Oyez, oyez, braves gens, notre vénéré monarque Nicolas 1er vous informe que son fils Jean âgé déjà de 23 ans, prendra la présidence de l’EPAD (Etablissement public d’aménagement de La Défense) le jour de grâce du 4 décembre 2009, selon son bon vouloir et afin d’assurer politiquement sa noble descendance. C’est ainsi ou à quelques termes près que l’annonce eût été prononcée au Moyen-âge par un crieur public.

Si les moyens de communication ont évolué, les pratiques politiques, malheureusement, pas vraiment : pour prendre conscience de la chose, il faut savoir que l’EPAD gère et aménage avec ses 110 salariés les 160 hectares de La Défense, considérée comme le premier quartier d’affaires européen. En clair, vous avez tous le gotha mondial de l’économie et de la finance qui frappe quotidiennement et le plus souvent obséquieusement à votre porte pour saluer le Maitre des clefs.

Mais peut-on raisonnablement en vouloir à un père, un rien népotique, d’être effrayé par le risque de déclassement cher au sociologue et économiste Eric Maurin, qui jauge dans son dernier ouvrage (« La peur du déclassement », Seuil) « la réussite sociale à la conquête d’un statut irréversible » ? D’autant que les croisades déjà engagées par l’héritier en titre sont d’une haute noblesse. J’en veux pour preuve sa volonté farouche de vouloir enfouir l’innommable N13 qui traverse sa belle et délicieuse bourgade de Neuilly-sur-Seine pour la modique somme de 800 millions à 1 milliard d’euros, budget prévisionnel selon préfecture des Hauts-de-Seine

Certaines langues pleines de fiel rappellent que c’est l’équivalent d’une année de financement de l’aménagement ANRU pour l’ensemble de nos quartiers populaires ou encore, qu’avec ce montant, on pourrait construire plus de 50 000 logements sociaux supplémentaires, source de création ou de maintien de 50 000 emplois, selon les chiffres de l’Union sociale pour l’habitat. Mais c’est oublier un peu trop vite la terrible souffrance des Neuilléens victimes d’horribles nuisances sonores. Alors, oui, osons l’affirmer par soucis de justice sarkozyenne et avec la force d’un Robin des bois possédé par le Malin : il faut savoir prendre aux pauvres pour donner au riches et brulons ce Saint-Graal de pacte républicain.

Autre noble quête engagée par notre Dauphin : la présidence du Conseil général des Hauts-de-Seine, le département le plus riche de France, qui cette année s’est vu restituer dans le cadre du bouclier fiscal à nos braves 546 seigneurs altoséquanais les plus fortunés, un montant béni de 78 millions d’euros.

Gageons sans torturer quelques méchantes sorcières diseuses de bonne aventure qu’avec les présidences à venir de l’EPAD, regroupé manu militari avec l’EPASA (Etablissement public d’aménagement Seine-Arche, dirigé par le maire communiste de Nanterre), celle promise de la présidence du Conseil général du 92 et en réalisant son fier tunnel sous la N13, notre bon Jean sera maire et député à vie de la bourgade de Neuilly-sur-Seine et plus si l’histoire bégaye…

Si vous pensiez vilainement que c’était le but recherché, c’est bien méconnaitre les chastes desseins républicains de notre monarque/président qui établit le mérite et le travail comme piliers de son œuvre politique. C’est pourquoi je me suis permis, afin de faire taire définitivement les mauvaises langues de dragons, de lui porter les lettres de noblesse (CV) de Mamadou, 25 ans, habitant seulement mon modeste hameau de Nanterre mais possédant un DESS en droit, féru de politique depuis son plus jeune âge et désirant lui aussi avoir quelques heureuses opportunités de carrière (voir la pétition sur Facebook à ce sujet). Promis, je vous tiens au courant…

Yacine Djaziri

Yacine Djaziri

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