Si le monde entier attend le résultat de l’élection américaine avec impatience, c’est parce que le président des Etats-Unis d’Amérique est le maître du monde. Et comme le monde va mal après huit ans d’administration Bush, l’espoir de mettre fin à ce cycle désastreux est énorme. Les américains veulent remettre leur pays dans le sens de la marche, avec un bonus en supplément : un président métis ! Un scénario made in Hollywood.

Le Bondy Blog publie régulièrement, depuis octobre 2007, des articles sur cette élection. Mohamed Hamidi a fait le tour des Etats-Unis au printemps dernier pendant la campagne des primaires. Axel Ardes est actuellement en road movie dans ce gigantesque pays depuis le mois de septembre pour nous faire vivre ce moment d’effervescence politique. Depuis un an, les acteurs politiques et associatifs des banlieues suivent de près ce qui se passe autour de cette élection, à travers la constitution de comités de soutien, d’organisation de débats, de voyages aux Etats-Unis. Les banlieues sont en première ligne de cette élection depuis le début.

Normal, en banlieue, les jeunes ont toujours rêvé d’Amérique. Ils sont imbibés de culture, de musique, de cinéma, de littérature afro-américaine. Ils prennent pour exemple, dans leur engagement politique, l’histoire des luttes pour l’égalité civique dont Martin Luther King a été le leader incontesté. Le rêve américain, beaucoup le vivent dans leur imaginaire, s’en inspirent pour s’extraire d’un quotidien gris, sans perspectives. Rien de ce qui vient de là-bas n’est étranger pour les jeunes générations françaises. Certes, depuis le début des années 90, l’image de marque du pays s’est détériorée, dans les banlieues, notamment à cause de sa politique étrangère en direction du Proche et Moyen-Orient. Mais rien n’y fait, ce pays reste un modèle, une référence.

Le candidat Obama est une victoire contre le plafond de verre, l’humiliation au quotidien. Même si cela se passe aux USA, l’espoir demeure que cela peut servir d’exemple en France. Cet engouement est un mode d’expression inconscient d’une recherche d’identité pour des « citoyens périphériques » dont la citoyenneté française et l’attachement à la patrie sont sans cesse remis en cause. Au fond, cette affection pour l’Amérique est une sorte de reconnaissance de l’échec du modèle d’intégration à la française, avec ses rendez-vous manqués et son lot d’images symboliques pour camoufler la triste réalité des inégalités.

Pour les responsables politiques en France, qui multiplient les déclarations pour recevoir quelques retombées positives de cette élection, il sera plus facile d’étaler sur le papier une belle âme et quelques déclarations d’intention que de mettre les mains dans le cambouis pour faire voler en éclat les conservatismes républicains. Depuis quelques temps, l’Amérique regarde d’un œil attentif en direction des banlieues. Cette posture alimente toutes les polémiques, elle est vécue comme une ingérence dans les affaires franco-françaises. Pour les acteurs engagés dans les quartiers, cette attention est une opportunité, un moyen supplémentaire de mettre leurs idées sur la place publique et de les porter aux oreilles de l’élite bien pensante.

En tout état de cause, les secousses de cette élection se ressentiront jusqu’ici. Mais il ne faut pas en attendre de miracles en France. Qu’on se le dise, Obama ne sera pas un messie, une clef pour tous nos problèmes de société. Un président, quel qu’il soit, agit en priorité dans l’intérêt de son pays. Barack Obama ne peut rien faire contre une Assemblée nationale et un Sénat français monocolores, rien contre l’absence d’un maire d’une grande ville issu de la diversité, et pas grand-chose contre les discriminations à l’embauche et le chômage endémique dans certaines banlieues. Pour l’heure, le système politique français est verrouillé et permettra, si tout va bien, l’émergence d’un Obama français d’ici deux générations. Pas avant 2050 !

Nordine Nabili

Nordine Nabili

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