Ancienne rédactrice en chef et éditorialiste du magazine ELLE, cette femme engagée sur la question des migrants a voté aujourd’hui pour le premier tour de la primaire de la droite et du centre. Elle explique son choix. Interview.

Le Bondy Blog : Est-ce la première fois que vous votez pour un candidat de droite ?

Marie-Françoise Colombani : Oui, c’est la première fois que je vote pour un homme de droite, volontairement je précise. J’avais déjà voté pour Jacques Chirac, au second tour de la présidentielle en 2002, quand il s’est retrouvé face à Jean-Marie Le Pen mais je n’avais pas le choix. Ce n’était pas un vote d’adhésion. Comme beaucoup d’électeurs de gauche, mon bulletin visait à faire barrage au Front national.

Le Bondy Blog : Sur votre compte Facebook, vous avez annoncé votre intention de voter pour Alain Juppé à cette primaire. Qu’est ce qui a motivé votre choix ?

Marie-Françoise Colombani : C’est une décision mûrie, bien réfléchie. J’y pense depuis des mois. Pourquoi ? Il y a deux raisons. La première : il s’agit de faire obstruction à Nicolas Sarkozy. La deuxième : Alain Juppé est le moins pire du lot. S’ils ont tous à peu près le même programme, c’est le candidat le plus âgé. Il ne pourra prétendre à plus d’un mandat. Il ne ménagera pas sa popularité en vue d’une réélection. Il pourra donc prendre des mesures impopulaires mais utiles à notre pays. Néanmoins, à l’ élection présidentielle, je voterai pour un candidat de gauche au premier tour.

Le Bondy Blog : Vous pensez que la gauche a une chance pour 2017 ?

Marie-Françoise Colombani : Aucune. Pour moi la première valeur fondamentale de la gauche c’est le partage. Le partage dans tous les domaines. Les impôts, qui permettent la redistribution des richesses aux plus humbles, en sont un exemple. L’année dernière, j’ai travaillé sur la question des migrants. J’ai été profondément scandalisée par l’attitude du gouvernement. J’ai vu des migrants installés sur un terrain vide appartenant à l’Etat. Sans le travail des associations, ils seraient restés dans la boue et la pluie, dehors. Il n’y au eu aucune préparation dans leur accueil. Rien n’a été anticipé. J’ai appelé toutes les personnes que je connais au gouvernement et au Parti socialiste pour les mettre au fait de la situation. Personne n’a répondu. Ils sont en fracture totale avec la réalité. S’ils gèrent tous les problèmes de notre pays comme ils ont géré la crise des migrants, il faut vraiment s’attendre au pire.

Le Bondy Blog : Est-ce que cela vous a posé problème de signer la déclaration où vous vous engagez à partager « les valeurs républicaines de la droite et du centre », une obligation pour voter ?

Marie-Françoise Colombani : Je n’ai signé aucune déclaration. Il n’y avait pas de texte. Il y avait juste un registre à signer pour le versement de la somme de deux euros. Du coup c’est très déculpabilisant.

Le Bondy Blog : Vous avez suivi les débats ?

Marie-Françoise Colombani : Les deux premiers seulement. Je les ai trouvés sans intérêt. Les médias ont une lourde responsabilité. Le jour où tous les journaux parlaient du dernier débat, il y avait un bateau qui a disparu en mer avec 200 migrants qui se sont tous noyés. Hommes, femmes et enfants. J’ai essayé d’alerter tous mes amis journalistes. Personne. Tous occupés à couvrir l’actualité des la primaire.

Propos recueillis par Idir HOCINI

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