[TRIBUNE] À la rentrée, les lycéens boursiers de la Seine-Saint-Denis vont devoir payer 33 euros de plus par an leur abonnement à la carte Imagine’R. En cause, un désaccord entre la région Île-de-France (LR) et le département (PS) qui conduit à une baisse de leur allocation aux transports. Le Bondy Blog ouvre ses colonnes à la FCPE 93 qui a lancé une pétition pour dénoncer ces économies faites sur le dos des familles les plus en difficulté.

Coluche disait : « Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ».

C’est en Île-de-France que se trouvent à la fois les départements avec le plus haut et le plus faible taux de pauvreté de France : 27 % en Seine-Saint-Denis contre 9 % dans les Yvelines, selon une carte des revenus, des inégalités et de la pauvreté monétaire réalisée par l’Insee en 2015. Ces disparités sont le résultat du développement économique et social de notre région qui a structuré la pauvreté à l’échelle métropolitaine et concentré un nombre plus élevé de familles en difficulté en Seine-Saint-Denis que dans les autres département franciliens.

Des élu-e-s ont eu la bonne idée de tenir compte des différences et des spécificités de notre département, la Seine-Saint-Denis, au nom de la justice sociale. Ainsi, une partie du coût de la carte Imagine’R des collégiens et des lycéens boursiers était prise en charge par la région Île-de-France et le conseil départemental du 93 à hauteur de 66 % pour la région et de 34 % pour le département. Pour tous les autres département franciliens, cette prise en charge se répartissait à 50/50 entre les deux collectivités.

Mais voilà que ces règles ont changé. Madame Pécresse et la majorité régionale ont décidé de baisser les subventions régionales pour les cartes Imagine’R des collégiens et des lycéens boursiers de Seine-Saint-Denis. La région ne prendra plus en charge que la moitié du coût de cette carte. Ainsi, en voulant traiter la Seine-Saint-Denis comme tous les autres départements d’Île-de-France, la part laissée à la charge des familles des élèves boursiers devrait augmenter de 33 €.

Après avoir augmenté par deux fois le Pass Navigo, ce sont désormais les collégiens et les lycéens boursiers qui font les frais des mesures d’économies décidées par la région. C’est un mauvais coup supplémentaire pour les familles les plus défavorisées.

Le président du Conseil départemental, Stéphane Troussel, a expliqué avoir interpellé Valérie Pécresse « depuis octobre 2016 pour le maintien de cette règle d’égalité ». Suite à cette baisse de la subvention régionale, le département a consenti à compenser cette diminution pour les collégiens, qui relèvent de sa compétence mais explique ne pas pouvoir assumer cette différence de dotation au lycée, dont la région a la charge.

Victimes du bras de fer auquel se livrent la région et la Seine-Saint-Denis, quelque 3 000 lycéens boursiers vont donc devoir payer, cette année, leur carte Imagine’R 14 % plus cher que l’an passé. Pour ne rien arranger, ils devront avancer l’argent avant de recevoir un remboursement partiel.

Cette répartition financière du coût du transport pour les élèves boursiers est très inquiétante selon nous, quand pour Laurent Probst, directeur général d’Île-de-France Mobilité, cette nouvelle convention s’est établie au nom de l’équité. Confusion des genres ou erreur conceptuelle ? L’équité consiste plutôt à donner davantage à ceux qui en ont le plus besoin pour leur permettre l’égalité d’accès au droit. Or, pour redonner toutes leurs chances aux élèves boursiers de Seine-Saint-Denis, il ne nous semble pas que cela passe par une augmentation de leur charge financière pour se rendre en cours, bien au contraire. Pis, c’est un bien mauvais signal en faveur de l’inclusion : pour les familles les plus en difficulté, 33 €, cela représente une baguette de pain par jour de moins pendant un mois ! En vrai, l’équité c’est tenir compte des disparités tout le long de la contrée francilienne.

Mais pourquoi tout d’un coup, à quelques semaines de la rentrée, la région a-t-elle décidé de changer les règles du jeu ? Nous avons tous entendu le Président de la République demander aux collectivités « 13 milliards d’économies en échange de plus de libertés ». Message reçu, les collectivités semblent avoir choisi la liberté de reporter sur les parents les « économies » exigées par l’Exécutif.

Fait jupiterien ou nouvel épisode de la prochaine saison de Game of Thrones, les parents n’ont rien à gagner à accepter cette externalisation des coûts, si ces économies pour la région consistent à économiser d’un côté ce que l’on devra payer de l’autre. Cette privatisation rampante du coût de l’éducation qui entend reporter une partie des dépenses sur les familles  risque de durer… Il nous semble que le courage consisterait à demander ces 33€ à celles et ceux qui exigent les 13 milliards d’économie plutôt qu’aux parents des élèves boursiers. Après le story-telling de la diminution de 5€ des APL, encore une fois on préfère s’attaquer aux plus démunis plutôt qu’aux puissants.

En créant cette nouvelle taxe indirecte de 33€ et dont les élèves boursiers devront s’acquitter auprès d’Île-de-France Mobilité au moment de l’achat de leur carte Imagine’R, nous assistons à la négation des spécificités territoriales de notre région et par là même de son identité. Travailler à la concorde sociale de l’Île-de-France exige que certains de ses territoires bénéficient d’une attention bienveillante particulière. Au lieu de cela, la région crée inutilement les conditions de la colère de la jeunesse de Seine-Saint-Denis, ajoutant des difficultés supplémentaires à un système éducatif à bout de souffle en préconisant que chaque département gère ses problèmes comme si les habitants de Seine-Saint-Denis restaient cloîtrés à l’intérieur de ses frontières départementales et comme si les parents des élèves boursiers ne contribuaient pas à la richesse régionale par exemple en travaillant dans les autres départements franciliens.

La FCPE dénonce ces économies qui sont faites sur le dos des parents et en particulier ceux qui sont le plus en difficulté. Pourquoi ajouter de l’injustice à l’injustice ? Ces familles, qui ont des faibles revenus, vont devoir faire des arbitrages financiers qui risquent de détériorer encore plus leurs conditions de vie.

Pour toutes ces raisons, pour défendre notre identité régionale et le respect de ses particularités, la FCPE de la Seine-Saint-Denis entend s’opposer à cette augmentation de charge pour les familles et appelle à soutenir les élèves boursiers et leurs parents en signant la pétition conjointe FCPE 93 et FIDL.

Madame Pécresse, nous vous demandons de revenir sur votre décision et de rétablir les subventions pour la carte Imagine’R des collégiens et des lycéens boursiers.

Rodrigo Arenas, Président de la FCPE de la Seine-Saint-Denis

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