Une semaine avant la venue du candidat du Front de Gauche, les membres du Parti Des Grignois (PDG) -un parti local qui a fait 27% lors des dernières élections municipales à Grigny en 2008- ont annoncé qu’ils comptaient interpeller le candidat du Front de Gauche lors de sa venue chez eux. Dès 15 heures, une vingtaine de personnes du PDG débarque. Tous veulent rencontrer Jean-Luc Mélenchon. Dans le groupe, de grands gabarits, dont le champion du monde de Muay Thai, Patrice Quarteron, 1m98, plus de 110 kilos.

Il a grandi au quartier de la Grande Borne. Grâce a lui notamment, le petit groupe réussit à franchir sans problème la première barrière de sécurité. Un agent embauché spécialement pour l’occasion, confus, confesse, « je savais pas qu’il y aurait Quarteron, ça change tout là. Moi je me frotte pas à lui. » La première barrière de sécurité franchie, le groupe se voit stopper par une quarantaine de militants et d’agents de la sécurité gardant l’entrée du gymnase. C’est là que se trouve Jean-Luc Mélenchon. On s’insulte mais on ne se tape pas. Le climat est électrique.

Robert, un militant FG de 48 ans, fait partie de ceux qui ont « repoussé le PDG. » Il avoue avoir eu peur : « Je ne pensais pas qu’ils viendraient. En les voyant arriver, ils avaient l’air menaçant, ils criaient qu’ils voulaient à tout prix voir Mélenchon et ils étaient violents. Il y en a un qui m’a violemment poussé, mais heureusement qu’il y a avait du monde derrière moi. Sinon je serais tombé et ils m’auraient piétinés. » Son camarade Marc était aussi dans le cordon sécuritaire : « J’étais en face d’un grand Black, il criait et me poussait pour continuer à avancer. J’étais vraiment tétanisé. Je voulais partir mais j’étais pris en sandwich. J’ai tout subi de front. On ne s’attendait vraiment pas à ce genre de clash. S’ils veulent discuter, ils n’ont qu’à ranger leurs haines ! »

Malgré la tension ambiante, les esprits se calment. Le débat s’engage entre militants du Front de Gauche et membres du Parti Des Grignois. De la bouche des membres du PDG, on entend des « rebelles des beaux quartiers », « fachos » et autres « racistes ». Réplique immédiate du camp adverse, « on n’est pas des fachos ! N’oubliez pas que c’est Mélenchon qui a cloué Marine Le Pen ! ». Un militant PDG rétorque, « vous n’êtes que des hypocrites ! Vous venez ici pour nous faire la leçon alors que vous n’êtes même pas d’ici. Vous êtes des incompétents ! »

Dans l’attente, le groupe grignois s’éparpille sans trop s’éloigner de l’entrée du gymnase. Kouider Oukbi, 30 ans, l’élu du Parti Des Grignois, conseiller municipal, explique : « On est venus pour rencontrer Jean-Luc Mélenchon. C’est bien qu’il vienne ici. On voulait lui faire faire une vraie visite de Grigny, pas celle organisée par la municipalité Front de Gauche. On veut vraiment lui montrer la souffrance des gens. ». Il assure qu’ils n’ont rien contre le candidat de l’extrême gauche. Ils veulent seulement lui parler afin de dénoncer l’abandon de la politique de leur ville  par les élus communistes locaux. « Il a une bonne ligne nationale, c’est bien il tape sur les journalistes, sur les politiciens. Mais s’il vient ici, il faut qu’il nous rencontre pour voir les dégâts que ses sbires ont créés depuis des années. On a une augmentation de 50% des impôts locaux, un déficit budgétaire de 15 millions d’euros. Et tout ça c’est nous qui payons ! »

Il déplore que son mouvement soit stigmatisé et rangé au rang de «  liste islamiste, terroriste. Il s’agit d’un mouvement citoyen et indépendant. C’est vraiment dommage qu’il y ait un service d’ordre qui nous bloque et nous boycotte. » Omar Dawson, le chargé de communication du Parti Des Grignois a lui aussi son mot à dire : « ça fait 30 ans que la Gauche gère la ville. Malgré le fait que notre discours soit pas mal écouté à Grigny, la municipalité fait tout pour couper les initiatives des listes citoyennes. Ils donnent des subventions à des associations-amies, ils en favorisent d’autres… C’est du despotisme. Et si Mélenchon refuse de nous parler, c’est qu’il vient donc pour légitimer des gens qui n’ont rien fait depuis 30 ans et se payer une bonne image sur nos têtes. »

A 16 heures 20, les portes du gymnase s’ouvrent. Le cortège de gauche s’apprête à défiler en direction du stade où aura lieu le meeting, à 300 mètres de là. Il y a de la bousculade de part et d’autre, la tension remonte. Finalement le petit groupe du PDG, accompagné des jeunes du coin, réussi à entrer de force dans le stade. Ils crient « Escroc, Escroc, Mito, Mito ! ». Le camp adverse répond « Résistons, résistons, résistons ! » Les caméras de télévisions cherchent à filmer la scène. Les militants FG brandissent des drapeaux pour obstruer le champ de vision des caméras. Puis au moment de l’hymne national, les ennemis du début chantent tous ensemble. Quelle drôle de trêve.

Prosith Kong

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021