MUNICIPALES 2014. Entre le centre-ville, ses dépassements d’honoraires et le quartier défavorisé du Neuhof , ils ont fait leur choix. Une douzaine de médecins, infirmières et kinésithérapeutes ont ouvert une Maison Urbaine de Santé au cœur de la cité. Le maire sortant Roland Ries en a fait un modèle et veut en implanter une dans chaque quartier sensible.

De bon matin, le café est fort, mais tant pis. Dans la salle de repos de la Maison urbaine de santé du Neuhof, les docteurs Anne Berthoux et Claire Dumas se préparent pour une longue journée de soins. Avant l’instauration de ce projet financé par l’Etat et les collectivités territoriales, on comptait cinq fois moins de généralistes dans la cité du Neuhof, en comparaison au centre-ville. Alors, avec ou sans rendez-vous, la salle d’attente ne désemplit pas.

90% de logements sociaux, 25% d’enfants obèses

Les habitants de cette cité de la banlieue sud strasbourgeoise avaient grand besoin de cette offre de proximité. Le quartier compte 90% de logements sociaux et un revenu médian de 620 euros. Pour ceux qui ne sont pas au chômage, les missions d’intérims et le temps partiel sont la norme. Alors, certains s’éloignent du soin : “Ça nous arrive qu’un patient refuse un arrêt de travail, par peur de la réaction de son employeur” déplore le Docteur Dumas. S’ajoutent à cela les délais administratifs dans le traitement des dossiers d’accident du travail.

Sur le long terme, la précarité a de graves conséquences sur la santé. Au quotidien, la consommation de produits discounts, riches en graisse et en sucre, augmente le risque de diabète. Au Neuhof, c’est plus de 25% des 6-11 ans qui sont obèses. “On organise régulièrement des réunions de prévention. Mais l’illettrisme et la barrière de la langue compliquent nos actions d’éducation à la santé” explique le Docteur Berthoux.

Majoritairement issus des communautés albanaise, kosovare et turque, les patients n’ont pas l’habitude de se soigner. “Il faut leur transmettre tous les réflexes qu’inconsciemment on apprend dans nos sociétés développées et qu’ils n’ont jamais assimilés” explique le Docteur Dumas. Régulièrement, les médecins prennent le temps de s’asseoir autour d’une table, de faire le point pour mieux cerner les besoins de cette population précaire. Ces temps de réflexion et de coordination avec les équipes paramédicales ne sont rendus possible que par la structure spécifique de la maison urbaine de santé.

La maison urbaine de santé, un modèle pour les quartiers ?

Quatre médecins généralistes, deux infirmières, un kinésithérapeute, un orthophoniste, et un laboratoire d’analyses médicales se partagent le bâtiment inauguré en 2010. Financé par l’État, les collectivités territoriales et l’Union européenne, l’immeuble au cœur de la cité est loué à un tarif préférentiel par le bailleur social CUS Habitat. En échange, les professionnels se sont engagés à appliquer le tiers-payant, ce qui permet aux patients de ne pas avoir à avancer les frais médicaux.

Le maire PS sortant de Strasbourg, Roland Ries, souhaite l’instauration d’une maison de santé similaire dans chaque quartier sensible. “Après celles du Neuhof et de la cité de l’Ill, de nouveaux projets sont en cours dans les ZUS de Hautepierre, de Cronembourg et du Port-du-Rhin” expose Alexandre Feltz, vice-président de la communauté urbaine en charge des questions de santé.

Également médecin, Alexandre Feltz est confiant pour l’avenir. “La taille des maisons urbaines de santé permet de sécuriser l’offre de soins. Si un professionnel part à la retraite, l’excellent outil de travail attirera un remplaçant”. Et l’élu de citer comme exemple de son optimisme la nouvelle maison de santé à Hautepierre. Parmi les médecins porteurs du projet, trois femmes, toutes fraîchement diplômées.

Rémi Hattinguais

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