Vus de la France de l’’autre côté du périphérique, les équilibres politiques et institutionnels qui doivent résulter des prochaines élections législatives sont cruciaux. Au sujet de ces dernières, pour la première fois depuis le passage au quinquennat et l’inversion du calendrier électoral l’éventualité d’une cohabitation est à la fois crédible et souhaitée par beaucoup. Souhaitable qui plus est tant les cinq ans passés ont eu lieu malgré les habitants des quartiers populaires, lorsque ça n’était pas dans leur mépris. Mais face à l’urgence du calendrier, la NUPES (Nouvelle union populaire écologiste et sociale) va-t-elle allier terrain et appareils politiques ?

Pour l’Union populaire de Mélenchon, qui se veut être une stratégie, l’enjeu dans les quartiers populaires, notamment en banlieue où elle a été plébiscitée, est de parvenir à transformer une dynamique politique en une implantation intercommunale – ce que n’avait pas su faire La France Insoumise lors des élections législatives précédentes.

Articuler l’élan national aux terrains favorables

Dès lors se pose la question des équilibres entre le degré d’inclusion de collectifs citoyens politiques type « On s’en mêle » ou « Seine Saint Denis Au Cœur » et la tentation de parachuter les apparatchiks afin d’assurer des promesses partisanes fragiles.

En d’autres termes, l’articulation entre des mouvements aux revendications claires mais dont l’échelon d’intervention publique pertinent reste le triptyque ville-département-région ; et un mouvement à portée nationale mais qui doit recueillir l’assentiment des territoires dont il se fait le porte-voix.

Ce hiatus a pour conséquence de nourrir les déceptions et de susciter la défiance des uns et des autres. À noter par ailleurs que souvent, de part et d’autre, l’ambition personnelle supplante la conviction dans l’engagement, ce qui ne facilite rien.

Pour toutes ces raisons, il faut prendre très au sérieux les réflexions sur le renouveau institutionnel. Dans cette perspective, la gauche s’active pour réussir à trouver le bon équilibre. À cet égard, on regarde avec curiosité la structuration de « On s’en mêle » par exemple en un réseau national des acteurs des quartiers populaires parmi le Parlement de l’Union populaire, dont est vice-président Azzedine Taïbi, maire communiste de Stains. C’est sans doute le type de co-construction, au croisement des compétences et des échelons, que beaucoup à gauche veulent encourager.

Sur le terrain des législatives : à gauche toute ?

Les résultats à l’élection présidentielle 2022, par le score de la gauche et le vote d’adhésion dont elle a fait l’objet (Mélenchon à plus de 22% des voix), ont donné à voir un élan vers une transformation sociale radicale. De ce point de vue, il semble légitime que les habituels exclus nourrissent l’espérance d’une Assemblée nationale à gauche toute, en témoigne le désaveu exprimé à l’égard de la gauche dite de « gouvernement ».

Politiquement, dans l’imaginaire des électeurs, à tort ou à raison, il incombe aux partis autres que LFI la responsabilité de l’échec de la gauche. De ce point de vue, au même titre que LFI qui mise sur une implantation locale, le PS, le PCF et EELV jouent leur survie immédiate en profitant de l’élan Mélenchon.

Pour ce faire, il y aurait à se réjouir de voir l’Union populaire comme maîtresse des alliances à gauche et tâcher de restituer les nuances de chacun sur la base cependant d’un programme résolument radical. Avec le NPA, avec le PCF, avec EELV, et peut-être avec ceux du PS capables de prendre acte du quinquennat Hollande et a fortiori du rejet de la social-démocratie et du social-libéralisme.

Dès lors, y aurait-il le songe d’une nouvelle ceinture rouge de l’Union populaire ? Pour en mesurer la perspective, le rôle de certains élus PCF peut être analysé à la loupe, au risque d’assister à un duel fratricide.

La candidature unilatérale d’Azzedine Taïbi, maire de Stains, à la 4ème circonscription de la Seine-Saint-Denis, provoque déjà quelques réactions au sein du PCF qui ne s’est pas encore prononcé sur l’investiture concernant ce territoire qui lui est promis par l’accord avec LFI. Le communiste, rallié à Mélenchon de la première heure et vice-président du Parlement de l’Union populaire, va-t-il céder aux accords nationaux et aux votes des adhérents locaux s’ils lui sont défavorables ?

Ceux qui font les frais de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale

Au gré des négociations menées bilatéralement par LFI avec chaque partenaire de gauche, il apparaît que la stratégie retenue consiste à se mettre d’accord sur le programme et les idées, sur la base de quoi chaque force se voit attribuer un certain nombre de circonscription en fonction des réalités territoriales de chacun, parmi lesquelles certaines « gagnables ». Une centaine pour EELV, une cinquantaine pour le PCF, en cours de négociations avec le PS au moment d’écrire ces lignes.

A priori cette stratégie a de quoi rassurer les militants de gauche par le pragmatisme et la recherche d’équilibre qu’elle semble traduire : il est apportée la garantie d’une non-hégémonie de LFI à condition que chaque parti se mette d’accord avec le programme et sache négocier dans l’admission du rapport de force post-premier tour.

Pourtant, elle suscite plus de réticences qu’autre chose. Il semble résulter des accords passés dans le cadre de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (« NUPES »), une autonomie pour chaque partenaire dans l’organisation de ses investitures, c’est-à-dire dans le respect des procédures prévues dans les statuts de chacun et dans les circonstances de l’accord national.

Cela a pour conséquence de sacrifier certains militants implantés localement, parfois issus des cercles de La France Insoumise, au profit de ceux des partis partenaires. À ce titre, Aurélie Trouvé, présidente du Parlement de l’Union populaire a commenté : « Pensée chaleureuse à toutes celles et tous ceux qui sont en train de retirer leurs candidatures, pour que puisse vivre cette nouvelle union populaire. La victoire sera possible grâce à vous. »

Le candidat Djamel Arrouche a du se retirer après les accords entre écologistes et Insoumis. 

Le spectre des parachutages

Une crispation qui fait l’objet d’un appel intitulé « Législatives et quartiers populaires : ni supplétifs, ni suppléants ! », à l’initiative de deux militants écologistes, Steevy Gustave et Sami Adili et qui pour l’heure recueillent près d’une soixantaine de signatures de militants des quartiers populaires. « Nous élu-e-s des territoires (…) refusons d’être un peu plus invisibilisé-e-s par des parachutages qui n’ont aucun sens pour les électeurs et électrices. »

Des tractations qui passent parfois mal. Silvia Capanema, historienne, membre du Parlement de l’Union populaire et conseillère départementale de Seine-Saint-Denis : « Je rêve d’un monde où les quartiers populaires auraient une autre place, une autre représentativité politique aussi, où la Seine-Saint-Denis serait respectée pour ce qu’elle est, avec sa population et son histoire. »

Et les négociations partisanes donnent lieu à des arbitrages plus ou moins douloureux. Dans la 11e circonscription du Val-de-Marne (Arcueil, Cachan, Villejuif) par exemple, Djamel Arrouche, militant LFI localement implanté, a été sacrifié au profit de la sénatrice EELV, Sophie Taillé-Polian. Un peu partout sur le territoire, des chefs de file doivent renoncer à l’investiture qu’ils escomptaient. Finalement, LFI semble contrainte par l’urgence d’achever les accords pour entrer en campagne avec le songe d’une majorité NUPES au Parlement. Pour le nouveau monde, pas pour maintenant…

Jalalle Essalhi

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