L’association Projet pour l’Emploi (PPE) située en plein cœur du quartier des 4000 à La Courneuve (93) a pour objectif de relancer l’emploi dans les quartiers via différents projets pour les femmes et les jeunes. L’une des actions phare est Jeunes actions qui permet aux jeunes de faire jaillir des projets dans l’entrepreneuriat social afin que les quartiers puissent en bénéficier, via la création d’emplois. Dans  le cadre des élections européennes, la PPE a décidé de mettre en place plusieurs débats entre les candidats d’Île-de-France et les jeunes. Cofinancée par l’Europe et la région, le but est de créer « un dialogue structuré » dans le cadre de l’après municipale et des européennes, partant du constat que beaucoup de citoyens français et pas uniquement les jeunes croient connaître l’Europe, mais ne s’y intéressent pas concrètement. L’Europe reste loin pour beaucoup.

L’objectif n’est pas d’inciter les jeunes à se rendre aux urnes, mais plutôt de les intégrer dans le débat en leur donnant la possibilité de s’exprimer. Le premier débat s’est donc tenu  samedi 3 mai à la Cité des Sciences et de l’Industrie (XIXième arrondissement). Dans la salle, il n’y a pas grand monde, 38 personnes. Preuve que les élections européennes ne passionnent pas les Français. Lobo, chargé de projet chez PPE se confie : « Le pari est de laisser parler les jeunes afin que les besoins soient identifiés et que les initiatives viennent d’eux en proposant des solutions et des idées de projets à créer ».


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Parmi les têtes de liste qui se présente à l’élection européenne, deux candidats ont répondu présent : Dominique Jamet candidat du parti Debout la république et Nathalie Arthaud candidate pour Lutte ouvrière (et porte-parole de ce parti). Avant le début du débat, quelques indications sont données sur le déroulement de ces élections : il faut élire 577  eurodéputés, parmi eux, 74 eurodéputés représenteront la France. Les candidats devront être élus dans les 8 circonscriptions en France. En Île-de-France, il y a 15 sièges à pourvoir. Parmi les principales têtes de liste : Patrick Le Hyaric  (FG), Pascal Durand (EELV), Pervenche Berès(PS), Marielle de Sarnez (Alt.), Alain Lamassoure (UMP), Aymeric Chauprade (FN).

Pour animer le débat des petites vidéos ont été diffusées pour inciter les jeunes à s’exprimer telles que : « Brigade de souvenirs ou encore l’Europe, je m’en fous ». A la question : «  C’est quoi l’Europe ? », le public ne se montre pas bavard. Sauf, JR jeune étudiant de 21 ans, qui se trouve au premier rang et lève la main. Pas intimidé, il se lance en regardant face à lui les deux candidats : « Les jeunes ont conscience de l’Europe dans le sens où on sait qu’on peut aller jusqu’à la Hongrie sans sortir ses papiers d’identité. On a quand même conscience aussi, d’avoir des points communs avec les autres Européens ».

Autre intervenant  dans le public, militant pour le parti Debout la république, réagit à la suite de la vidéo : « On sait que c’est la réunion de plusieurs pays qui doivent avoir une responsabilité qu’on ne perçoit pas aujourd’hui, pourtant 80 % des textes sont votés au parlement ». Nathalie Arthaud intervient en premier : « Tu disais que tu es conscient d’être européen et d’avoir plein de points commun avec eux. Et bien moi aussi, mais je dois dire ce qui d’abord été à l’origine de mon engagement et de mes convictions politiques. Je suis communiste et révolutionnaire. Je pense qu’il faut changer le système capitaliste radicalement et de fond en comble. Ce qui a été à l’origine de cette révolte est la situation du monde en constatant les inégalités en particulier en 1986 où il y a eu une grande famine en Éthiopie qui a déclenché mon engagement politique. Et bien, je me suis toujours sentie citoyenne du monde. Et un monde pas simplement limité à l’Europe. Je me suis toujours sentie de même chair et de même sang que les femmes et les hommes. Ma perspective est qu’un jour on puisse dire, ‘mon pays est ma terre et ma patrie s’est l’humanité’. Vous voyez, c’est l’Europe, mais plus ».

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Dominique Jamet donne également son avis : « J’ai entendu tout à l’heure avec intérêt que l’Europe est un espace à l’intérieur duquel on peut se déplacer sans visas, sans limites et avec une monnaie commune. Et cela existait déjà en 1914, on a tendance à l’oublier. Avant 1914, on pouvait voyager d’un bout à l’autre sans visas. À cette époque, nous n’avions pas de monnaie unique, mais le Louis d’or. Et donc, les obstacles à la libre circulation n’étaient pas plus difficiles qu’aujourd’hui. Cent ans après ou en sommes nous ?  Et pourquoi avons-nous tant de mal à définir l’EuropeOn ne sait plus à l’heure actuelle si l’Europe est une alliance libre d’Etats souverains avec une volonté commune de bâtir la démocratie; une culture commune et des projets en commun ; une association des gouvernements des nations et des peuples à ces projets. Ou bien, si c’est un Etat fédéral, ce qui est autre chose. Un état fédéral se serait un état dont les membres, les états associés lui serait soumis à travers des sous structures gouvernementales dominantes. Autre vision de l’Europe, celle qu’on beaucoup de personne à l’heure actuelle et à juste titre : celle d’une construction inachevée, c’est-à-dire un grand ensemble bureaucratique, des administrations et des directives. C’est quelque chose de boiteux dans lequel lequel universel opère, mais pas toujours. Il y a des institutions où les personnes ne sont pas élues et on ne comprend pas comment elles sont parvenues à s’accaparer des pouvoirs énormes, comme la Commission de Bruxelles, la Banque centrale européenne… ».

Autre thématique abordée et mise en avant par le public est la représentativité des jeunes en politique. C’est Anne-Christine qui pose la question : « Est-ce que les jeunes ont réellement envie de s’impliquer en politique ? Alors que beaucoup de gens attentent que les jeunes participent dans ce sens ». Surpris par cette intention, François qui filmait le débat pose sa caméra et interpelle immédiatement cette femme : « Moi, je pense que les adultes ne se remettent jamais en question à ce sujet. Comment vous pouvez continuer à dire ce genre de chose alors que ce sont les adultes qui ne permettent pas aux jeunes de s’émanciper. Quand je vous entends, j’ai l’impression que vous mettez la faute sur les jeunes ».  Anne-Françoise rétorque immédiatement : « je n’ai jamais dit ça, ma question était de savoir, si les jeunes avaient envie« .

François réplique aussitôt : « Ils ont envie de s’impliquer à leur manière, mais pas de la même façon que les adultes. Les adultes et les gens autour veulent les faire entrer dans quelque chose qui ne leur correspondent pas forcément ». Diyar expose également son opinion : « Si on a envie d’intéresser les jeunes à la politique, il faudrait des choses pour eux. Premièrement, les changements de droite et à gauche ne changent pas grand chose. Le parti socialiste avait fait pas mal de promesses, mais elles n’ont pas été respectées.  Deuxièmement, de quelle façon fait-on de la politique quand on regarde les femmes et les hommes politiques médiatisés, ils ne nous donnent pas envie. Quand, on nous parle du Pacte de responsabilité ou du Pacte stabilité, toutes ces mesures ne sont pas expliquées et il nous faut du temps pour les comprendre. Ça ne nous donne également pas envie. Il faut faire plus de choses pour les jeunes et rendre le débat plus accessible. Ce qui nous intéresse, c’est de parler des questions du quotidien. Autre sujet que fait-on pour le chômage des jeunes en France, le taux est de 25 %. Les jeunes ne se sentent pas concernés, car ils ne voient les choses évoluer dans le bon sens ». Le débat national et européen ont au moins quelques points en commun.

Hana Ferroudj

Les prochaines rencontres entre les jeunes et les candidats auront lieu le 18 mai à Villepinte de 14h00 à 18h00 et le 24 mai à La Courneuve.

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