Le Modem est devenu à la faveur des municipales le parti des candidats de la diversité. Drôle de trajectoire pour une famille issue de la démocratie chrétienne. A cela, deux raisons possibles : soit la formation de François Bayrou remplit les trous de ses listes en faisant appel à des personnes qui ont soif d’implication politique ; soit c’est une stratégie délibérée. Ou un peu des deux à la fois…

Pour en savoir plus, je suis allé à la rencontre du chef de file du Modem à Villiers-le-Bel, Ali Menzel (photo). Il est tard, presque 23 heures ce mardi soir, mais je sais où trouver le candidat : à la permanence de l’alliance du courant libérale et du Modem, proche de la gare. Un groupe de militants palabre en compagnie des chefs de files.

Je pénètre dans le local, je demande à voir Ali Menzel. Il vient dans ma direction avec un large sourire. Il est grand, porte un costume noir assorti d’une chemise blanche. Il a tout l’air d’un candidat, affable, très bon communiquant. Je me présente, il accepte d’avoir une discussion informelle avec moi, me prend par le bras et nous nous retrouvons à l’extérieur sur le trottoir.

J’apprends qu’il est technicien supérieur à Air France, qu’il a 34 ans, d’origine marocaine, et qu’il vit à Villiers-le-Bel depuis plus de 30 ans, plus précisément dans la cité « Derrière les murs de Monseigneur », où la police est intervenue en force le 18 février. Ali dit avoir voté pour la première fois il y a un an et demi et que c’est juste après qu’il s’est engagé en faveur de l’UDF, avant d’intégrer le Modem à sa création.

Je lui demande si le parti centriste l’a choisi parce qu’il est d’origine maghrébine. « Le Modem m’a pris à l’issue d’un vote des militants, non en raison de mes origines, mais pour mes compétences. Je me reconnais dans ce parti car il accorde une place prépondérante à la démocratie participative, il est à l’écoute des militants. C’est un mouvement qui donne leur chance à des gens qui habitent dans les banlieues, qui vivent au sein des quartiers et, pour cette raison, sont les mieux à même de changer les choses. Je vous rassure, je ne suis pas le résultat d’une stratégie politique mais d’un vote militant. » A la manière d’un politique aguerri, avec toute la gestuelle qui va avec, il tente de me convaincre que sa candidature vient d’en bas et non d’en haut.

Je le questionne sur son alignement à droite dans cette campagne à Villiers-le-Bel et son opposition, par conséquent, à la gauche incarnée par le maire sortant, le socialiste Didier Vaillant. N’est-ce pas perdu d’avance, vu les événements tragiques de novembre (la mort de Mohcine et Larami) et la descente de police de lundi ?

Sa réponse : « Au départ, nous désirions nous présenter sans alliance, puis nous avons réfléchi et nous avons décidé d’entamer des discussions avec Didier Vaillant, le maire, et Sylvie Noachovitch, la tête de liste UMP. A l’issue de ces entretiens, nous avons opté pour une alliance avec cette dernière, elle nous a apporté des réponses concrètes et précises, nous avons senti en elle une candidate objective qui agira pour le bien de Villiers-le-Bel. En plus, le maire actuel a les mains liées avec les communistes, il ne peut rien faire sans eux. Mais bon, c’est clair que les événements du 18 février ne vont pas nous aider, les habitants sont déçus par les politiques, ils mettent tous le monde dans le même sac. »

Ali Menzel me jure que cette alliance entre le Modem et l’UMP, avec Sylvie Noachovitch qui plus est, ancienne candidate aux législatives à Sarcelles, n’est pas opportuniste, mais issue, une fois encore, d’un vote militant, résultat de la « démocratie participative ». Décidément, le thème cher à Ségolène Royal a trouvé une seconde jeunesse dans le parti de François Bayrou.

Sentant la fatigue m’envahir, je décide d’interrompre la discussion, je me dirige vers ma voiture et je rentre chez moi, je passe par la cité de la Cerisaie, je pense encore aux événements de la veille, je me dis que tout est bien calme, pas de jeunes dehors, pas de policiers en vue. Atmosphère bizarre.

Chaker Nouri

Chaker Nouri

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