Samedi 21 avril, 18h02 – 1h58 avant la mort programmée du président.

Je pense à ma mère, Andrée Mallah et à Pal Sarközy de Nagy-Bocsa, mon père. Qu’est-ce qu’ils sont fiers de moi, le fils d’immigré hongrois par mon père, d’origine grecque par ma mère. Est-ce qu’ils s’imaginaient une seule seconde que leur fils deviendrait président de la République ? Était-ce même concevable ? L’immigration, aujourd’hui, c’est mon fonds de commerce. A la limite, on devrait rebaptiser l’UMP, Union pour Marine le Pen. Le programme serait rédigé par Stéphane Camus. Aucun lapsus, jamais je ne ferais référence à Albert, l’auteur d’un roman dont le titre me hérisse : L’étranger.

Désorientés par la passe d’armes avec le duo Chirac/Villepin, Claude Hortefeux et Brice Guéant, décident de passer au crible les recalés du premier tour de la présidentielle. Marine Le Pen déboule la première, s’étonnant qu’on n’ait pas encore envoyé un étranger en prison, voire à l’échafaud. Jean-Luc Mélenchon grogne que c’est encore un coup des journalistes pour faire monter l’audience de leurs médias de merde. François Bayrou se place naturellement au centre, tandis qu’Eva Joly est verte… de rage.

Claude Hortefeux : Quelqu’un sait-il quelque chose sur l’enlèvement de Nicolas Sarkozy ?

Marine Le Pen : Oui. C’est un complot islamofasciste ourdi par un potentat étranger dont les relais sont en banlieue.

Claude Hortefeux : Vous avez des preuves ?

Marine Le Pen : Laissez-moi du temps et je vous en fabriquerai !

Jean-Luc Mélenchon : Soyons sérieux, tout le monde sait que c’est une vaste machination médiatique. Sarkozy se planque quelque part avec ses copains journalistes.

Claude Hortefeux : Vous avez des preuves ?

Jean-Luc Mélenchon : Laissez-moi une tribune et je vous le démontrerai !

Eva Joly : Tous ces raisonnements manquent de rigueur. Avez-vous exploré la piste des affaires auxquelles sont liées le président Sarkozy ?

Claude Hortefeux : Vous avez des preuves ?

Eva Joly : Laissez-moi un tribunal et j’en jugerai !

Soudain, François Bayrou s’avance au milieu de la salle.

François Bayrou : J’avoue tout, c’est moi le coupable.

Coup de théâtre. Grand silence. Les enquêteurs scrutent le visage de celui qui se dénonce puis se lancent dans un grand fou rire.

François Bayrou (présentant ses mains jointes aux menottes des policiers) : Puisque je vous dis que c’est moi qui ai fait le coup !

Claude Hortefeux : Soyons sérieux deux minutes ! Un centriste ne pourrait pas faire de mal à une mouche… Madame Le Pen, avez-vous quelque chose à dire ?

Marine Le Pen : Bien sûr, j’ai toujours quelque chose à dire ! Tout est de la faute de l’immigration et du halal. Un jour on mange halal, le lendemain, on devient un terroriste. Combien de Mohamed Merah venus chaque jour par bateau ?

Claude Hortefeux : Euh… Où voulez-vous en venir ?

Marine Le Pen (tend un rapport) : Le même rapport qui démontre que toute la viande consommée en Île-de-France est halal prouve que tous ceux qui mangent halal deviennent terroristes au bout de 6 mois.

Claude Hortefeux (tourne les pages du rapport) : Mais ce ne sont que des pages blanches !

Marine Le Pen : Elles comportent autant d’idées que mon programme présidentiel qui m’a permis de récolter 17,9% des voix !

Jean-Luc Mélenchon s’approche de Marine Le Pen qui, paniquée, sort son journal. Le leader du Front de Gauche justifie ainsi une fonction politique indiscutable : celui qui arrive à faire taire Marine Le Pen ne peut pas être tout à fait mauvais.

Jean-Luc Mélenchon : Qu’ils s’en aillent tous !

Claude Hortefeux : De quoi parlez-vous ?

Jean-Luc Mélenchon : C’est une considération générale à portée universelle.

Claude Hortefeux : Justement, n’êtes-vous pas passé des paroles aux actes ?

Jean-Luc Mélenchon : Moi, me passer de la parole ? Je préfère lever une armée de citoyens conscients, ici à La Bastille, là au Capitole…

Regard scrutant l’horizon, Jean-Luc Mélenchon commence une harangue qui fait frissonner les enquêteurs. Après 25 minutes d’un discours huilé et trois journaux lus par Marine Le Pen (Minute, National Hebdo et Rivarol), les enquêteurs subjugués comme le serpent par la flûte du charmeur reprennent leurs esprits.

Claude Hortefeux : Mais au fait, quel rapport avec l’enlèvement de Nicolas Sarkozy ?

Jean-Luc Mélenchon : Aucun.

Beaucoup de bruit pour rien. Le charme est rompu. Tous sont priés de partir, tous s’exécutent, sauf François Bayrou qui tente de s’enchaîner au bureau présidentiel, sûr qu’il ne le reverra pas de si tôt. Profitant du trouble, un homme surgit soudain. Jacques Cheminade se plaint, au nom de tous les petits candidats, de ne pas avoir été entendu.

Brice Guéant : Vous avez une piste ?

Jacques Cheminade : Oui, Gal-u-Dori !

Brice Guéant (extrêmement surpris) : Pardon ?

Jacque Cheminade : Gal-u-Dori est un martien d’origine plutonienne venu se venger de…

Guéant expulse – c’est une tradition familiale chez les Guéant – Cheminade, qui se récrie. « Un jour, on saura que j’avais raison », répète-t-il.

Soudain, un garde républicain apporte un nouveau message, dont la teneur résonne comme un clin d’œil ironique à la fugacité de cet interrogatoire :

La force d’une idée ne tient pas dans sa longueur.

Mabrouck Rachedi

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