléphone. « Bref, on est un peu comme dans une grotte, c’est particulier ». Sauf que cette année, certains sont concernés à la fois par le bac et par le vote.

« Les seules élections que je connaissais avant c’était les délégués »

Pour les lycéens, voter rime avec nouveauté : « les seules élections que je connaissais avant c’était les délégués », s’amuse Ayoub. Depuis, j’ai voté pour la présidentielle, c’était cool. Je m’étais bien renseigné. Par contre, là les législatives elles tombent vraiment mal ».

Effectivement, si l’élection présidentielle coïncidait avec le début des révisions, les élections législatives arrivent, cette fois, en pleine période de bac. Le premier tour s’est tenu quatre jours avant le début de la première épreuve reine, celle de philosophie. Le second tour tombe pendant le week-end de « l’entre deux stress » comme l’appelle joliment Ayoub.

« J’ai pris l’habitude d’aller voter tôt, ça me permet de ne pas être coupé ensuite dans mes révisions »

Cette année, Yoane Do participe aussi à ses premières élections. Nous l’avions rencontré à la période de la campagne électorale de la présidentielle pour notre émission radio « Toute première voix ». Passionné par la politique, bon élève, Yoane racontait son intérêt certain pour ces élections. « Je vais voter  entre 8h30 et 9h30. Au premier tour c’est parce que je revenais de soirée en fait ! Mais j’ai pris l’habitude d’y aller tôt, c’est mieux, ça permet de bien commencer la journée. Dimanche dernier par exemple, à 9h j’étais au bureau de vote. Ça m’a permis de ne pas être coupé ensuite dans mes révisions ». 

« Il fallait choisir entre réviser le programme scolaire et comprendre le programme électoral, j’ai fait mon choix »

Ayoub, lui, s’est abstenu au premier tour. « Mon grand frère fait partie de ces gens qui incitent tout le monde à voter, mais je n’ai pas voulu y aller parce que je n’ai pas pris le temps de m’informer sur les candidats, les programmes. Je ne veux pas voter par hasard, voter ce n’est pas un jeu. Et je vais être franc, l’intérêt de ces élections reste flou pour moi ». Ces révisions d’histoire lui ont permis de mieux comprendre l’intérêt de ces élections. « Mais il fallait choisir entre réviser le programme scolaire et comprendre le programme électoral, j’ai fait mon choix ».

« Je me suis vraiment moins renseigné que pour la présidentielle »

Murat Uk est en Terminale STMG au lycée Jean Renoir également. Il a été voté la semaine dernière. « Mais c’était pour changer d’air, sortir un peu des révisions. Sincèrement, je me suis vraiment moins renseigné que pour la présidentielle. Il y a une question de timing mais aussi une question d’intérêt. Ces élections n’intéressent pas grand monde, on ne va pas se mentir ».

Que ce soit pour les filières générales ou technologiques, les matières sur lesquelles ils seront examinés la semaine prochaine compteront beaucoup pour l’obtention de leur diplôme. « C’est la semaine des coeff 9, 12… », indique Murat. « Ce week-end, c’est donc la dernière ligne droite. Le moment ou jamais pour encaisser le maximum d’informations« . Va-t-il quand même aller voter ? Murat ne sait pas encore, Yoane prévoit d’y aller à l’ouverture, Ayoub ne pense pas s’y rendre. « Je ne me suis pas plus renseigné, ce n’est pas comme si j’avais vraiment eu le temps cette semaine, le bac ça demande beaucoup d’investissement ».

« Depuis quelques années ils voient bien que les jeunes se mobilisent de moins en moins pour ces élections. Je pense qu’ils ne comptent pas trop sur nos voix »

Les trois lycéens sont d’accord sur un point : trouver le bon timing pour caler les élections législatives, ça ne doit pas être évident. « Elles devraient suivre directement l’élection présidentielle, mais pas trop parce que sinon les candidats n’ont pas le temps de faire campagne, il ne faut pas non plus que ça tombe en plein mois de juillet parce que les gens sont en vacances », s’accordent Murat et Ayoub.

« La question du bac a sûrement été posée au moment de choisir les dates, ils ont du faire un choix et depuis quelques années ils voient bien que les jeunes se mobilisent de moins en moins pour ces élections. Je pense qu’ils ne comptent pas trop sur nos voix ».

Sarah ICHOU

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