Il fait déjà sombre. Le dimanche se termine comme il a commencé. Avec le fade, avec la pluie. La morosité traîne dans la rue. La boucherie fait rôtir les derniers poulets. La boulangerie grille ses dernières baguettes. « C’est un dimanche comme un autre. J’ai regardé la télévision, il y avait Michel Drucker. L’invitée était Annie Cordy », fait sans se plaindre une dame. Un dimanche pas particulier, avec la même télé qu’il y a des années.

Tout près de l’hôpital de la Roseraie, une école allumée. Ses portes ouvertes, son drapeau français qui vole dans le froid et une feuille gribouillée : « Circo 6 Aubervilliers ». Nadia, élue municipale, fait le décompte : « On ferme le bureau à 18 heures, dans dix minutes maintenant ». C’est un bureau électoral comme un autre. Une table dans la cantine scolaire, trois urnes, deux isoloirs, deux assesseurs, un président de bureau.

 

Il n’y a qu’une militante, venue assister au dépouillement. Elle-même se dit « un peu déçue du taux de participation ». Avant de pêcher une ou deux excuses : « Sûrement que le temps n’a pas joué en notre faveur. Une large part de nos militants sont des personnes âgées, c’est difficile pour eux aussi de se déplacer ». Au fond de l’urne dorment quelques enveloppes bleues. Il est temps de les dépouiller. « Le bureau ferme ses portes », annonce le président du bureau. Qui nous fout à la porte. « Vous ne pouvez pas assister au dépouillement, on a eu des consignes de la fédération. Revenez après ».

 

Dehors, le froid est encore plus froid. Un gars d’Auber galère : « Le dimanche, c’est un jour de galère. On regarde la télé, on sort vite fait ». Sa capuche le fait disparaître dans sa fourrure. Il tire sur sa cigarette, ses cendres s’en vont. Il dit : « La politique, c’est pas mon truc. Mais l’UMP encore moins. L’UMP c’est les racistes bizarres, non ? C’est pas le parti de Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ? » Et puis, il se suspend comme ça. Attendant une réponse qui ne viendra jamais.

 

Les portes de la cantine scolaire s’ouvrent. On s’y précipite comme dans la gueule du loup. Et les loups rugissent : « Tout s’est très bien passé. Il y a eu 46 votants sur 199 inscrits. 58,7% pour Copé avec 27 votes, 41,3% pour Fillon avec 19 votes ». La participation semble assez médiocre, et pourtant le président du bureau sourit : « Tout s’est bien passé. Seuls les militants motivés se sont déplacés ». Avant de glisser, sans prédire la nuit qui suit : « C’est la fête de l’UMP, ce soir. Parce qu’on a voté et qu’on s’est mobilisés ».

 

L’assesseur de Copé s’apprête à sauter aux rideaux. « Mais on a encore beaucoup de choses à faire : aller à la fédération du 93, puis au siège national pour voir les résultats définitifs », promet-il. Nadia, Fillon dans le sang, reste « patiente ». La nuit ne faisait que s’élancer. Et la cacophonie n’avait pas encore fait de bruit. Plus tard, Fillon et Copé crieront victoire. Plus tard, l’histoire n’a toujours pas de fin. Ni à Aubervilliers, ni nulle part.

 

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

 

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