A 22 ans, la tête de liste du Front national à Noisy-Le-Grand (93) a décidé d’interrompre ses études pour se consacrer à la campagne. La rhétorique du parti est là, avec ces grands thèmes : sécurité, islam, immigration, mais l’enjeu est plus modeste : conquérir quelques sièges au conseil municipal. 

Maxence sait qu’il ne sera pas élu maire. Étudiant de 22 ans, il a été investi par le Front National à Noisy-Le-Grand (93), ancienne ville communiste passée au RPR puis au PS. Il espère dépasser les 5% pour avoir une tribune dans le journal mensuel de la ville. À deux pas de la mairie, il sirote son deuxième décaféiné dans un élégant restaurant. Il s’explique, en costume cravate, comme pour un entretien d’embauche : « Notre démarche n’est pas forcément de gagner des mairies, mais de commencer à nous implanter en ayant des conseillers municipaux ».

Le Front National en Seine-Saint-Denis ? Ce serait bien la première fois. Sur huit têtes de liste investies dans le département, d’après Maxence Buttey, une seule est encore parvenue à rassembler assez d’adhérents. Ces candidats n’ont même pas envisagé de projet en commun, car « on ne sait pas encore qui pourra boucler sa liste ». Pourtant, ils passent des heures au téléphone et sur internet pour convaincre des sympathisants de les rejoindre. « Puis, on démarche les gens sur le marché, en porte-à-porte : “est-ce que ça vous dit de rejoindre notre liste ?” »

De son côté, Maxence a interrompu son année d’études pour se consacrer à sa campagne. Il s’essaye au porte-à-porte, accompagné par des militants venus d’autres communes. Il se rend dans son propre quartier, mais son emploi du temps ne lui permet pas de couvrir le reste de la ville. Les membres de sa liste n’ont, eux, pas le temps de s’aventurer au-delà de leur cercle privé.

Maxence est révolté contre la politique de la majorité municipale. Il dénonce vertement le laxisme et l’irresponsabilité du maire socialiste : « ça veut dire, que… c’est un manque de volonté politique ». Il déplore la décadence d’une ville subissant le joug interminable de l’UMPS. « La mairie manque de transparence. Dans le journal municipal, on ne parle pas de ce qui se passe en mal. Plusieurs voitures ont brûlé dans le Vinci Park, et on n’en a pas du tout entendu parler. C’est un manque de transparence sur ce qui se passe dans la commune. Et ce qui me marque le plus, c’est quand on demande d’avoir accès à des documents, il faut voir le temps d’attente ! Vraiment, on voit bien qu’ils essayent de ralentir la procédure, ou du moins, de ne pas donner les documents. » Conscient du malaise social de sa banlieue, Maxence a juré d’en finir avec la propagande et la bureaucratie qui affectent la ville.

Maxence est engagé en politique. Il connaît la règle du jeu. « Si l’on veut gagner la mairie, il va devoir y avoir des accords de faits. L’UDI pourrait faire une alliance. Nous partageons des idées. » L’UDI, parti centriste. Pourquoi pas. Maxence est de bonne volonté. « Cette volonté, c’est moi qui l’ai prise. » Lui, se présente dans un souci de démocratie : renouveler les représentants municipaux, présents depuis plus de dix ans, en investissant le conseil municipal. Redonner la parole aux noiséens, les intéresser à la politique locale. Il veut rénover les infrastructures. Construire un parking dans le centre-ville.

Défendre les personnes âgées victimes de préemptions, à cause du maire PS qui veut construire trop de logements sociaux. Et contre l’insécurité ? La réponse témoigne d’une inflexible intransigeance : relever systématiquement les chiffres des agressions. Demander aux policiers de consacrer moins de temps à verbaliser les voitures. Installer des caméras de vidéosurveillance. Et, tout de même, mettre les roms en garde à vue en cas d’« incivilités ». Car, pour tout dire, « Ils gênent ».

Pourtant, c’est bien l’extrême droite qu’il a choisie. Il admire les « vraies valeurs morales » du Front National. Il est entré au parti en avril 2012, séduit par le mouvement « bleu marine ». « Marine Le Pen parle des sujets tabous, des vraies préoccupations des Français : les salaires, l’Europe. C’est la seule à défendre la sortie de l’Union Européenne. » « Pour faire en sorte d’augmenter les salaires des Français, pour qu’il y ait moins de soucis d’organisation et d’administration, c’est plus simple de revenir à un Etat français stratège. Il faut être cohérent avec ses idées. »

Cohérent, mais sans exagérer : Quelles mesures peut-on prendre pour intégrer les roms ? « Je pense que ça relève de l’Europe. » Y compris pour des mesures comme la légalisation du cannabis, « il faudrait une vraie concertation avec l’Europe ». Sur les droits de douanes, « il faut mettre des frontières par rapport à des pays qui nous font une concurrence déloyale, comme la Chine. » La Chine, enfin admise dans l’Union Européenne ? Tant de bruit pour l’Ukraine !

Au Front National, Maxence a bien appris ses slogans. « La nationalité française, ça s’hérite ou ça se mérite. Le droit du sol est une mauvaise chose. » Les immigrés, qui arrivent « à cause du réchauffement climatique », sont nuisibles : « quand on veut défendre les salariés, on ne peut pas défendre l’immigration. » Ils profitent, « mais qui ne ferait pas ça ? » Et sur les Français musulmans, la viande halal, l’aménagement de plages horaires non mixtes à la piscine : « l’islamisation va contre l’intérêt général. »

Le financement public des mosquées « répond à des intérêts clientélistes ». Pas de lieux de culte ? « Ils peuvent pratiquer chez eux. » Mais Maxence ne maîtrise pas encore sa leçon sur le bout des doigts. Qui sont les musulmans de France ? Deux cas de figure selon lui : « des courants comme les salafistes », à distinguer tout de même des anciens immigrés. Islam ou islamisme ? Ne jouons pas sur les mots… Pourtant, il concède : « L’islam a une part dans la culture française. »

Les discours identitaires, une belle manière de ne pas s’intéresser aux problèmes sociaux. Que pense Maxence de la politique de la ville ? Il ignore jusqu’au nom du ministre François Lamy. La construction de logements sociaux répond-elle à un besoin de la population ? « Je ne saurais pas te dire« . Pourtant il affirme qu’il faut arrêter de construire : les nouveaux logements aggraveraient les embouteillages sur la nationale. Par la suite, il revient sur les préemptions, en critiquant les expulsions provoquées par la mairie pour construire des HLM. Il s’avance aussi sur l’histoire de l’immigration : « autrefois l’immigration était européenne. Ça n’a rien à voir ce qu’on subit aujourd’hui. »

En est-il vraiment sûr ? « Non, je ne peux pas te l’affirmer » Et sur le programme de Marine Le Pen : faut-il favoriser les mères au foyer ? « Je ne suis pas assez renseigné sur le sujet ». Et la théorie du genre ? Elle « n’est pas une priorité pour l’Etat français. » Pourquoi ? « Je ne connais pas assez. » Au moins, Maxence est honnête. Le problème est qu’il se mêle de politique. Peut-on expliquer ainsi les causes du chômage : « on ne laisse pas s’installer les commerces« , et « il y a une volonté des pouvoirs publics de tout contrôler » ? Et quelle vision de l’action publique révèle cette autre réponse : faut-il légaliser le cannabis? Surtout pas, les prix baisseraient et inciteraient les chômeurs à consommer. « Comme les gens vont mal, avec le chômage et tout ça, ils auront tendance à se réfugier dedans. »

En attendant, il a au moins un avantage en sa faveur : il est jeune, « ça intrigue les gens.” C’est bon pour la com. “Ça permet de faire parler de la candidature, et les personnes âgées se réjouissent que l’on prenne le relais. » Une belle occasion pour le Front National, prêt à tout pour renouveler son image.

Louis Gohin

* Habitants de Noisy

 

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