L’Etat me demande mon avis quand ça compte vraiment, une fois tous les cinq ans en moyenne. Alors le jour des élections, je me lève tôt, je change de chaussettes, je mets mes nouvelles affaires qui brillent et je vais au bureau de vote le cœur en fête, comme on va à l’école un jour de rentrée. Devant la salle Georges Brassens dans la cité Blanqui, le dit bureau de vote, il y a déjà foule et il n’est même pas 10 heures du matin. Les gens semblent avoir pris ces élections aux sérieux, parce que faire la queue un dimanche avec ce soleil à mini-jupes, c’est vraiment qu’on y croit. C’est bien les jours d’élections ; on revoit des têtes qu’on n’a pas vues depuis un bail, ses potes de toujours aussi, qui la veille, ivre mort lors d’une soirée galère au parc, ont juré de voter Schivardi. Au fur et à mesure que j’avance dans la queue je me dis que quelque chose a changé depuis 2002 ; tiens les immigrés votent. Quand je dis « immigrés » je ne parle pas de ceux nés sur notre sol sacré, que les sociologues classes dans les « issus de », non c’est de leurs parents venus en France durant la faste époque des trente glorieuses.

Ils sont accompagnés de leurs enfants, d’origine asiatique, maghrébine, ou subsaharienne certains votent pour la première fois : « j’ai été naturalisé en 2004, j’ai décidé de le faire à la retraite après 40 ans de vie en France, je viens voter pour la première fois c’est important » me confie un chibani. A sa femme de renchérir : « on a la double nationalité, on peut l’être quand on est Algérien. On vote dans les deux pays ». Ce couple attache beaucoup d’importance à leur droit de vote : « Si j’avais pu voter plus tôt, peut être que mon père n’aurait pas eu à donner sa vie pour l’Algérie. » Conclut avec une pointe de tristesse l’épouse. Mohand leur fils de 23 ans semblent moins enthousiaste « je suis dégouté, mon père vote à droite » le père, vif, réponds : « et alors ! Mare du socialisme, j’ai vu ce que ça a donné  au bled… » Et nous voila lancé dans une discussion sur l’Algérie des années 1970. Dans la queue deux amis se raillent : « ton père il kiffe le sanglier ! Il va voter pour Fréderic Nihous ! », « Le tiens il confond Villepin avec De Villiers, il va faire une bourde ». Bientôt le débit de vannes est interrompue par un solennel « à voté ! ». Rares sont les naturalisés qui m’avouent avoir voté pour réprouver un candidat. Mon mini sondage à la sortie du bureau de vote m’amène à penser que c’est un électorat partagé. Ces citoyens de fraiches dates ont généralement le feu sacré des nouveaux convertis, comme cette personne toute fière de voter pour la première fois et qui candidate spontanément et avec enthousiasme au dépouillement.

Voila tout le monde est prévenu : ils votent, ils restent.

Idir Hocini

Idir Hocini

Articles liés

  • Gérald Darmanin à Mayotte : face à la détresse sociale, la répression comme seule réponse

    Lors d’une visite à Mayotte, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, a annoncé la couleur du quinquennat à venir. Restriction du droit du sol, enfermement d’enfants encadrés par des militaires et armement de la police comme seules réponses face à la montée de la violence dans le département le plus pauvre de France. Joao Gabriel, doctorant en histoire, et Bastua Soimadoune, militante mahoraise, analysent, pour le Bondy Blog, ces annonces.

    Par Anissa Rami
    Le 05/09/2022
  • Alter-votants : remettre le droit de vote des étrangers au cœur du débat public

    #BestofBB En France, les droits des étrangers s’arrêtent à la porte des bureaux de vote. Pour lutter contre ce péril démocratique, la plateforme Alter-votants a vu le jour en 2016, pour mettre en relation des votant·e·s français·e·s avec des personnes étrangères. L'idée : faire entendre la voix de tous les résident·e·s en France et remettre au cœur du débat le droit de vote des étrangers, promis depuis bientôt 50 ans sans jamais être acté.

    Par Margaux Dzuilka, Emilie Duhamel
    Le 01/09/2022
  • Le plus jeune député de France refuse de serrer la main au RN : qui est Louis Boyard ?

    Il a refusé de serrer la main à un député RN à l'assemblée nationale, il est le plus jeune député métropolitain de l'histoire de la Ve République française, il défend la jeunesse et les combats écologiques... Qui est Louis Boyard, député NUPES de la troisième circonscription du Val-de-Marne ? En s’imposant au second tour des élections législatives face à Laurent Saint-Martin, député sortant LREM, le jeune homme de 21 ans a créé la surprise. Portrait.

    Par Ayoub Simour
    Le 30/06/2022