Un tirailleur sénégalais peut en cacher un autre… comorien ou encore malien, congolais, maghrébin. « À travers le terme ‘tirailleurs sénégalais’, l’implication des forces africaines est réduite », déplore Fatima Tabibou, fondatrice de l’Amicale pour la mémoire des tirailleurs comoriens (AMTC).

Depuis le 11 novembre 1923, une cérémonie de ravivage de la flamme du Soldat Inconnu est respectée quotidiennement. Mais aujourd’hui, elle prend un visage différent pour la communauté comorienne de France. En car, ils arrivent de Sarcelles, de la Courneuve et même de Dunkerque pour assister à cet évènement. « Mon grand-père était un ancien combattant comorien et je me devais d’être présent pour lui rendre hommage ainsi qu’à tous les soldats africains », indique Mohamed Ahmada, reconnaissant que cet hommage soit rendu.

Les commissaires du Comité de la Flamme, reconnaissables par leur tenue ornée d’un macaron représentant la flamme, évacuent les visiteurs pour organiser les lieux. À la tête des porte-drapeaux, celui de la Flamme à proximité de la tombe du Soldat inconnu. Les commissaires accueillent les participants de part et d’autre de la tombe du Soldat inconnu. Composé de trois générations de l’immigration comorienne, le public compte des enfants qui en arborent fièrement les couleurs. « Je suis touché de voir que mon père, ancien combattant, est honoré aujourd’hui », confie Mouigni Kahirili, 62 ans, venu avec ses petits-enfants pour leur transmettre l’histoire commune entre la France et les Comores.

Des enfants impressionnés par la force du moment

Et cette histoire est riche, comme en témoigne la participation active de soldats de l’archipel aux deux guerres mondiales. Répartis à l’époque dans les bataillons somalis et malgaches, les Comores n’étant pas reconnus, ces soldats ont longtemps été peu considérés des historiens, peu connus parfois dans leur propre pays. L’ambassadeur des Comores est là, d’ailleurs, aux côtés du rappeur Ikbal M’kouboi, petit-fils – comme son frère Rohff – d’un tirailleur. La délégation forme un rang d’honneur avant de déposer des gerbes de fleurs. Dans le public, les smartphones permettent de partager l’événement en direct sur Facebook. La télévision comorienne est aussi présente pour couvrir la cérémonie.

Faisant face au Soldat inconnu, ils écoutent mines figées la sonnerie aux morts suivie de l’hymne comorien, apprise par l’orchestre de la Gendarmerie mobile pour l’occasion, et de la Marseillaise. Les adultes, porteur du kofia, bonnet comorien porté par les hommes, l’enlèvent en signe de respect. Les enfants, eux, sont impressionnés par la force du moment. « D’entendre résonner la Marseillaise aux côtés de l’hymne comorien est très émouvant. D’autant plus que cela rappelle l’histoire commune entre ces deux pays, se confie Fatima Tabibou. Les enfants aborderont l’Histoire de façon moins abstraite, ils vont se sentir plus concernés. Ils verront aussi leurs ancêtres comme des héros et non plus comme des victimes ».

‘Nos ancêtres les Gaulois’, c’est bien beau mais c’est aussi ‘nos ancêtres les tirailleurs’

L’AMTC œuvre pour une réappropriation de l’histoire africaine, où chacun peut affirmer sa place dans les deux guerres mondiales menées par la France. Plus qu’un devoir de mémoire, une question d’identité dans cette période où l’identité française reste floue. La fondatrice de l’association tient à rappeler : « L’actualité nous pousse à faire émerger ce type d’activité. Il s’agit de la meilleure arme pour lutter contre le racisme. Pour notre construction identitaire, cet événement est important. ‘Nos ancêtres les Gaulois’, c’est bien beau mais c’est aussi ‘nos ancêtres les tirailleurs’. »

La présence d’enfant n’est pas anodine. Elle permet aussi de leur enseigner l’histoire de leurs aînés, étroitement liée à la France, et de se sentir légitime. « Cette commémoration rappelle à nos enfants que cette France leur appartient à 100%, rappelle Neymat Jaffar, ancienne directrice de l’AMTC. Aujourd’hui, rendre honneur à ces anciens c’est donner la force à cette jeune génération de rester debout face au climat actuel. »

Accompagné de sa fille, Ikbal M’kouboi, frère du rappeur Rohff, a voulu lui montrer l’héritage de ses ancêtres pour affronter les barrières qu’elle pourrait rencontrer. « Elle doit garder en souvenir que son grand-père s’est battu pour la liberté de ce pays », affirme l’artiste, invité par l’AMTC. Et Fatima Tabibou de conclure : « Les tirailleurs comoriens n’étaient pas de sous-soldats et leur accorder une cérémonie sous l’Arc de Triomphe est un symbole fort qu’il faut maintenir ».

Yassine BNOU MARZOUK

Crédit photo : YBM / Bondy Blog

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