A l’initiative du député Sergio Coronado et en avant première, le film « Les Jours Heureux » a été projeté à l’Assemblée nationale en présence de son réalisateur Gilles Perret et de Léon Landini, résistant. Le film sort le 6 novembre.

Gilles Perret porte ce projet depuis pratiquement quatre ans. Auparavant, il a travaillé sur une autre réalisation : « Walter, Retour en Résistance ». Ce film évoque notamment  le Conseil national de la Résistance (CNR). Gilles Perret fait partie des organisateurs  du rassemblement annuel au plateau des Glières où se retrouvent notamment des  militants d’hier et d’aujourd’hui, et   qui défendent les valeurs du CNR.

DSCF0015DSCF0015L’une des raisons qui a poussé Gilles à réaliser ce film est que personne avant lui n’avait raconté l’histoire du CNR. Seul un livre a été édité en 1982. Gilles souhaite mettre en avant les acquis dont nous bénéficions au quotidien dans notre société grâce au programme CNR préconisé entre 1944 et 1946. C’est un film qui ne s’appuie pas uniquement sur l’histoire. « C’est un film qui questionne également sur le présent et le futur et c’est pour ça que nous avons interviewé des responsables politiques pour avoir leurs sentiments sur les valeurs du CNR, nous voudrions avoir leur avis sur ce qu’il en reste de cet héritage aujourd’hui  » ajoute t-il.

JP-Clatot-Glieres-3Dès le début, le film montre le plateau des Glières. C’est l’endroit où l’ensemble des résistants d’hier et d’aujourd’hui se réunissent chaque année pour rappeler l’histoire des valeurs du mouvement des résistants. Les parrains de ce mouvement n’étaient autre que les deux figures historiques de la résistance : « Stéphane Hessel, Résistant de la France Libre, et Raymond Aubrac, co-fondateur de la libération Sud », qui font également partie des intervenants interrogés dans le film (ils sont décédés pendant le tournage). L’histoire du CNR est partie de plusieurs résistants qui ont lutté avec les armes contre l’occupation nazie. Mais pas seulement, elle a établi  en secret un programme qui s’intitule « les jours heureux », qui a changé à jamais notre société. Ce grand projet de société a mis en place des mesures dans les domaines social, économique, de la liberté de la presse… Après la libération de la France, le Général de Gaulle a respecté son engagement fait au CNR. Mais, ce système phare qui a permis à la France d’avoir le meilleur système social est détruit depuis 30 ans par les différents dirigeants politiques (de droite comme de gauche) qui se sont succédés au pouvoir.

Groupe6La Création du Conseil National de la Résistance

L’un des premiers protagonistes à intervenir dans le film est Léon Landini, résistant du FTP. Il a remis en avant l’esprit du CNR. Aujourd’hui âgé de 87 ans, il a rejoint le mouvement de la résistance à seulement 16 ans, en 1941. Cela fait 69 ans qu’il milite. « Je me suis toujours trouvé du côté des plus pauvres, des malheureux, des exploités, des anti-colonialistes, des anti-racistes en un mot toujours du bon côté de la barricade » explique t-il. La raison majeure qui a fait que les résistants du CNR ont combattu est qu’ils n’allaient pas mourir pour rien. Son père et son frère ont quitté l’Italie fasciste et sont entrés dans la résistance. « J’ai participé à mon premier déraillement dans le sud puis, j’ai été muté dans les maquis de la Creuse. Etant d’origine italienne, on m’a fait partir à la main d’œuvre des FTP à Lyon. Aujourd’hui encore, je me réfère souvent au programme de la résistance du CNR. Ce programme a été rédigé dans la clandestinité. Il est constitué en deux parties. Le premier est un plan d’action immédiate afin de se libérer des occupants et des collaborateurs ».

Léon Landini a participé activement à cette deuxième partie. Le deuxième programme était constitué d’un programme politique appliqué dès la fin de la Seconde guerre mondiale. « C’est lui qui continue à structurer encore l’Etat social tel que nous le connaissons. Nous lui devons la sécurité sociale, les retraites par répartition, la nationalisation de l’énergie, les comités d’entreprises, la liberté de la presse. Malheureusement, cette belle histoire n’a pas été racontée et, c’est plus que jamais le moment de la raconter » confie t-il.

Jean MoulinJean Moulin

Jean Moulin, né le 20 juin 1899 à Béziers, est l’un des personnages-clé de l’organisation du CNR. Il en est devenu le président. Ce dernier en 1936 est de nouveau nommé chef du cabinet de l’Air du Front Populaire de Pierre Cot. Puis en 1939, Jean Moulin devient préfet d’Eure-et-Loir à Chartres. Il était un homme radical socialiste. Comme le souligne Laurent Douzou, historien spécialiste de la Résistance dans le film, « C’est un homme engagé sur le front des luttes par exemple, c’est quelqu’un qui va manifester de façon efficace son soutien à la république espagnole (…) Il a toutes les apparences de quelqu’un qui est Préfet mis à la retraite donc il est surveillé par Vichy. Mais, il se promène dans la zone Sud et il essaie d’entrer en contact avec des groupes qui se constituaient en hiver 40 et 41. Il va rencontrer un certain nombre de gens dont Henri Frenay, chef du mouvement au combat. Jean Moulin en tant que Préfet va faire un rapport sur l’état de la résistance en zone Sud.

Jean Moulin avait donc pour ordre de mission le 1er janvier 1942 d’unifier les groupes de la zone sud durant neuf mois. Tous les résistants avaient compris l’intérêt de s’unir au lieu de s’isoler. En 1943, le parti  communiste envoie à Londres un émissaire pour dire que le Parti communiste se rallie du côté du général de Gaulle. « Cette signature est capitale, ce qui veut dire qu’il y a des liens entre la France combattante et son chef le Général de Gaulle, mais aussi avec le Parti communiste. Ce parti a décidé d’appuyer de Gaulle. Il y a une organisation de masse qui est le Front national crée par le parti communiste. Puis, il y a une organisation armée qui est le FTPF. Il y a là, une galaxie communiste très fortement structurée et très efficace » ajoute-t-il. Jean Moulin est revenu pour la deuxième fois à Londres pour faire le regroupement de la zone sud ainsi que le regroupement d’un Conseil national de la résistance. Le 27 mai 1943, les membres du Conseil national de la Résistance se sont pour la première fois réunis clandestinement sous l’occupation nazie au 48 rue du Four, en plein Paris, sous l’égide de Jean Moulin.

PV1La rivalité des généraux : De Gaulle contre Giraud

Autre intervenant, il s’agit de Robert Chambeiron, né en 1915 membre du cabinet de Jean Moulin. C’est le dernier témoin vivant de la réunion du 27 mai 1943. « Nous avons fini par trouver les différents participants en mettant au point la liste : les six partis, les cinq organisations  et les deux syndicats. C’était une très grande étape qui était aussi importante à ce moment là car de Gaulle était en rivalité dangereuse avec le Général Giraud. » Ce dernier avait pris le pouvoir sur l’Afrique du Nord.

« Le Général Giraud avait des atouts, et notamment l’appui des Etats-Unis d’Amérique et même de Winston Churchill. Pour le général de Gaulle  l’unification est cruciale car il ne peut l’emporter face à sa lutte avec le Général Giraud et il ne peut être un interlocuteur à part entière avec les alliés que si la résistance dans son intégralité le reconnaît pour chef. Le CNR c’est ça » relate Laurent Douzou.

Laurent Douzoy poursuit  : « Autour de la table, il y avait les représentants de partis politiques reconnus comme résistants comme le Parti communiste, les socialistes, les radicaux, les démocrates chrétiens, l’alliance démocratique et la fédération républicaine. Puis, il y a les mouvements de résistances et puis, il y a les syndicats (CGT, CFTC) ».

Après une réunion de deux heures, Jean Moulin obtient l’appui intégral du CNR au général De Gaulle contre le général Giraud. Le CNR reconnaissait ainsi  le général de Gaulle comme chef légitime du gouvernement français. Puis, Jean Moulin a envoyé l’accord à de Gaulle. Un mois après, le 21 juin 1943, Jean Moulin a été arrêté à Caluire-et-Cuire (Rhône). Il a été torturé par Klaus Barbie au siège de la Gestapo à l’école de Santé Militaire, avant d’être transféré à la Gestapo de Paris.  Il est décédé de ses blessures  le 8 juillet 1943 à la gare de Metz dans le train qui l’amenait de Paris à Berlin.

En deuxième partie du film, Gilles Perret rencontre des hommes politiques d’aujourd’hui, entre autres François Hollande, Jean-François Copé, Jean-Luc Mélenchon… Ils sont interrogés sur leur vision de l’héritage des valeurs transmises par le CNR. Leurs réponses sont assez inattendues. Rendez-vous dès le 6 novembre dans les salles pour les découvrir…

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Hana Ferroudj

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