En approchant du quartier du Morillon, à Montreuil, un beat s’échappant d’entre les tours de la cité raisonne aux oreilles du voisinage : « 1,2, 1,2, test, bonsoir, 1,2… » Sur une scène installée sur la place, l’ingénieur du son met au point la sono. En cet après-midi de vendredi, des stands et activités en tous genres ont pris possession des infrastructures du quartier. Le terrain de foot en synthétique est transformé en parcours du combattant, où les enfants sautent et courent au milieu d’obstacles.

Ailleurs, des tables disposées pour l’occasion en face des petits commerces, accueillent par ici les enfants pour des jeux de réflexion et par là pour du maquillage ou encore pour faire des expériences géologiques à travers la constitution de petits volcans en pâte à modeler d’où est expulsée une solution à base de bicarbonate.

Durant cette manifestation culturelle organisée conjointement par les services municipaux de la jeunesse et de l’enfance, ainsi que par l’association « Cité d’or » et le centre social, le quartier du Morillon se retrouve bercé par le rire des enfants et les derniers préparatifs pour le spectacle de la soirée qui mêlera chants et danses. Mais une tâche d’encre vient noircir le tableau. La fameuse fermeture des maisons de quartier dans toute la ville, fermeture à laquelle ce quartier n’échappe pas.

Dans un article sur le sujet, des animateurs nous faisaient part de leurs inquiétudes concernant l’avenir des enfants dont ils ont la charge. La mairie propose de les orienter vers les centres de loisirs, or il apparaît que cette politique risque de laisser sur le bas côté des enfants dont les parents ne pourront pas payer ces frais. Il est certes encore trop tôt pour tirer des conclusions sur cette politique initiée par la maire Dominique Voynet, mais aucun acteur sur le terrain ne sait de quoi demain sera fait pour ces enfants.

Malgré tout, plusieurs notes positives viennent donner un élan d’optimisme pour la suite. Tout d’abord, le fait que les services de la mairie aient répondu présent à la fête de vendredi au Morillon. Ensuite, le centre social qui avait fermé ses portes a été réhabilité. Dans cette « nouvelle ère », des travailleurs sociaux du quartier collaboreront avec du nouveau personnel.

Parmi les nouveaux, on trouve Pascal, venu tout droit du quartier de la Goutte d’or (18e arrondissement). « La Goutte d’or est un quartier de migrants, dit-il. Il y a une coordination entre les associations et elles proposent des choses en commun, comme durant le Festival de la Goutte d’or. Ici, les associations sont plus jeunes, 4-5 ans, mais elles ont beaucoup d’envies. »

Interrogé sur les circonstances de la fermeture de l’ancienne structure servant de centre social, à savoir l’ASSOFAC (organisme d’aide à l’insertion), Pascal nous en apprend davantage : « La décision de fermer l’ancienne structure a été prise plus haut par la direction générale de l’ASSOFAC. Il n’y avait plus de subventions et donc plus vraiment de projets. » Un cercle vicieux qui a donc conduit à sa fermeture.

Le salut du quartier pourrait venir cependant de cette « nouvelle » structure qui en agissant de concert avec les associations pourrait combler le déficit d’animations et de soutiens. « Nous travaillons avec toutes les associations dans le quartier et des activités seront mises en place : un atelier linguistique pour aider, non pas uniquement à comprendre le français, mais surtout pour comprendre le fonctionnement des institutions comme l’école. On reprend aussi l’accompagnement scolaire », termine sur une pointe optimiste Pascal.

Dans ce mouvement qui va crescendo, les Montreuillois jeunes et moins jeunes, se prennent en main et s’investissent dans la vie de leur quartier. Aux Ruffins, un quartier voisin de celui du Morillon, un groupe d’amis lassé de courir derrière les services de la mairie s’est formé en association nommée « Carrefour du savoir ». Afin de mener à bien leurs différentes activités comprenant « l’échange des savoirs et l’inter-culturalité », les membres composés d’ingénieurs, plombier, étudiants et bien d’autres catégories socio-professionnelles, ont investi dans la location d’un local privé.

Le sport n’est pas en reste, un club de foot en salle, le Futsal Club Montreuil, a été créé il y a maintenant presque trois ans. Parmi les dirigeants, on trouve là aussi toutes les strates de la société : comme président, un responsable de la fonction publique, le secrétaire général est un étudiant, le trésorier est un professeur…

Que ce soit avec ou sans l’aide de la mairie, chacun apporte sa touche personnelle et son savoir-faire afin de développer la vie des quartiers. Comme pour offrir aux autres et à soi-même ce que les institutions ont trop longtemps oublié dans leur sac à promesses, devenues de la poussière d’étoile que l’on balance aux yeux des plus candides lors des élections.

Aladine Zaiane

Animations à Montreuil
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Vidéo réalisée par Aladine Zaiane

Aladine Zaiane

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