Beaucoup de choses, beaucoup de paroles, du déjà-vu, ou plutôt du déjà entendu. C’est le constat de Mohamed, Yacine et Farid, la vingtaine pétante, habillés en goss-bo pour l’occase. Arrivés de Rouen, originaires du quartier de La Sablière, ils ont été invités avec l’association de leur quartier, Débarquement Jeunes. Il est clair que Nicolas Sarkozy n’est pas le premier à annoncer un plan pour les banlieues, et, à en croire l’avis des jeunes qui viennent d’écouter le discours présidentiel, ce ne sera pas le dernier.

Pourquoi Nicolas Sarkozy réussirait-il ce que d’autres avant lui n’ont pas pu ou su faire ? « Il a été élu Président, il a la confiance de la population, une partie en tout cas, on verra si elle a eu raison de lui donner cette confiance » pense Mohamed. Sauf que la plupart de ceux qui lui ont donné leur voix aux présidentielles de 2007 ne sont pas concernés par les problèmes de banlieue, ces dernières ayant majoritairement voté à gauche, surtout les jeunes.

Le Plan Banlieues annoncé depuis l’Elysée, un peu une facilité : on regrette beaucoup l’idée d’une annonce directement en banlieue. Du temps où il était encore en poste au Ministère de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy refusait « ces zones de non-droit » et n’hésitait pas à se déplacer, parfois même au plus profond des cités, la nuit. Après l’épisode du Kärcher, la donne avait un peu changé. Puis lorsqu’il était candidat à la Présidence, son retour en terres urbaines sensibles était même devenu un enjeu quasi-impossible, jusqu’à son come-back, savamment orchestré par Rachida Dati, à Meaux, en avril dernier. Justement, Mohamed Chaïb, de l’association Energie Citoyenne, avait participé au retour. De Meaux à l’Elysée, Sarkozy est passé de candidat au statut suprême de Super Président. Mohamed Chaïb et son association ont interpellé le Président le 25 janvier pour lui demander d’annoncer son discours en faisant un tour de France des quartiers, sur la base d’un échange. Peut-être que cela se fera à la suite de l’annonce du plan, si l’on en croit le Chef de l’Etat et Fadela Amara, pour qui ce 8 février n’est que le début.

Pour l’heure, « il est encore trop tôt pour se prononcer, mais on sent qu’il y a une envie d’apaiser le climat, ce qui est dommage le discours du Président, c’est le côté sécurité-insécurité » affirme Mohamed Chaïb. Mais où est donc passée l’enveloppe de 1 milliard pour les 50 quartiers, annoncée par Fadela Amara il y a quelques jours, en avant-première à Vaulx-en-Velin ? Visiblement, le budget a été réduit à la baisse, puisque ce sont 500 millions sur cinq ans qui ont été annoncés. Le chiffre de 50 quartiers n’a pas été repris aujourd’hui, après les revers et critiques essuyés les jours précédents, notamment par les personnalités politiques de gauche pour qui ce chiffre était ridicule par rapport à la réalité de 500 quartiers au moins.

Pressée car attendue rue de la Banque Fatima Hanni a quand même pris le temps d’écouter jusqu’au bout, son constat est sans appel. Elle perçoit tout simplement une parole opportune, ciblée sur les Municipales. Pour elle, encore une fois, on ne comprend toujours pas ce qu’est la banlieue, « on oublie les personnes âgées, les mères célibataires et j’en passe », l’équation jeune plus insécurité est un mauvais calcul, le résultat ne peut qu’être faux. Le milieu associatif, sur le terrain en permanence, semble dubitatif, la bonne volonté ne manque pas, les actes eux, oui.

Hanane Kaddour 

Hanane Kaddour

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