MUNICIPALES 2014 – UNE SEMAINE A MARSEILLE. Pape Diouf, ancien président de l’Olympique de Marseille, s’est lancé dans le match pour la mairie de Marseille. Annoncée le 4 février dernier, sa candidature provoque émulations ou crispations. Reportage à Marseille à six semaines du premier tour des municipales.

« Regarde c’est Pape » chuchotent des clients du café Pinder derrière leur café ou leur ballon de blanc. L’imposant Pape Diouf a rejoint Sébastien Barles d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), perdant contre Karim Zeribi lors des primaires, qui a décidé de ne pas suivre le ralliement de son parti au PS derrière Patrick Mennucci. Co-fondateur du collectif-citoyen pour « un sursaut démocratique à Marseille », Sébastien Barles soutient activement l’ancien président de l’OM qui présente une liste de personnes issues de la société civile, d’EELV et du MoDem. Dans le bistro, Pape Diouf fait figure d’icône, synonyme de la gloire du club entre 2005 et 2009 qui lui doit l’entrée en Ligue des Champions et des finales en Coupe de France. Au comptoir, un supporter trépigne : « Nous, c’est le personnage qu’on aime ! – Vous voteriez pour lui ? – Et non, je voterai Gaudin, je suis de droite. S’il n’était pas de gauche beaucoup de supporters voteraient pour lui », affirme-t-il avec sérieux.

De la popularité, Pape Diouf n’en manque pas. Mais pas sûr que cela suffise pour remporter la mairie de Marseille jalousement gardée depuis près de deux décennies par Jean-Claude Gaudin (UMP). Il doit aussi faire face à un autre concurrent de taille, Patrick Mennucci, maire du 1er-7e arrondissement de Marseille, adoubé par le Parti socialiste et soutenu par un grand nombre de personnalités politiques. Caché sous son parapluie orange, il sourit, apostrophe les Marseillais, parfois maladroitement mais son aura fait le reste.

« Quand est-ce que vous revenez à l’OM, Monsieur Diouf ? », interrogent plusieurs Marseillais, alors qu’il arpente le marché de Noailles pour faire connaître sa candidature à la mairie. « Il faut revenir, on vous attend ! », invoquent les supporters convaincus qu’il reviendra un jour à la tête du club. Pape Diouf et Sébastien Barles entourés d’une troupe de journalistes font le tour des commerçants ravis de voir le nouveau venu dans la course à la mairie devant leurs étals : primeur, poissonnerie, boucherie, boulangerie… Chez Djamel, Pape Diouf s’arrête plus longuement : « Il faut envoyer vos attaquants Monsieur Diouf ! », l’encourage-t-il en lui offrant un gros pain-galette. Beaucoup s’approchent pour une photo-souvenir.

Un habitant resté un peu à l’écart observe l’ancien dirigeant de l’OM signer des autographes. Il s’interroge : « Pape Diouf revient au club ? » Et de s’étonner : « Il est candidat à la mairie ? Je ne savais pas, je pensais qu’il revenait à l’OM, réagit-il un peu déçu. Peut-être qu’il peut faire changer les choses. J’irais peut-être voter cette fois-ci. On en a marre de ces politiques c’est toujours pareil une fois au pouvoir ils oublient les autres. Regardez la ville on est en 2014, c’est comme si on était dans les années 50 », se plaint-il.

 

« Le programme va venir »

Lorsqu’il s’agit de parler d’idées et de programme, Monsieur Diouf semble beaucoup moins armé que pour serrer des « paluches » comme il le dit lui même. « Avant de lancer les messages, il faut écouter les gens, déclare-t-il sur un ton solennel. Les grandes idées ce n’est pas mon fort, plaisante-t-il, mais ensemble nous essayons de voir ce qui ne va pas pour trouver des solutions. » Toujours à ses côtés, Sébastien Barles se veut rassurant. « Le programme va venir, il nous reste sept semaines. Nous sommes entourés d’une équipe compétente, garantit-il. On veut surtout avoir un langage accessible à tous. »

L’ambition de Pape Diouf est de « redonner à Marseille l’élan dont elle a besoin ». « Je veux un rassemblement », insiste-t-il. Il décrit d’ailleurs cette visite dans le centre-ville populaire de Marseille comme « la rencontre d’un homme qui a des ambitions avec les habitants. C’est moins une question de campagne que de rencontres », affirme-t-il. Pape Diouf joue sur cette image de président de l’OM qui lui colle à la peau : « Les gens se souviennent de quelqu’un qui faisait ce qu’il disait. » Un passant interrompt l’interview de France 3, « Monsieur Diouf allez-y jusqu’au bout, on est avec vous ! » « C’est très rassurant, dit-t-il, on sent les Marseillais très soucieux de leur ville. Des Marseillais qui ne manquent pas de clairvoyance. » S’ils ne manquent pas d’intérêt et de respect pour Pape Diouf, certains ne semblent pourtant pas totalement prêts à tourner la page Gaudin. « Nous les Marseillais, on aime Monsieur Gaudin », défendent plusieurs passants.

La balade se poursuit dans le quartier de Belsunce. Pape Diouf fait le tour des immeubles vacants appartenant à la mairie, conduit par Nourredine Abouakil, co-fondateur d’« Un centre ville pour tous ». Selon Sébastien Barles, une vingtaine d’immeubles sont vides dans les quartiers de Noailles et de Belsunce. Près de 1 000 familles pourraient y être logées, selon lui. Arrêt au 18 rue Thubaneau. Pape Diouf se souvient : « C’est ici que j’ai habité quand je suis arrivé à Marseille ». Il avait 19 ans et arrivait du Sénégal pour suivre des études à Sciences-Po Aix.

Enthousiasme chez ses étudiants

Changement de décor au 408 avenue du Prado, avenue chic de Marseille, dans les locaux de l’Institut d’étude de journalisme, dont Pape Diouf est un des principaux actionnaires. Les étudiants de l’IEJ ont des avis plutôt positifs face à la candidature de leur « parrain », ancien journaliste sportif. Laura et Margot, étudiantes de première année se réjouissent de son entrée dans la vie politique marseillaise : « On est contentes qu’il s’engage, ça donne une bonne image de l’école. » Pour Charlène, même enthousiasme : « On le soutient ! C’est une fierté qu’il nous représente. » « Il bénéficie d’une grande aura, confirme un enseignant de l’école. Il est capable de mettre un coup de pied dans la fourmilière, assure-t-il. Je me suis demandé ce qu’il avait à y gagner. On m’a dit qu’il se présentait par altruisme ». D’autres sont sceptiques comme cet étudiant qui préfère taire son prénom : « C’est embêtant parce que l’école est déjà souvent citée comme étant l’école de Pape Diouf et Jean-Pierre Foucault. Si jamais il devient maire, l’école sera désormais assimilée à l’élu. »

Chose qui n’est pas encore acquise. Dans le dernier sondage I>Télé-20 Minutes publié lundi 10 février, Pape Diouf obtiendrait 4% des votes. Sa candidature handicaperait le candidat Patrick Mennucci selon ce sondage. L’entrée dans la partie de Pape Diouf éclate encore un peu plus l’électorat de gauche, déjà divisé par le maintien des candidatures du Front de gauche et du Parti radical de gauche. Jean-Claude Gaudin remporterait 35% des suffrages au premier tour et au second, il serait élu face au socialiste avec 41% des voix. Le FN de son côté gagne un point et se voit doté d’environ 20% des intentions de vote. Mais la bataille n’est pas terminée, le dernier venu dans la campagne n’a pas encore présenté ni sa liste, ni son programme.

Charlotte Cosset

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