[#PRÉSIDENTIELLE2017] En ce dimanche de second tour de l’élection présidentielle, c’est jour de marché pour les Sarcellois du quartier des Lochères. Les deux finalistes, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ont du mal à être persuasifs aux yeux des électeurs qui pour beaucoup ont décidé de ne pas voter. Reportage.

Matinée grise et pluvieuse, au marché des Lochères, sur l’avenue Frédéric Joliot-Curie de Sarcelles (Val-d’Oise). Bien difficile de recueillir les témoignages : entre les commerçants qui s’affairent à déballer leurs marchandises déclarant être très occupés ; les coureurs du dimanche qui foulent leurs pas pressés.

Ici au premier tour, l’abstention a été bien supérieure à la moyenne : 31,2 % contre 22,23 % à l’échelle nationale. C’est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé en tête ici : près de 30% des voix. Double défi ici : faire en sorte que les abstentionnistes et les électeurs mélenchonnistes se déplacent pour voter.

Voter utile

Dans cette commune historiquement dirigée par le Parti socialiste,  l’idée de soutenir Macron divise commerçants et marcheurs. Jeanne Alphonse, habitante de Villiers-le-Bel, commune voisine de Sarcelles, a voté ce matin pour Macron, saluant la partie du programme consacrée au social. L’aide-soignante de 65 ans, qui se dit « gauchiste« , estime que Macron est « de gauche » et que pour cela, il faut le soutenir. « On sait très bien que si Le Pen passe, la France est foutue ! » craint-elle.

Pierre Oyele partage sensiblement ce point de vue. Âgé de 63 ans, ce médiateur santé à la mairie de Sarcelles, avoue avoir « voté utile » pour Macron. « Je suis socialiste mais je pense que c’est le mieux placé », précise-t-il, ayant apprécié la venue de Macron à Sarcelles, le 27 avril dernier. Son souhait : que le candidat d’En Marche ! applique bel et bien son programme et que les citoyens l’élisent de nouveau dans cinq ans. Notamment les jeunes que Pierre juge « un peu paumés« . « C’est pour ça que, parfois, il se réfugient derrière le vote Jean-Luc Mélenchon alors qu’ils savent qu’il ne peut rien faire pour eux » analyse-t-il, un brin irrité par le vote en faveur du candidat de la France insoumise au premier tour, arrivé pourtant en tête à Sarcelles. Parmi ses électeurs, Mélanie Thomas, 30 ans. Pour elle, pas de doute : elle votera Macron pour empêcher la candidate de l’extrême droite. « Il ne faut pas que Le Pen passe » assène-t-elle.

« Macron à Sarcelles, c’était du spectacle ! »

Voilà que Pierre Oyele s’écharpe avec un commerçant qui considère que Jean-Luc Mélenchon parlait « ai » et voulait « donner à manger au peuple ». « Il mange avec l’argent du peuple » oui, répond Pierre, allusion faite à son mandat de député européen. Un autre commerçant, Hammadi Garbouz, 42 ans, lance « On ne veut pas de macronistes ici ! » Cet électeur de ce qu’il appelle la « gauche revancharde » est remonté à l’égard d’Emmanuel Macron et de sa visite à Sarcelles. « C’est du spectacle ! Ne vous attendez pas à le revoir ici une fois élu ». Pierre en veut à son camp. « Il n’y aura plus de gauche, quoi qu’il en soit« , affirme-t-il, fataliste.

Hammadi Garbouz est soit tenté par le vote blanc, soit par l’abstention. Mais il n’est pas le seul. Joy , la poissonnière du marché, aussi. Et c’est le débat du 3 mai entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen l’a renforcée dans son envie de ne pas aller voter. « C’était ennuyeux, inintéressant. Pour moi, ni l’un, ni l’autre ne vaut le coup. C’est la même chose. C’est mieux de voter blanc ou de s’abstenir car dans les deux cas, on sera dans la merde !  » clame-t-elle.

Jonathan BAUDOIN

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