EUROPÉENNES 2014. Des listes féminines et féministes font leur apparition dans la campagne aux élections européennes. Parmi les têtes de liste, Anne Nègre pour la région sud-ouest, Florence Lhote pour la région est ou encore Caroline de Haas pour la région Ile-de-France. Zoom.

La démarche est inédite mais les inégalités homme/femme au sein de l’Union européenne sont elles, bien anciennes et « intolérables » pour Caroline de Haas. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes, une femme sur trois vivant au sein de l’Union européenne a été victime de violences physique ou sexuelle au moins une fois dans sa vie depuis l’âge de 15 ans, 24% d’écart de salaires, 42% d’écart de pensions. A cet état de fait s’ajoute la loi restreignant le recours à l’IVG en Espagne, autant d’éléments qui font de cette liste féministe aux européennes une « urgence ». D’autant plus « qu’au niveau des partis qui en parlent, ils sont en place depuis des années mais rien n’a changé » regrette Caroline de Haas, ancienne conseillère de Najat-Vallaud Belkacem qui a récemment claqué la porte du Parti socialiste.

Ces listes féministes sont donc surtout une occasion d’ « accélérer le mouvement », faire en sorte que l’on parle des thématiques liées aux droits des femmes afin d’avoir une « Union européenne de progrès ». « Beaucoup de choses sont décidées au niveau européen mais pourquoi l’Union européenne ne s’intéresse pas plus que ça aux droits des femmes ? » Au-delà, les politiques d’austérité impulsées par l’Union européenne touchent les femmes. En effet, 70% des fonctionnaires en Europe étant des femmes, elles sont les premières concernées par les coupes dans les dépenses publiques. Une liste féministe pour les élections européennes est donc forcément une liste qui s’oppose à une Europe ultra-libérale et préconisant des politiques d’austérité à tout-va.

Toutefois, Caroline de Haas se défend de donner une vision universelle du féminisme comme se posant forcément contre un certain libéralisme économique, « si vous discutez avec Laurence Parisot, elle vous dira qu’elle est féministe » souligne-t-elle. De la même manière, le parti « Féministes pour une Europe solidaire » n’entend pas donner une analyse historique ou géopolitique des droits des femmes. « Évidemment que la situation des femmes est meilleure qu’il y a 150 ans, évidemment qu’elle est meilleure qu’en Afghanistan. Mais la question c’est : est-ce que ça va en Europe ? Est-ce que c’est normal en tant que femme d’être moins bien payée ? Est-ce que c’est normal qu’il y ait toujours autant de femmes victimes de violences ? »

Caroline de Haas n’hésite pas à le dire clairement, « ça suffit que les politiques publiques se décident sur notre dos ». Et comme les raisons des inégalités sont « multifactorielles », le parti féministe propose toute une série de mesures. La plus importante, « inscrire le droit des femmes à disposer de leur corps dans la charte des droits fondamentaux qui a une valeur contraignante comme y est consacrée la liberté de la presse par exemple, c’est aussi important ». Si un tel droit y était inscrit, cela aurait permis, par exemple, de soulever l’inconventionnalité de la loi espagnole concernant l’IVG. Il réclame aussi la création d’un commissariat à l’égalité hommes/femmes ou une réorganisation des politiques menées en Europe.

Il est indéniable que le projet proposé par les listes féministes marque une « volonté de transformation de la société. C’est un projet avec lequel on est d’accord ou pas », précise Caroline de Haas. Mais il a au moins le mérite d’exister.

Latifa Oulkhouir

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