« Ah oui, Fadela Amara vient ? Ça fait tellement plaisir que certains s’intéressent à nous », s’exclame sincèrement Farès. Désillusion. Elle ne viendra pas, la secrétaire d’Etat à la politique de la ville, que Wassim préfère appeler la « ministre du show-télévision ». Pour se faire pardonner, elle a envoyé son directeur de cabinet, Jacques Michelot. Un ancien sous-préfet barbu, sympathique, à la main molle (quand il vous serre la pince). Même tonneau qu’Amara, Jean-Paul Huchon, le président du Conseil régional d’Ile-de-France, ne viendra pas non plus.

Non pas que personne ne s’intéresse au programme de l’association Talens, c’est juste qu’Amara a « un problème de santé sans conséquences » et qu’Huchon… Eh bien, pour Huchon, on n’en sait rien. Mais leur présence n’est pas indispensable. C’est sans doute ce qu’ils ont dû se dire aussi. Les élèves ne vont pas pleurer. Surtout que le Haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch, qui a des résultats tangibles à faire valoir – le RSA, c’est lui –, s’est déplacé. Il a l’air réjoui.

Ambiance salon rose criard. C’est là qu’on dresse le bilan de Talens, qui, avec ses volontaires de l’ENS et autres écoles, donnent des cours de culture politique, de littérature et de sciences à des jeunes qui en ont besoin. Les élèves qui ont suivi le programme cette année, les parents des gamins, les amis des parents et de la marmaille, les tuteurs des minots et pas amis des parents, tous sont là. Humeur jouissive, du style « quelle-idée-extraordinaire-ces-projets-extraordinaires-j’adoooore ! »

Rihab, en première ES au lycée Paul Valéry à Paris, affirme que le programme lui « a apporté de nombreuses connaissances ». Avant de s’expliquer : « Quand je lisais un texte de Marx, j’y comprenais pas grand-chose, voire rien. Mais avec mon tuteur et ses explications, on comprend des textes pourtant compliqués. » Cynthia, son amie, a un trouble de la personnalité, elle a des mimiques incontrôlées qui rappellent les saccades de son « idole », Beyonce. « Je veux faire Sciences-Po et l’ENA », dit-elle. Cette année, elle a intégré le programme « Politique », qui pourrait l’aider plus tard. « Bien sûr, il fallait avoir des bases sur le domaine », suppose un autre gaillard, Lionel, ami de Cynthia. Ils ont étudié des choses réputées chiantes : les institutions, les constitutions, des matières en -tion.

Comme dans tout raout bien ficelé, les flashs se mettent à crépiter. Certes, ce n’est pas le Festival de Cannes, mais quand Martin Hirsch débarquent avec Monique Canto-Sperber (très élégante directrice de l’ENS), on se dit qu’on a là un beau couple. Arnaud y va d’une présentation rapide de Talens, qui visiblement ravit le Haut Commissaire, le visage tout illuminé. Président de l’association, visage d’adolescent, Arnaud est enthousiaste : « Oui, c’est de mieux en mieux chaque année. On a plus de moyens, donc plus d’élèves », explique-t-il. Et de préciser que c’est en partie grâce à « Fadela Amara et à son secrétariat qui finance la moitié du projet ». Même absente, on parle d’elle en bien. C’est par ce que la secrétaire d’Etat s’est bougée qu’Arnaud a fait « un passage sur Radio Orient ». Waouh !

Monique Canto-Sperber reçoit des félicitations. C’était il y a trois ans, cette agrégée de philosophie prenait en main l’ENS. Elle veut mettre alors en place des mesures destinées à des « lycéens défavorisés et des provinces éloignées » aaah ! Les provinces éloignées… ça sent bon le roman du 19e siècle. Elle y réfléchit, « un soir d’hiver avec des élèves volontaires ». Trouve cette idée de tutorat, le rend possible. Aujourd’hui, dans les allées de l’école, elle marche d’un talon décidé. En souriant. Salue des élèves. Et avoue qu’ici, « on ne pratique pas l’autoritarisme ». Une phrase qu’elle aurait pu chiper à Ségolène Royal.

Il y a eu mercredi une vague conférence de presse au terme de la réception organisée par Talens. Un micro de RTL trainait. « Que de souvenirs extraordinaires dans cette formidable école », s’est exclamé un Martin Hirsch très Madeleine de Proust, qui indiquait ainsi à ceux qui l’ignoreraient encore qu’il est ancien élève de la prestigieuse école de la rue d’Ulm (synonyme d’ENS). « De mon temps, il y a 25 ans, ajoute le Haut Commissaire en fouillant dans sa mémoire , les élèves ne s’engageaient surement pas dans le tutorat. »

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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